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30/12/2012

VOYAGER à CUBA AUTREMENT

INFORMATIONS GENERALES ET PRATIQUES

Le plus important pour comprendre quelque chose à ce pays c'est de partir l'esprit vierge, d'oublier tout ce qu'on en raconte, de comprendre avant tout que vous n'êtes pas en Europe, que l'histoire de Cuba n'est pas celle de la Belgique ni de la France et que la mentalité est très différente de la vôtre même si parfois vous sentirez que les cultures ont certaines racines communes. Ne pas juger ni se faire une idée hâtive. Ce n'est pas en 15 jours qu'on peut appréhender toutes les nuances d'un pays aussi complexe ni apprendre à comprendre une culture aussi riche dans tous les domaines.

 

Humilité, et encore humilité, vous n'êtes pas celui qui va apporter “LA” vérité simplement vous essayez de comprendre avec intelligence et en écoutant vraiment les gens. Prudence et encore prudence dans vos jugements, les interprétations fantaisistes sont là prêtes à vous assaillir dès que baisse la vigilance, c’est que la répétition de clichés finit par en faire pour vous une vérité, c’est le but … et ça marche je peux vous le garantir.

 

Nuances et encore nuances, on essaie de nous programmer pour nous faire voir le monde en bons et en méchants, mais la réalité d’ici et de là bas est bien différente.

Ce ne sont pas nécessairement ceux qui vont vous aborder dans la rue en voyant passer un touriste, qui vous donneront les meilleures clés. Il faut savoir que comme dans la plupart des pays pauvres du monde le touriste est vu par certains comme celui qui peut lui apporter des avantages. On lui raconte n'importe quoi pour essayer de lui soutirer quelque chose et c'est d'autant plus facile que beaucoup de touristes sont pleins de préjugés et tombent dans le panneau très facilement.   

Si vous partez l’esprit vierge et vous débarrassez des préjugés, que vous abordez cette nouvelle réalité  avec respect et intelligence vous trouverez sans doute quelques clés pour apprendre à connaître et comprendre peu à peu cette société, une société humaine tout simplement avec ses qualités et ses défauts.

 

Pour vous certainement un autre monde, d’autres valeurs. Un monde où la plupart des gens se traitent avec amabilité, chaleur humaine, solidarité, même si la terrible crise des années 90 à un peu érodé ces valeurs elles restent présentes.

 

Un monde de bonheur pour les artistes quelque soit leur spécialité.

Musique (en tous genres, Classique, jazz, chanson (Nueva Trova) traditionnelle, rumba, boléro, rap, Hip hop ...) De très bons peintres, des ballets classiques modernes, traditionnels, une littérature très riche, du théâtre, du cinéma, il y en a vraiment pour tous les goûts et les écoles d'art forment des artistes de très haut niveau malgré le peu de moyens.   

 

Un pays du tiers monde plein de problèmes qui depuis 50 ans subit les assauts d’un des blocus les plus durs et tenaces qui ont existés dans le monde. Un blocus régulièrement condamné  par un vote annuel à  l’ONU et toujours en application sous la présidence d’Obama. Une nation qui cherche des solutions propres, parfois couronnées de grands succès et parfois aussi de gros échecs.

 

Une volonté farouche d’indépendance, de justice sociale. Un pays toujours sur la défensive, les raisons ne manquent pas. De nombreux attentats terroristes ont fait des milliers de victimes dès le début de la révolution, des jeunes qui partaient alphabétiser les paysans dans les campagnes assassinés par des groupes alliés à l’opposition de Miami, un avion civil abattu en plein vol avec plus de 70 passagers en 1976 (bien avant Lockerbie), des attentats dans les hôtels. D’innombrables attentats contre la vie de Fidel de l’aveu même de la CIA. Des tentatives de déstabilisation permanentes dont les budgets sont votés ouvertement au congrès des Etats-Unis… l’opposition dont parle beaucoup nos médias (les nommés dissidents) ne représente rien à Cuba, une minorité infime qui n’a aucune popularité dans le pays, ce n’est pas moi qui le dit mais Jonathan Farrar principal représentant diplomatique des Etats-Unis à Cuba, dans le câble confidentiel 202438 du 15 avril 2009 publié par Wikileaks (Voir note-1 en bas de page). Ceci ne veut pas dire que les gens ne sont pas critiques, ils n’arrêtent pas de critiquer haut et fort, mais une critique qui n’est pas celle qu’on vous vend dans notre presse. Les gens sont fatigués des problèmes économiques, de la difficulté à trouver parfois des produits de première nécessité, de la lourdeur de la bureaucratie, des difficultés quotidiennes. Il apparaît clairement que les cubains voudraient des changements dans le cadre même de la révolution pas en finir avec la révolution. Un grand débat a eu lieu peu après l’arrivée de Raoul à la présidence, certaines mesures ont été prisent après cette consultation, mais la marge de manœuvre est étroite vu la situation économique du pays. Difficile d’augmenter les salaires, de retrouver une seule monnaie lorsque l’on vit perpétuellement en équilibre précaire. Beaucoup partent vivre sous d’autres cieux, la grande majorité pour des problèmes économiques.

 

Il ne faut pas oublier que c’est lorsque le pays a perdu ses relations économiques avec le COMECON et a vécu la crise la plus grave de son histoire que le gouvernement des Etats-Unis a renforcé drastiquement le blocus avec l’intention d’empêcher les autres pays de faire commerce avec Cuba. C’est à ce moment qu’ont été votées les lois Torricelli et Helms Burton. Le but était d’affamer les gens, de leur rendre la vie totalement impossible pour qu’ils cessent d’appuyer le gouvernement. A cette époque tout le monde pensait que la chute de Cuba était à programmer en terme de semaines au plus de quelques mois. Il est intéressant de se poser la question de savoir pourquoi le pays à résisté.

 

Il y a tant de choses à nuancer. Une chose pour terminer, les cubains sont très fiers et détestent qu’on leur fasse la leçon, une information pas inutile je crois pour certains européens ….

 

Les gens sont très ouverts, les contacts faciles.

Bon voyage   

 

 

Quelques informations pratiques:

 UNE TRÈS BONNE ADRESSE :

 ttp://www.cuba-linda.com/association_cuba_linda.htm

 

 

Les compagnies suivantes ont des vols vers Cuba :

 

JETAIR : (2 fois par semaine) Les prix peuvent être intéressants à certaines saisons, il faut vérifier régulièrement sur le site car en haute saison ils sont aussi chers que les autres, ça peut varier entre 400 et 1400 euros.

http://www.jetairfly.com/fr/ 

Le vol part de Bruxelles et arrive à Varadero (une ville côtière à environ 150 km de La Havane. De là il y a un bus de Viazul pour 10 CUC  (équivalent au dollar) ou un bus de « Gaviota » plus cher 25 CUC .  Ils organisent des séjours de vacances à la plage avec vol et hôtel pour ceux qui aiment ce genre de formule. 

