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13/10/2012

POUR CEUX QUI AIMENT L'ARCHITECTURE

Quelques images de L'institut supérieur des arts à La Havane (Vidéo)

http://www.youtube.com/watch?v=JpPqbP-RdY4

 

 

L'Institut Supérieur d'Arts de La Havane ou l'art au service de l'art.

 

En 1961, Fidel Castro et Che Guevara se retrouvent pour une partie de golf à l'ancien Country Club de La Havane abandonné après la révolution. Ils se mettent à penser à la façon dont Cuba pourrait investir dans la culture. Peu de temps après, naît un plan pour construire de nouvelles écoles d'art sur le terrain de golf abandonné.

 

L’École, qui traduit la volonté du gouvernement révolutionnaire d’offrir une éducation soignée aux futurs artistes, non pas seulement de Cuba mais aussi du monde en développement, allait se dresser dans un cadre splendide. Cinq bâtiments pour l'enseignement de cinq carrières artistiques dans une conception humaniste de la culture et de l'art. Aujourd'hui, l'Institut Supérieur d'Arts (ISA) est considéré comme un des plus prestigieux d'Amérique latine.

 

Pour entreprendre un tel projet, dont le coût initial s’élevait à plus de treize millions de pesos, une fortune à l’époque, trois jeunes architectes sont convoqués : Ricardo Porro (Cuba), le coordinateur, prend sous sa responsabilité les écoles d’arts plastiques et de danse moderne et fait appel à deux jeunes architectes italiens Roberto Gottardi et Vittorio Garatti chargés de la conception des écoles de ballet, de musique et des arts de la scène.

 

Chacun des architectes crée avec une liberté absolue, mais tous se basent sur certaines hypothèses communes:

- Intégrer chaque élément de l'oeuvre dans l'environnement naturel et à  la topographie accidentée du site traversé par le fleuve Quibu, affluent du fleuve Almendares.

- Exprimer les racines culturelles de la nation cubaine. On y retrouve les éléments mixtes du village africain et de portails européens.

- Utiliser de la terre (brique) comme matériel de construction et la voûte catalane pour les toits

- Faire des pavillons / ateliers articulés par des cours et des galeries de circulation

Les ateliers de peinture sont organisés comme des théâtres circulaires où le modèle se trouve au centre et les étudiants tout autour.

 

Vue de l'extérieur chaque école se présente comme une sculpture et depuis l'intérieur comme un organisme vivant.

L'ensemble se compose de cinq écoles, cinq pavillons sur une terre d'une végétation luxuriante.

 

Chaque école est structurée comme une petite ville s’apparentant à une forêt dans laquelle on se promène. Voies couvertes, places, patios et galeries organisent les espaces en réseaux organiques. Les ateliers de peinture sont couverts d’une coupole qui ressemble à un sein de femme. À l’extérieur, une sculpture évoque un fruit, la papaye, symbole populaire du sexe féminin, et au centre un jet d’eau.

 

L'ondulation des couloirs, la forme de seins des coupoles, la fontaine : tout y est rond et constitue une évocation érotique du corps de la femme. Afin de faire face à la pénurie de béton, d’acier et d’engins de chantier sur l’île, Ricardo Porro fait appel au savoir-faire d’artisans catalans dans l’art de la construction en brique : arcades, coupoles, voûtes gauches, voûtes inclinées, voûtes portugaises, colonnades… Ces bâtiments concilient ainsi matériaux pauvres, tradition architecturale locale, esprit baroque et grandeur lyrique :

- « J’ai ressenti le besoin d’exprimer l’explosion émotionnelle de tout le peuple cubain, qui était particulièrement sensible à ce moment-là. » (Ricardo Porro)

 

Garatti, pour sa part, travaille sur le terrain en pente choisi pour l’école de musique et sa serpentine de box pour les répétions  est connu comme « le ver ». Pour l’école de ballet, il a conçu des voûtes légères qui semblent danser en rythme.

Tous les architectes ont adapté leur modèle aux formes structurelles de brique, en réponse à l'absence d'acier et de béton causée par le blocus américain, ce qui donne lieu à un beau concert de voûtes catalanes et de dômes.

 

- "Le plus important c'est que nous avons tous utilisé la même méthode, une méthode qui commence par l'analyse historique, non seulement du contexte mais aussi du moment qu'on était en train de vivre, le début d'une révolution. Dans une école de ballet tout s'intègre, le ballet est circularité, liens, mouvement, contradiction. Toutes ces formes naissent de l'analyse du mouvement du danseur ... L'école a beaucoup d'entrées car c'est une école de la révolution, tout le monde peut entrer". (Vittorio Garatti)

Au départ trois ensembles de constructions en brique ont été conçu. Les premiers à  être édifiés furent la faculté de musique, des Arts de la scène et des Arts plastiques dont la vue aérienne suggère l'image érotique d'un corps de femme. Un autre édifice avait commencé à sortir de terre afin d'enseigner l'art du cirque mais celui-ci a été abandonné pour des raisons de budget.