 

CUBANA DE AVIACIÓN  Un vol part de Paris et un autre de Londres. Et arrive à La Havane

http://www.cubana.cu/home/   

Les prix, entre 600 et 900 plus ou moins   

 

AIR FRANCE (tous les jours) Entre 700 et plus de 1000

 

MARTINAIR Depuis Amsterdam jusqu’à La Havane, selon les saisons, entre 700 et 1000 euros environ 

 

CONDOR Vols charters A partir de 400 euros selon les saisons. http://www11.condor.com/tcf-fr/index.jsp?zanpid=1363944793712894976 

 

 

N’oubliez pas qu’au départ de Cuba la taxe d’aéroport est de 25 CUC et qu’elle est à payer sur place.

 

Ce sont les principales compagnies depuis l'Europe, il y en a sans doute d’autres mais pas grand chose. N’oubliez pas que Cuba est sous blocus et peu de compagnies y vont.  Sur place, la vie du touriste est chère. Le pays a un besoin pressant de devises, pas de crédits pour acheter sur le marché international, il faut des devises pour importer.   

 

 

LOGEMENT

A la vieille Havane il y a en de superbes hôtels  mais relativement chers, le Villanueva, Ambos mundos, Santa Isabel, Inglaterra  …

 

 Il y a moyen de louer chez l’habitant, à La Havane les prix chez l'habitant varient entre 15 et 25 CUC la chambre, en province c’est plutôt 10 à 15 CUC. (voir sur Cubalinda)

 Une bonne adresse:

Chambre chez l'habitant avec salle de bain privée et air conditionné. Personnes de toute confiance. 25 CUC par jour la chambre de 2 personnes.

Quartier VEDADO, dans une des rues les plus importantes de la ville: Calle 23 N° 1409 entre les rues 20 et 22: Téléfone: 00535-275-1982 et 00535-331-5752

mail: elsie.rego@yahoo.es 


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Il existe aussi des hôtels à petit prix.

 

A La Havane, le lido, le Bruzón, (environ 25 CUC) , près de la Place de la Révolution. Pas de luxe la peinture parfois un peu écaillée, mais douche et WC dans la chambre et propre) 

 

ou à prix raisonnables, le Vedado, le Colina, le St John, dans le quartier du Vedado (central).

 

 En province j’ai trouvé une chambre à HANABANILLA , 22 CUC pour deux personnes, bon hôtel confortable.

 

DÉPLACEMENTS

Il existe des bus, la compagnie VIAZUL (en peso convertible) qui voyage dans les principales villes (prix en CUC) 

http://www.viazul.cu/asp/reserva/Default.aspx   

 

Il existe une autre compagnie :

ASTRO (en peso cubain) qui est surtout utilisée par la population locale et il est souvent difficile de trouver des billets (il y a encore 2 monnaies même si le gouvernement travaille à n’en garder qu’une seule).  Il existe un train qui va à Santiago partant de La Havane, c’est une expédition qui dure plus de 24 heures. Sympa mais pas pour les adeptes du grand confort.  On peut aussi louer une voiture Environs 45 euros par jour plus 15 CUC par jour à payer sur place pour l’assurance. Le prix de l’essence est un peu plus bas qu’ici mais pas beaucoup.

 

 Devant la gare de ASTRO on peut aussi voyager avec une voiture/Taxi collectif. Ils remplissent la voiture vers diverses destinations et on paye selon la destination

 

Voyage en solo

On peut parfaitement voyager librement dans le pays,  mais c’est plus simple si on parle l’espagnol. Peu de signalisation routière, il est parfois difficile de trouver son chemin et on doit alors faire appel à ce que les cubains appellent avec humour le « guajimapa » (guaji de guajiro (paysan en cubain), et mapa (carte routière).

 

 

Transport dans les villes[/u]

Dans les villes il y a des taxis, je crois que les moins chers sont les Panataxis (jaunes) une course normale environ 5$. On peut aussi circuler en Guagua (bus des transports en commun) 4 centimes de peso cubain le voyage (ça doit faire environ 1 centime d’euro même pas).

 

Question sécurité le pays est assez tranquille, mais il faut rester prudent, il y a des vols on arrache parfois un sac. Pas de vaccin obligatoire ni conseillé, la situation sanitaire du pays est bonne. L’eau est potable en principe mais souvent la population la fait bouillir pour ne prendre aucun risque, les canalisations sont vieilles.

 

RESTAURANTS

Il existe des restaurants à prix très raisonnable.

 

Un exemple,

La Roca : Calle 21 esq. a M, Vedado. Ciudad de La Habana. On peut trouver un repas complet à partir de 5CUC.

 

Dans le « Barrio Chino » près du capitole on peut manger à petit prix. Ce n’est pas de la haute cuisine mais c’est bon et copieux. Où qu’on aille, la nourriture est peu variée et s’adapte à ce que le pays produit  (pas de fruits et légumes hors ceux de saison), beaucoup de riz (Cuba en cultive mais en importe aussi du Vietnam et de Chine), des pommes de terre lorsque la production nationale arrive. Les cubains choisissent leur menu en fonction de ce qu’on trouve sur le marché.

 

DOCUMENTS

 

Passeport en cours de validité (valable 6 mois minimum après la date de retour).

Le visa est remplacé par la carte touristique  délivrée soit par l’agence de voyage soit par l’ambassade. Les enfants âgés de plus de 12 ans ont besoin d'un passeport indépendant.

 

Assurance  voyage (NOUVEAU) A partir du 1er mai 2010, la présentation d’une assurance médicale en voyage à l’arrivée à Cuba est obligatoire. Des assurances médicales en voyage vendues par des compagnies américaines ou par des compagnies qui effectuent le règlement financier d’un dossier via une représentation située aux Etats-Unis ne sont pas acceptées. Veuillez vérifier si l'assurance fournie par votre mutualité couvre suffisamment les risques liés à votre destination et mode de voyage. Tenez compte du fait que cette assurance échoit après un séjour de 3 mois. Une assurance de voyage adaptée avec une couverture des risques complète est absolument indispensable (assistance judiciaire, soins médicaux et rapatriement). Il est également bon de vérifier si cette compagnie a conclu un accord de coopération avec la compagnie cubaine Asistur ; en l’absence d’un tel accord, la prestation de services par Asistur pourrait encourir un certain délai.

 

CARTE DE CRÉDIT :

La carte Visa fonctionne, attention pas l’American Express, AUCUNE carte de crédit américaine ni AUCUNE banque américaine.

 

ATTENTION : je connais quelqu’un qui a payé le voyage de plusieurs personnes à la compagnie « Cubana de Aviación » via une carte « american express », il a perdu l’argent, (confisqué par la banque américaine pour motif de blocus). Il n’a jamais récupéré un centime et il n’est pas le seul dans ce cas.

Donc, avec une carte ou une banque américaine, aucun paiement à Cuba vers Cuba ni ayant Cuba comme mention sur le virement,  Soyez attentifs.

 

 Ne pas prendre de dollars pour partir, une taxe supplémentaire est prélevée sur les dollars, Cuba préfère obtenir des euros car ils ne peuvent pas payer en dollars sur le marché international à cause du blocus, et oui, encore et toujours ce fameux blocus qui empoisonne la vie du pays.

 

Il n’existe pas de distributeur de billets. On  peut changer de l’argent dans les hôtels même si on n’y est pas logé sinon il faut passer par une banque,

 

Décalage horaire

 : 6 heures

 

Climat

Climat subtropical, continuellement agréable, où l’on distingue deux saisons :

- humide de juin à octobre avec une température moyenne de 30°C

- sèche de novembre à mai, où les températures varient de 18 à 26°C.

La mer est chaude en permanence, (moyenne 22-24 °C).

Attention : la saison des cyclones se situe entre août et fin novembre

 

Electricité

110 volts ( 220 volts dans certains hôtels ). Fiches plates américaines. Prévoyez un adaptateur.

 

Monnaie

Il existe 2 monnaies cubaines : le CUC, peso cubain convertible qui a la valeur du dollar, monnaie la plus utilisée par les touristes et le peso cubain non convertible qui sert dans certains restaurants, dans les bus urbains, les cinémas ou pour acheter la nourriture dans les marchés ou encore dans les magasins en peso cubain. (Certains sont en peso cubains et d’autres en CUC) Un système compliqué pour celui qui n’y est pas habitué.

 

Internet

Tout le monde peut se connecter dans les hôtels (cubains comme étrangers) le prix est très élevé : 5 CUC la demi heure. L’accès est très lent, Cuba n’a pas accès à Internet par fibre optique, une autre conséquence du blocus. La bande passante est étroite. Il faut beaucoup de patience.

 

LES BELLES RÉGIONS

PINAR DEL RIO, plus particulièrement Viñales  c'est une des régions où se cultive le fameux tabac cubain.

 

la région de l'ESCAMBRAY, Cienfuegos, Trinidad Santi Spiritu. Dans cette région, le barrage de Hanabanilla, un endroit magnifique pour passer un moment de tranquillité et de repos. L'hôtel est bien,  22 CUC pour deux personnes petit déjeuner compris. Très peu de touristes, une fréquentation nationale.   

 

HOLGUÍN et la petite ville de pêcheurs de Gibara,   siège du Festival du Cinéma à petit budget.

 

SANTIAGO DE CUBA et la casa de la Trova pour les amateurs de musique populaire. 

 

BARACOA  sur la côte Est, en face d’Haïti. Dans cette région il y a quelques belles rivières.  Une très belle nature et la ville où vivent encore quelques descendants des populations indigènes décimées par la colonisation.

 

GUANTANAMO se trouve sur la route de Baracoa,  une petite ville d’Oriente pas très particulière sinon que à la sortie de la ville se trouve l’entrée de la fameuse base de Guantánamo, territoire cubain occupé par les Etats-Unis où se trouvent toujours les fameux prisonniers tenus au secret sans jugement par le gouvernement américain.

 

 

 INFORMATIONS CULTURELLES

Museo de Bellas Artes

Tejadillo (près de l’hôtel Sevilla et du Paseo de Prado)

Entrée : 5 $CU.

 

Museo Nacional de Bellas Artes

Calle Trocadero e/ Zulueta y Monserrate.

La Habana Vieja

 

Le théâtre National Garcia Lorca

Ballet, théâtre concerts …

(A côté du Capitolio)

¦Dirección: Paseo de Martí 458, esquina a San Rafael, Havana, 10600

¦Teléfono: +53 7 61 3078

 

Théâtre Amadeo Roldan

Edificio N, Calle N, entre 23 y 21, Vedado, La Habana,

 

Convento de San Francisco de Asis

(Habana vieja) Plaza San Francisco

Concerts classiques

 

Musée de la révolution

Avenue de las Misiones, Havana,

Les différents mouvements de libération à Cuba et la révolution de 1959.

Prix: Adultes: 4.00 CUC

 

Museo de Arte Colonial

La Habana Vieja, San Ignacio, La Habana, Cuba

 

Museo Napoleonico

Calle San Miguel No.1 159 esq. Ronda, Vedado, Près de l’Université)

 

Cabaret Tropicana,

 Je n’y suis jamais allée, spectacles de danse orchestres, le prix est très élevé : plus ou moins   70 à 90 CUC

 

Quelques bons liens  pour plus d informations sur les expos, concerts, ballet etc…

 

http://www.bookinghavana.com/nightclub.php

culture

http://www.cubaabsolutely.com/events/venues_ciudadhabana.htm

 

http://www.cubaescena.cult.cu/global/loader.php?&cat=cartelera&cont=indice.php&seccion=cartelera

 

http://www.lajiribilla.cu/cartelera_cultural.html

 

http://www.cubacine.cult.cu/cartelera/index.htm

 

http://www.habananuestra.cu/index.php?option=com_content&task=category&sectionid=7&id=88&Itemid=32

 

http://www.muchocuba.com/la-habana/eventos.aspx

 

http://www.cubaweb.cu/es/cubawebsugiere/105-cuba-web-sugiere

 

http://www.viajes.net/americadelnorte/cuba/lahabana/teatros/elgranteatro

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 Note1 - BBC Monde 23.12.2010  http://www.bbc.co.uk/blogs/mundo/cartas_desde_cuba/

C’est un honneur que nous fait Jonathan Farrar, le principal représentant diplomatique des Etats-Unis à Cuba en appuyant l’analyse de BBC Mundo sur la dissidence cubaine. Cela nous permet de confirmer notre analyse car son opinion est très qualifiée sur ce thème.  Dommage qu’il ait écrit cela dans un câble secret et qu’il a évité de le dire en public, car il nous est arrivé d’être durement attaqué pour cela, nous les journalistes qui travaillons à Cuba ou hors de Cuba.

Mais WikiLeaks a fait réalité le dicton qui dit que la justice tarde mais arrive. Le câble 202438 du 15 avril 2009, signé par Farrar et qualifié de confidentiel, reconnaît que notre analyse sur l’opposition est objective.

Pourtant, le jugement du chef de la diplomatie étasunienne est beaucoup plus dur encore. Il en arrive à dire que les dissidents « sont plus préoccupés d’obtenir de l’argent que de faire connaître leurs propositions  à de larges secteurs de la société cubaine ».

Il explique que dans les sondages effectués auprès des personnes qui demandent un visa, on constate  « que les gens ignorent  presque tout des personnalités de la dissidence et de leurs organisations » il en conclut donc qu’elles n’ont aucune résonance chez les cubains.

Jonathan Farrar considère que les groupes dissidents “ sont dominés par des individus à fort égos et il leur recommande « d’arriver à  un certain degré d’unification ou au moins de cesser de dépenser tant d’énergie à se mettre des obstacles les uns aux autres. »

Même les anticastristes de Miami et de Madrid n’en sortent pas indemnes. Le diplomate explique que les dissidents dénoncent les exilés qui tentent de « saper  les groupes locaux d’opposition afin de prendre eux-mêmes le pouvoir le jour où partirons les frères Castro ». Farrar ajoute qu’il est « peu probable qu’ils arrivent à jouer un rôle significatif dans un quelconque gouvernement qui succèdera aux frères Castro » et parie que les successeurs immédiats seront les fonctionnaires de rang moyen du gouvernement actuel.