 

Roberto Gottardi, arrivé à Cuba en 1961 y est toujours plus de 50 ans après. Il se souvient encore de l’atmosphère d’euphorie et de drame des premières années de la Révolution :

« J’ai rencontré un esprit de grande liberté et d’enthousiasme, de dévouement, de grands rêves qui étaient – ou semblaient être – réalisables à court terme. L’école d’art dramatique était  le premier projet dont j’étais le seul responsable. Nous avions une grande liberté pour travailler, pour choisir le terrain où serait érigée chaque école, pour établir les propositions conceptuelles à partir de certaines conditions matérielles. »

 

La naissance des écoles d'art de La Havane, a été considérée comme l'une des expériences architecturales les plus uniques de la seconde moitié du XXe siècle.

Mais la conception de l'école a aussi été l'objet de controverses passionnées dans les forums nationaux et internationaux. Aucune construction d’après la Révolution n’a été plus polémique que l’École Nationale d’Art entamée en 1961. Considérée par ses défenseurs les plus enthousiastes comme un symbole de l’audace et de la volonté d’expérimentation, ses critiques les plus sévères la qualifient souvent d’explosion esthétisante non exemptée d’élitisme et dépourvue de sens.

 

Au départ, les trois architectes bénéficient d'une liberté budgétaire et d'une complète indépendance dans les décisions de conception. Le coût inattendu des bâtiments et son design unique, conduisent à de nombreuses plaintes de gaspillage économique

 

La construction des écoles se paralyse en 1965 pour des raisons  d’incompréhensions esthétiques et à cause de la pénurie de matériaux. Une bataille idéologique fait rage entre les défenseurs de la création libre, expressive en architecture et ceux qui y voyaient la négation des valeurs techniques constructives  fonctionnelles dans un pays soumis à de grandes difficultés économiques.

 

En raison de la situation économique seul les deux bâtiments de Porro ont pu être terminés. En 1965, lorsque la construction est interrompue, Ricardo Porro part à Paris

 

C'est en Octobre 1999 que l'Union Nationale des écrivains et artistes Cuba (UNEAC), décide, avec l'approbation de Fidel Castro,  de revenir au projet initial afin de le terminer et de le récupérer avec la participation de ses auteurs. Fidel Castro se montre très critique au sujet des  fonctionnaires qui ont permis à l'école d'art de tomber dans un tel état d'abandon.

Les trois architectes sont invités à revenir à La Havane pour terminer le travail.

Après consultation, ceux-ci acceptent ce nouveau défi et en novembre de la même année ils rencontrent l'organisme cubain chargé de la gestion du projet.

 

En  2010 l'école est déclarée « Monument National » par la Commission Nationale des monuments de Cuba dans une résolution datée du 8 novembre 2010 et parafée par Eusebio Leal, historien de La Havane.

 

L'École des arts visuels est particulièrement réussie, et a récemment produit des artistes qui ont obtenu une reconnaissance internationale.

La politique culturelle de Cuba a eu assez d'intelligence pour échapper au réalisme socialiste qui avait dominé dans les pays socialistes européens. Dès le début de la révolution et durant toutes les époques qui ont suivi les artistes ont su préserver  vaille que vaille une grande liberté de création,  tant dans les formes que dans le contenu parfois très critique des œuvres même si certaines périodes ont été plus difficiles que d'autres.

 

Aujourd'hui le travail de récupération se poursuit, j'ai pu le constater en y retournant cet été, mon dernier passage datant de 1999 même si à l'heure actuelle c'est surtout l'école des arts plastiques qui a fait peau neuve et s'il reste beaucoup de travail pour les autres écoles. La promenade vaut le détour. Il y règne une atmosphère de paix propice à la création et la ballade se fait au son du chant des oiseaux mêlé à celui des instruments de musique divers manipulés par les étudiants en pleine étude. Nous avons pu converser avec des professeurs et des étudiants. Recherche, passion, imagination, visions du monde, critique, expression, réflexion. Une grande richesse à tous les niveaux et dans un cadre fantastique. A Cuba, toutes les formes d'art sont valorisées malgré le peu de moyens dont dispose le pays, les arts sous toutes leurs formes restent une priorité, il s'agit avant tout d'un choix politique que nos pays refusent de faire ravalant la création à la valeur marchande du "produit" ... l'art se doit d'être un "placement" ... c'est le premier commandement du Dieu "Market" omniprésent même dans cette branche qui devrait être avant tout richesse culturelle, intellectuelle, réflexion, plaisir des sens et de l'esprit.