HANABANILLA (Escambray)

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GIBARA : Province d'Oriente

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VIÑALES : PROVINCE DE PINAR DEL RIO à l'Ouest 

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LA HAVANE

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Juillet 2013  - 

Tout d'abord une info pratique:

Un logement sûr et agréable à La Havane chez l'habitant:

 Une très bonne adresse:

Chambre chez l'habitant avec salle de bain privée et air conditionné. Grandes terrasses avant et arrière très agréables. Personnes de toute confiance. 
25 CUC par jour la chambre de 2 personnes.
Quartier VEDADO, dans une des rues les plus importantes de la ville (la rue de Copelia, de l'hotel Habana Libre) près du Fleuve Almendares, de l'ICAIC (Institut du Cinéma Cubain) du cimetière Collon.
Calle 23 N° 1409 entre les rues 20 et 22: 
Tel: 00535-275-1982 
ou 00535-331-5752

La Havane, logement chez l'habitant

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A VIÑALES, une autre bonne adresse que nous avons expérimenté: 
Villa Joli - Air conditionné, bain et WC privés Service repas. Calle Adela Azcuy Norte N° 55-A

Viñales, Pinar del Rio - CUBA 

 - TEL 0152239034

LA PROVINCE :

VIÑALES 

Une promenade de 12 km à pied dans la campagne. Découvertes, rencontres et échanges avec les paysans, une balade magnifique et très intéressante avec 

 

quelques amis cubains...

Le chemin a disparu sous l'eau, beaucoup de pluies en ce moment à Cuba ... il ne nous reste plus qu'à enlever nos chaussures et avancer dans la boue ...

D'autres, englués dans la boue ont essayé l'aventure à vélo ... ils devront rebrousser 

chemin repeints avec la couleur rouge de la terre. 

 

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CIENFUEGOS:Escambray

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Cienfuegos, Cuba
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La vieille Havane toujours en rénovation, les travaux avancent lentement. Cette année on enterre les câbles électriques pour éviter les dégâts en cas de cyclone.

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Le Malecon est le grand théâtre de La Havane avec fonction tous les soirs à l'heure du coucher de soleil. Un spectacle à vous couper le souffle qui attire les havanais chaque soir

La Havane, le Malecon, Habana, Cuba
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Cuba, La Havane, Habana
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L'école des arts de La Havane ... peinture, sculpture, musique, théâtre etc.

Un énorme parc magnifique qui invite à la création.

Un bâtiment construit au début de la révolution par l'architecte Ricardo Porro, un cadre exceptionnel et la  liberté de création pour les artistes.

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Guama, Cienaga de Zapata.

Rencontre avec des animaux sympathiques ... Il est préférable de s'abstenir de prendre un bain dans ces eaux ... même si la chaleur vous y invite! Se munir de préférence de produit contre les moustiques, ils sont très collants dans cette région de marécages.

Ceux qui ont vu le film "El brigadista" se sentiront en pays de connaissance.   Guama IMGA0003.JPGGuama IMGA0009.JPGGuama P1060210.JPGGuama P1060228.JPG

 
Pages:

1- Présentation

2- Pages :     link

3- Agenda :     link

4- Documentaires :      link

5- Interviews :      link

6- La réalisatrice :      link

7- Curriculum :     link

8- Comprendre le monde :      link

9- Le cinéma cubain :      link

10- La musique cubaine :      link

11- Silvio Rodriguez :     link

12- Biennale de La Havane :     link

13- Voyager à Cuba autrement :     link

14- Haïti deux ans après :    link

15- Bolivie :     link

16- Festival de cine pobre :    link

HAÏTI, DEUX ANS APRES

haïti,ong,coopération cubaine,tremblement de terre

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Port-au-Prince: Le Palais National en ruines.

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Vue de Port-au-Prince depuis la route de Pétionville.

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Les Tap Tap: transport en commun.

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La mission médicale cubaine parcoure les endroits les plus reculés du pays pour faire la prévention contre le choléra et donner les soins nécessaires. Ils travaillent directement avec les communautés haïtiennes en collaboration avec le gouvernement. Ils couvrent tout le territoire national. Ici un groupe de recherche active dans un camp de réfugiés de Carrefour, un quartier de Port-au Prince. Ils sont présents depuis 1998 et étaient donc sur place et les premiers à secourir les gens au moment du tremblement de terre.

 

a P1000572.JPG                               A Platon, un village très difficile d'accès dans le nord du pays où un hopital de campagne a été installé et monté à dos d'homme par les cubains pour combattre l'épidémie de choléra dans ce village.

 

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Un autre groupe au travail près de la frontière dominicaine.

a P1000857.JPG                                  Pour que les villageois retiennent bien les mesures de prévention on leur demande d'expliquer aux autres.

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Une des maisons inoccupées de la famille Duvalier a été assignée à la mission pour la transformer en hôpital de province.

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a P1010005.JPG                                            Ils assurent aussi la campagne d'alphabétisation "Yo si puedo" (Oui je peux).

P1000634.JPG                                              Des distributions d'eau potable sont organisées dans les camps de réfugiés. 

a P1000500.JPG                                              Le fleuve Artibonite, point de départ de l'épidémie de choléra. 

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15- Bolivie :     link

 

16- Festival de cine pobre :    link

 

BOLIVIE & Festival de Cine de los derechos humanos de Sucre

Veredicto del jurado Festival 2009

 

Festival cine jurado del Festival DDHH de Sucre Bolivia DSC04561c

El jurado conformado para evaluación los films en competición internacional dentro del 5to Festival de Cine de los Derechos Humanos, después de una evaluación rigurosa del conjunto de producciones realizadas por los meritorios directores y sus equipos, tiene el honor de dar a conocer el siguiente resultado:

 1º Expresamos nuestra admiración y respeto hacia todas las producciones realizadas porque las mismas demuestran calidad y un compromiso por los derechos humanos, resultando por ello muy difícil la decisión asumida.

2º Sin desconocer los méritos del conjunto de producciones concursantes, arribamos a la siguiente conclusión:

CATEGORÍA CORTOMETRAJE

Ganador: Boomerang                                                                                     

Tema: Discapacidad                                                                                  

Director: Daryoush Garibzabeh                                                                       

País: Irán 2008

 Por la manera original de abordar la temática de la discapacidad y por la tenacidad expuesta por la filmación para sobrepasar y vencer los obstáculos.

 MENCIONES ESPECIALES

1º Tsímane                                                                                                   

Tema: Pueblos Indígenas                                                                            

Director: Patricio Maldonado, Rubén Chacón                                                    

País: Bolivia 2009

 Por exponer la situación de exclusión social y el grado de vulnerabilidad que afecta al pueblo Tsimane.

 2º Aranceles                                                                                          

Director: Melo Viana                                                                                        

País: Brasil 2008

 Por la estética metafórica lograda y la singularidad del enfoque propuesto para abordar el tema de la alineación de su propia cultura.


CATEGORÍA MEDIOMETRAJE

Ganador: Tentayape, la última casa                                                           

Tema: Pueblos Indígenas                                                                              

Director: Roberto Alem Rojo                                                                            

País: Bolivia 2008

 El tema central derecho a la identidad es tratado con claridad desde el principio. Otros temas secundarios, como la búsqueda de un estilo de vida alternativo a la sociedad de consumo, son tratados en el desarrollo del tema por el contraste entre escenas de vida en la comunidad, donde el trabajo es parte del encuentro comunitario y la explotación en la zafra.

El manejo del lenguaje visual es bueno. Con poco apoyo del comentario. Son los propios actores los que muestran el mensaje con su vida.

Destacamos que el principal actor, el “capitán grande”, por su papel como defensor del derecho de la comunidad a vivir como son.

Consideramos que la película transmite valores importantes tanto para el contexto actual que vive el país como para el contexto mundial por los problemas que la globalización está ocasionando.

 MENCIÓN ESPECIAL

Lucanamarca                                                                                              

Director: Carlos Cárdenas y Héctor Galves                                                      

País: Perú 2008

 Por la gran cualidad de cinematografía y narración que revela las luchas de reconciliación y el pasado complejo del pueblo de Lucanamarca en Perú que fue y sigue siendo un ejemplo para todos.

 

CATEGORÍA LARGOMETRAJE

Ganador: El Juez y el General                                                               

Tema: Justicia                                                                                                              

Director: E. Fransworth / Patricio Lanfranco                                                         

País: EEUU/Chile 2008

Por la búsqueda rigurosa de la verdad, su mensaje de esperanza y su contundente llamado a la justicia.

 MENCIONES ESPECIALES

 El cementerio de los Elefantes                                 

Tema: Memoria                                                     

Director: Tonchi Antezana                                              

País: Bolivia 2009

 Para que la indiferencia, la exclusión social y la desesperación no sean ya una realidad en nuestras sociedades.

 

 2º Contra el grano: Una guía de supervivencia                                    

Tema: Cultura                                                                                           

Director: Ann Kaneko                                                                                       

País: Perú 2008

Por la originalidad del enfoque artístico y por resaltar la fuerza e importancia de la cultura como medio de resistencia y denuncia frente al poder.

De acuerdo con el conteo de votos el Premio del Público ha sido otorgado a:         

El Cementerio de los Elefantes                                      

Director: Tonchi Antezana                                               

País: Bolivia 2009

Para que la indiferencia, la exclusión social y la desesperación no sean ya una realidad en nuestras sociedades.

El jurado Internacional:

Waldo Albarracín - Bolivia

Adrienn Luckas - Holanda

César Pérez - Bolivia

Anne Delstanche - Bélgica

Gabino Dominguez - Bolivia

Jeffrey Hodgson - Suiza

Rafael García - Bolivia

Estelle Varas - Bélgica

 

 

 Festival de cinéma des Droits de l'Homme en Bolivie:

 

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 Salle comble chaque soir, le Festival est un événement dans la petite ville de Sucre.            

 

 

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L'Equipe de choc du Festival qui accompli une tâche extraordinaire et nous offre un accueil chaleureux.

 

 

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Et le directeur avec ses invités équatoriens venus présenter leur spectacle de danse.

 

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Les élèves qui ont suivi la formation de cinéma au sein du Festival reçoivent leur certificat. Le professeur est un cinéaste de l'INSAS à Bruxelles et le cours sucite beaucoup d'interêt.

 

 

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Moment de détente, s'y retrouvent le jury, les réalisateurs, conférenciers, artistes venus des 4 coins du monde pour le Festival.

 

 

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participation d'une délégation de la communauté Kallawayas qui viendront présenter le documentaire de Frédéric Cordier en avant première pour la Bolivie.

 

 

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Cérémonie de pose de la première pierre de la future cinémathèque des droits humains de Sucre

 

 

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Fiesta nativa pour la cinémathèque, les habitants participent.

 

 

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Bolivie


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Il faut savoir que la Bolivie est un pays potentiellement riche, son sous-sol regorge de matières premières, c’est le deuxième pays d’Amérique latine producteur de gaz naturel, il détient du pétrole, du zinc, de l’étain, de l’argent. Et malgré tout cela le pays a la triste réputation d’être le plus pauvre d’Amérique latine.  

 La Bolivie n’a pas échappé à la règle qui veut que la plupart des pays d’Amérique latine ont eu à souffrir dans les années 70 de coups d’Etat qui ont mis au pouvoir des dictatures militaires extrêmement répressives (assassinats, disparitions, tortures en étaient le lot quotidien)  suivies de gouvernements « démocratiques » élus par une toute petite minorité de la population, car la majorité ne se reconnaissait pas dans les candidats et ne prenait donc pas la peine d’aller voter. Des gouvernements qui se suivaient et se ressemblaient et dont la politique néolibérale outrancière n’a fait qu’aggraver la réalité d’une société très divisée entre quelques familles extrêmement riches et un énorme pourcentage de laissés pour compte. 

Ces gouvernants ont bradé les richesses de la Bolivie à des multinationales et l’oligarchie s’est réservée les meilleures terres par des moyens qui n’avaient rien de légaux. La richesse se retrouve donc entre les mains de quelques familles qui s’empressent de placer leur argent dans les banques étrangères.  

Les dirigeants n’avaient pratiquement pas de politique de développement, il suffit de voir l’état des routes pour s’en convaincre, aucune infrastructure.  

Alors que la Bolivie est un des plus importants producteurs de gaz naturel, le pays est pourtant celui d’Amérique latine où l’accès à l’énergie électrique est la plus faible, 67% de la population, c’est surtout dans les villes que la population a accès, et encore … pas partout. Quand aux zones rurales, elles vivent encore à l’aire de la bougie et de la lampe à pétrole. Une population qui souffrait d’un taux d’analphabétisme élevé, jusqu’il y a peu et l’accès à la médecine était réservée à ceux qui avaient les moyens de payer.  

La population indigène discriminée, objet d’un mépris insupportable comme c’est le cas dans tout le continent et vivant dans des conditions d’extrême pauvreté.

Lorsqu’en 2005, se présente Evo Morales à la présidence, un syndicaliste d’origine indigène, la population andine qui depuis plusieurs siècles lutte pour la reconnaissance de ses droits, se réveille et va voter massivement. Pour la première fois un président sortira vainqueur des élections avec un pourcentage de votes de plus de 50%.

 La première tâche que se donne le nouveau gouvernement est de lutter pour la récupération des ressources naturelles au bénéfice de toute la population (70% vivent en dessous du seuil de pauvreté). Les fonds récupérés doivent servir à développer le pays, construction de route, projet d’électrification, et à soulager la population de la misère dans laquelle elle se trouve : Différents programmes d’aide sociale sont en route : une pension minimum (la renta dignidad), est octroyée aux personnes âgées qui jusque là n’avaient droit à rien et survivait tant bien que mal, une aide aux écoliers pour lutter contre l’absentéisme scolaire et le travail des enfants, une aide à la maternité ….

Des accords de coopération sont signés entre le gouvernement bolivien et le gouvernement cubain qui apportera son appui à la campagne d’alphabétisation avec de bons résultats, le pays est déclaré « Libre d’analphabétisme » en décembre 2008.

Tout cela au milieu d’une opposition de plus en plus violente qui tente d’empêcher toute réforme et fera tout ce qu’elle peut pour bloquer la naissance d’une nouvelle constitution. Tous les moyens sont bons, assassinat de paysans, violences et graves offenses aux peuples indigènes, tentatives de déstabilisation,  préparation d’actes de terrorismes et complots en vue d’assassiner le président.

 


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La Paz

 

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Sucre

 

 

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L'an dernier (le 25 avril 2008), le président Evo Morales, premier président d'origine indigène devait se rendre à Sucre pour y participer à la commémoration d'un événement historique, celui de la première révolte qui a fini par aboutir à la décolonisation. Des jeunes appartenant à l'oligarchie l'ont empêché de se rendre dans la ville et ont traîné les gens qui étaient venu l'accueillir sur la place publique, les ont battu, déshabillés, mis à genoux crachant sur eux, une violence inouïe, offensés, battus, humiliés, les indigènes ont décidés de revenir cette année sur la grand place pour dénoncer ces actes qui n'ont jusqu’à aujourd’hui même pas été punis par les autorités de la ville (dirigée par l’opposition)  qui tolèrent ce genre d’actes puisqu’ils n’ont rien fait pour poursuivre les responsables.

 

 

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Sucre: 24 mai 2009 manifestation de protestation contre le racisme et les violences de 2008

 

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Cette année, le gouvernement décide de célébrer le bicentenaire dans trois villages de la province de Chuquisaca, de nombreuses représentations diplomatiques seront présentes.

  

 

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Ravelo

 

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Bruxelles, 7 décembre 2007

Rencontre avec le cinéaste bolivien HUMBERTO MANCILLA et l'ambassadeur de Bolivie CRISTIAN INCHAUSTE

Organisé par L'Ambassade de Bolivie en Belgique, le SEUL, Le Comité de Solidarité pour la Bolivie, Les Amis de Cuba.asbl, Cubanos en Bélgica.ASBL

A l’ULB: Faculté des sciences humaines - Auditoire H22-15 - 19h30

LE CINEMA ET LE PROCESSUS SOCIAL DANS LA BOLIVIE DU 21ème SIECLE, REFLEXION SUR LES EVENEMENTS DE CES DERNIERES SEMAINES EN BOLIVIE

avec

HUMBERTO MANCILLA : Cinéaste bolivien et directeur du "Festival de cine de los derechos humanos" Sucre Bolivie & S.E. Mr CRISTIAN INCHAUSTE Ambassadeur de Bolivie en Belgique

La soirée commencera par la projection de 4 films choisis dans le catalogue du "Festival de cine de los derechos humanos de Sucre en Bolivie



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  1. El Espiritu de Tupaj Katari de Humberto Mancilla - 2006- 30m - VO St français. Le mouvement autochtone bolivien qui a porté Evo Morales à la présidence de la Bolivie réalise une prophétie ancienne.
  2. Sueños del pais de Alfredo Ovando, Bolivia, 2004, 10min. documentaire.Les enfants et  adolescents donnent la vision du pays auquel ils rêvent et l’expriment au travers de maquettes. Ils découvrent comment améliorer la situation et rêvent d’une Bolivie qui associe les enfants et les adolescents.
  3. . La sangre de la Pachamama - de Pablo Solon, Bolivia, 2003, 16 min. documentaire. Illustre la problématique de l’eau, en particulier dans les zones des hautes Andes. Ce documentaire a été un instrument extraordinaire pour expliquer au public le danger qu’il y a à exporter les eaux souterraines des  communautés montagneuses de Bolivie, du Pérou et du Chili, des zones qui souffrent d’un processus de désertification. 
  4. Caminos en democracia  de Jesús Pérez, Bolivia, 2007,13 min. Dessin animéCe film parle du problème de la cohabitation démocratique dans un pays en constant processus de changement.    

Entrée libre.


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Festival de cinéma à Sucre :

Vous pouvez consulter le site web à cette adresse.

http://www.festivalcinebolivia.com/Principal.htm 



Conférence du 7 décembre 2007

 

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Pages :

1- Présentation

2- Pages :     link

3- Agenda :     link

4- Documentaires :      link

5- Interviews :      link

6- La réalisatrice :      link

7- Curriculum :     link

8- Comprendre le monde :      link

9- Le cinéma cubain :      link

10- La musique cubaine :      link

11- Silvio Rodriguez :     link

12- Biennale de La Havane :     link

13- Voyager à Cuba autrement :     link

14- Haïti deux ans après :    link

15- Bolivie :     link

16- Festival de cine pobre :    link                                                                              

FESTIVAL DE CINE POBRE HUMBERTO SOLAS GIBARA (CUBA)

 


Synopsis

Depuis 5 ans la petite ville de Gibara accueille avec enthousiasme le "Festival de Cine Pobre". Une iniciative en faveur d'un cinéma alternatif et indépendant, pour la démocratisation du cinéma afin de le libérer des dictats commerciaux.

Ce court métrage est le résultat de la rencontre sur place de deux réalisateurs du "cinéma pauvre en ressources financières) l'une Belge, l'autre Bolivien. Il vous transporte quelques minutes dans l'ambiance chaleureuse de cette petite ville accueillante et très fière de son festival.

 

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L'affiche du Festival 2007
 
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Humberto Solas : Président du Festival et réalisateur de "Lucía", "Un Hombre de éxito", "Barrio Cuba" et Sergio Benvenutto, directeur

 Le site du Festival:    http://www.cubacine.cult.cu/cinepobre/index.html

Le Cinéma à maigre budget veut faire entendre sa voix.

Gibara : la « Cannes » du cinéma pauvre. Le Festival International du Cinéma Pauvre qui s'est déroulé à Gibara entre le 16 et le 22 avril 2007, à près de 900 km de La Havane en est à sa 5ème édition.

Le festival de Gibara c'est la défense d'un cinéma alternatif, c’est la volonté de donner une place à l'expression de ceux qui ne peuvent le faire au sein des grandes productions cinématographiques. C’est une bataille pour  la démocratisation du cinéma. Celui qui connaît un peu ce milieu sait à quel point il est difficile d’arriver à  diffuser une œuvre qui ne correspond pas aux budgets, règles, idées,  modes, ou concept des décideurs du cinéma.

Le Festival ouvre un droit à la participation,  est un instrument pour lutter contre la colonisation culturelle du cinéma américain qui est devenu omniprésent dans toutes les salles du monde, repoussant à l'état de marginalité les productions locales.

Il  donne un espace à un cinéma économiquement faible qui échappe aux règles de Hollywood.Les œuvres lauréates sont récompensées par une aide à la production ou à la distribution. Il s'agit d'un cinéma à contre courant qui cherche d'autres formules artistiques, parfois audacieuses, parfois pas, mais qui de toutes façons possède une valeur morale, C'est la défense d'un cinéma sans concession aux valeurs marchandes. Un formidable appui au travail des cinéastes autodidactes, qui n’ont pas pu suivre une formation, ne disposent d’aucun soutien pédagogique.

Le Festival veut créer une école ouverte à ces réalisateurs, une école de vacances pour les gens qui travaillent. L'avènement du système digital permet la réalisation d'œuvres de qualité à budget très réduit ce qui n'était pas possible avec le cinéma 16 ou  35mm.

Le mouvement du cinéma pauvre est né dans le but d’aider à la production et à la diffusion de ces œuvres qui n'ont pas accès aux moyens de diffusion commerciaux. Des circuits sont en train de naître dans plusieurs pays. Gibara a réunit plus de 170 participants, réalisateurs, producteurs, responsables de festivals, presse, la chaîne latino-américaine de télévision Telesur ... transformant la petite ville de Gibara en capitale du cinéma alternatif. Les films sélectionnés  le sont en fonction du critère de la qualité et du budget restreint. Environ 600 films ont été présentés à la sélection 2007 qui en a retenu près de 200 dans ses différentes sections. Mais le festival n'est pas seulement la projection de films et la remise de prix, la petite ville de l’est de Cuba,  se transforme en capitale du cinéma.

La population participe activement, prépare les festivités, se mêle aux invités, la salle de cinéma locale se remplit autant de « Gibareños » que de participants. L’accueil est chaleureux, tout ce petit monde se mélange, commente, échange, des amitiés y naissent.Les activés parallèles sont permanentes. Le soir des écrans sont installés sur la place publique, dans la rue où à la maison de la culture il y a des spectacles de jour comme de nuit, danse classique, traditionnelle afro-cubaine, moderne, arts picturaux , concerts tous les soirs avec de grands noms de la musique cubaine comme Carlos Varela, Kelvis Ochoa, Cándido Fabre,  et la participation d'acteurs et de réalisateurs cubains comme Humberto Solas, président du Festival, Mario Limonta, Isabel Sántos, Manuel Porto, Enrique Molina. La fête totale et permanente.

Des débats sur la distribution, la production, le financement des films, la manière d'obtenir de l'aide, rencontres et échange d'expériences et distribution spontanée des œuvres entre les participants des différents pays, beaucoup d'entre eux animent des festivals de cinéma aux quatre coins du monde. C’est un magnifique carrefour d'échange où l'on pose les bases de collaborations futures.

On assiste à la naissance d'un véritable circuit parallèle qui se développe et prend de l’ampleur très rapidement. Le mouvement est suivi en Amérique latine mais aussi en Europe. Et cela fonctionne, car d'autres festivals naissent et collaborent dans plusieurs autres pays, c'est la création d'une vitrine, d'une plate-forme d'échanges.L'étape suivante sera de briser le « blocus » des salles commerciales, d’arriver à les convaincre que ce cinéma est une nécessité et a un avenir.

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 Concert d'inauguration du Festival
 
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Carlos Varela

 

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Les gibañeros au coeur du Festival
 
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Gibara
 
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Le 16 avril 2007:  ouverture

 

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Spectacles aux quatre coins de la ville, musique, danse, arts plastiques ...
 
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Spectacle de danse contemporaine.
 
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Danse Afro-cubaine.

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Une rue de la ville.
 

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 L'art dans la rue.

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Spectacle de clôture du Festival
 
 
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La remise des prix.

   

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Rencontre avec les gibareños

 carlos foule32

 

Pages

1- Présentation

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11- Silvio Rodriguez :     link

12- Biennale de La Havane :     link

13- Voyager à Cuba autrement :     link

14- Haïti deux ans après :    link

15- Bolivie :     link

16- Festival de cine pobre :    link


30/11/2012

LA NOVLANGUE pour imposer une vision du monde

 

Naissance d'une langue 


1. Qu'est ce que la LQR?

Comme le dit Eric Hazan dans la conclusion de son livre « La LQR est la langue qui dit ou suggère le faux même à partir du vrai. »
La LQR (Lingua Quintae Respublicae ou langue de la V° République) a été nommée ainsi par l'auteur par analogie à la Lingua Tertii Imperii (langue du troisième Reich), renvoyant au travail de Victor Klemperer.

De 1933 à 1945, ce professeur juif de l'université de Dresde, tient un journal où il décrit la naissance et le développement d'une langue nouvelle, celle de l'allemagne nationaliste. Sauvé de l'extermination grâce à son mariage avec une « aryenne », son texte est publié en 1947 sous le titre « LTI (Lingua Tertii Imperii) - Notizbuch Eines Philogen ». En français : La langue du troisième Reich, carnets d'un philologue.

Le propos d'Hazan n'est pas de dire que le néo-libéralisme et le nazisme c'est la même chose mais de démontrer que, que ce soit sous III° Reich ou sous la V° République, le langage quotidien utilisé dans les médias, le monde politique, le monde du travail etc. a pour fonction de « substituer aux mots de l'émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission ».

2. Quand la LQR est-elle née et comment ?
La LQR est née durant les années 60, dans le contexte de la brutale modernisation du capitalisme français que fut le « gaullo pompidolisme ». Mais ce n'est que dans les années 1990 qu'elle a atteint son plein développement. Deux groupes sociaux, aujourd'hui omniprésents parmi les décideurs, ont largement contribué à créer cette langue nouvelle, reprise en suite par les journalistes et les politiciens : En premier lieu, les économistes ou experts à la solde du système. En second lieu, les publicitaires.

Le vocabulaire des économistes s'est imposé dans des domaines où jusqu'ici ce vocabulaire était peu employé (ainsi parle t'on de « capital santé »). L'influence croissante des experts en tout genre a également sa traduction syntaxique. Par exemple, le mot « expérience » a été remplacé par le mot « expertise », le mot « Question » par celui de « Problème »

De même, l'influence croissante des publicitaires a sa traduction dans le langage. En utilisant les mots « Positiver » ou « optimiser », mots lancés par les experts en communication des hypermarchés (« Avec Carrefour je positive »), les hommes politiques empruntent au langage de la pub. Pour Alizée comme pour Jean pierre Raffarin, il faut adopter une « positive attitude ».


L'apport des publicitaires a néanmoins davantage été syntaxique que lexical. Par exemple, un titre d'article ou une annonce de reportage télévisé comme « La Chine, une méga-puissance entre modernité et tradition » a deux points communs avec le langage publicitaire : le recours à l'hyperbole visant à susciter l'émotion (look «méga fun», dentifrice «Ultra fraîcheur», nettoyant «hyper concentré» etc.) et l'absence de verbe (« Dash 3 en 1, un pouvoir incroyable au service de la propreté ».) La diction même des journalistes tend à se calquer sur ce type de slogans publicitaires. Autre exemple dans le Figaro du 28 août 2004 : « Irak : l'aveu de Bush » (« Auchan : la vie, la vraie »).
Cette influence croissante du langage publicitaire est liée au recours croissant par les hommes politiques aux spécialistes en communication (bel euphémisme de « publicitaires »). Pour Hazan, la notion nouvelle d'infopublicité (oxymore que l'on imprime en tout petits caractères en haut d'une page consacré à tel vignoble de Bordeaux ou tel club de vacances) n'est ni plus ni moins un aveu : le rôle de l'information est de faire vendre. Cette relation incestueuse entre journalistes et publicitaire fait de la LQR « un instrument d'émotion programmée, une langue d'impulsion comme on dit « un achat d'impulsion » ».


Selon Eric Hazan, la concentration des principaux outils d'opinion entre quelques mains facilite bien évidemment la diffusion de la LQR. Mais elle ne permet pas à elle seule d'imposer un langage. Il a fallu le concours de millions de personnes ayant un intérêt plu ou moins conscient au maintien de l'ordre libéral : cadres des entreprises de sécurité, professeurs de philosophie politique, juges anti-terroristes, agents immobiliers, chroniqueurs de France Culture, présidents de Région etc. La critique de la LQR ne doit donc pas se limiter à la critique des médias, si justifiée qu'elle soit. La LQR est partout et personne n'est immunisé (y compris ceux qui combattent l'ordre dominant, nous y reviendrons).
Si en dépit de la variété des lieux où elle se diffuse, la LQR montre une certaine cohérence, c'est parce qu'il y a communauté de formation et d'intérêts chez ceux qui ajustent les facettes de cette langue et en assurent la dissémination :

Communauté de formation : membres de cabinets ministériels, directeurs commerciaux d'entreprise, chefs de rubrique de quotidiens etc. sortent des mêmes écoles de commerce, d'administration ou de sciences politiques : on leur a appris les mêmes techniques avec les mêmes mots.

 

Communauté d'intérêts : du sommet de l'Etat jusqu'au dernier des directeurs de marketing, chacun sait que sa place dépend du maintien de la « paix sociale » (« du maintien de la guerre civile au stade de drôle de guerre » comme le dit Hazan).

 

3. Quelles sont les points communs et les différences entre la LQR et la langue du troisième Reich ?

Hazan établit plusieurs distinctions entre la LTI (langue du 3° Reich) et la LQR (langue de la V° République). Comme on peut le voir dans l'annexe 4, la LQR cherche à éviter toute vulgarité, l'objectif étant de créer le consensus. Cela ne l'empêche pas néanmoins d'être une langue souvent méprisante et qui a du mal à masquer son mépris (annexe 5)


Le premier point commun entre la LQR et la LTI, c'est la recherche de l'efficacité aux dépens même de la vraisemblance. Après Stalingrad, les communiqués de victoire sur le front russe émanant de Berlin n'étaient absolument pas crus. Ces communiqués triomphaux avaient pour seule fonction d'exhorter à se battre jusqu'à la mort. De même, aujourd'hui, on ne croit pas davantage aux messages délivré par JP Raffarin quand il promet sur TF1 « une baisse du chômage, une réforme pour réussir l'école et une lutte contre la vie chère » (19 septembre 2004). L'incohérence ne fait absolument pas peur à cette langue. Ainsi personne ne croit à l'idée que si les entreprises licencient c'est « pour sauver des emplois » ou que si on réduit les remboursements médicaux c'est « pour sauver l'assurance maladie » etc. (merveilleuses inversions des choses). De même, dans les stages de formation des entreprises, personne ne croit à ce qui est dit. Ce qui compte c'est que chacun fasse semblant d'y croire de façon à ce que le dominant puisse continuer en toute quiétude a exiger des sacrifices de la part des dominés.

 


Le deuxième point commun entre la LQR et la LTI, c'est l'importance du recours à l'euphémisme afin d'obtenir le consensus. Par exemple, au sujet des contrats « Nouvelles Embauches » le Monde du 02 août 2005 titre « Le gouvernement assouplit le droit du licenciement ». Comme le fait remarquer Eric Hazan « Assouplir» c'est rendre moins rigide, plus flexible. La flexibilité est un thème cher aux libéraux mais « Assouplir » c'est moins connoté politiquement, c'est positif. Mais qu'est ce qu'un droit du licenciement souple si ce n'est une remise en cause du droit du licenciement ? L'euphémisme est sans aucun doute le procédé le plus couramment utilisé dans la LQR.


Le troisième point commun entre la LQR et la LTI, c'est le caractère performatif de ce langage. Au sujet des lois sécuritaires qui se développent après le 11 septembre 2001, Hazan estime que « ces mesures spectaculaires ne sont peut-être pas le plus important de l'affaire » et que la dérive sémantique qui en a résulté « aura peut-être un impact plus durable que les décrets, arrêtés et lois abrogeables du jour au lendemain ». Il dit « C'est que les faits de langage sont plus têtus que les autres, et surtout qu'ils sont performatifs : par leur apparition, ils révèlent des tendances qu'ils contribuent ensuite à renforcer, contaminant par ondes successives d'autres milieux, d'autres castes, d'autres médias ». Loïc Wacquant ne dit pas autre chose. Selon lui, la pornographie sécuritaire engendre un climat d'insécurité, qui engendre à son tour un accroissement des exigences en matière de sécurité, une chasse à la petite délinquance donc une augmentation des statistiques de la délinquance, avec en retour un accroissement des exigences en matière de sécurité etc. Autrement dit, c'est-à-dire un langage qui ne se contente donc pas de nommer les choses mais qui, en même temps qu'il nomme une réalité, la crée. Puisqu'elle crée une réalité conforme aux discours néolibéral, la LQR est donc à la fois une émanation du néo-libéralisme et son instrument.


Le quatrième point commun entre la LQR et la LTI : c'est un langage qui n'induit aucune immunité (annexe 6). Ce langage envahit notre quotidien. Un jour, lors d'un débat organisé par Attac à Douchy, une personne me dit « j'ai bien aimé mais ce qui m'a agacé c'est qu'Attac est quand même là pour faire sa publicité ». Ainsi, les associations qui luttent contre la marchandisation auraient pour seul but de « vendre » quelque-chose ! Dans le langage courant, vendre est devenu synonyme de convaincre ou persuader. « On ne convainc plus quelqu'un, on lui vend une idée. On ne persuade plus un patron de vous embaucher, on se vend à lui. La LQR contribue donc à naturaliser les rapports marchands : les rapports humains se calquent sur des rapports mercantiles. Pire, la LQR est un langage qui s'insinue y compris chez ceux qu'elle aide à opprimer. Déjà durant la guerre, Victor Klemperer montre comment les juifs eux-mêmes intériorisent la langue des nazis. Il donne l'exemple d'un docteur juif qui avait pris l'habitude de s'adresser aux autres juifs en faisant précéder leur nom de la mention « juif » : « Juif Löwenstein, utilise telle machine », « Juif Mahn, voilà ton certificat » etc. Ce qui était au départ un moyen de railler le Führer, devient progressivement un langage d'humiliation volontaire de soi. Comme le montre Pierre Bourdieu, des militants qui se pensent encore progressistes ratifient à leur tour la novlangue américaine quand ils fondent leurs analyses sur les termes « exclusion », « minorités », « identité », « multiculturalisme ». Sans oublier « mondialisation », « développement durable », « altermondialisme » (pour la critique de ces mots, voir les annexes)

 Une des raisons fondamentales de ce que cette langue soit reprise par le plus grand nombre, c'est qu'elle n'est pas une langue compliquée. Contrairement à l'argot ou au parler des banlieues, elle crée peu de mots. Contrairement au langage des scientifiques, elle n'est pas une langue savante : elle s'appuie sur des notions vagues et interchangeables (ex : réforme, modernisation). C'est une langue qui, comme le montre Pierre Bourdieu, s'appuie sur une série d'oppositions et d'équivalences grossières

 II. Mots, tournures, procédés

Fonctions de l'Euphémisme

Le principal objectif des euphémismes nombreux dont se compose la LQR, c'est le contournement - évitement d'un autre mot ou d'autres formulations plus gênantes car connotées négativement ou remettant en cause la légitimité du système ou des politiques menées (annexe 8)
L'euphémisme peut par exemple permettre de dédouaner les bourreaux et de les faire passer pour des bienfaiteurs. Ainsi, ne parle t'on pas au journal télévisé de bombardements mais de frappes préventives, de massacre de civils mais de dégâts collatéraux, d'occupation mais d'offensive, d'assassinat mais de bavure (le 7 octobre 2004 Libération titre « Bavure » au sujet du meurtre d'une écolière palestinienne par des soldats israéliens qui « avaient pris son cartable pour une charge explosive »)

 Le recours aux anglicismes est très fréquent dans le processus d'euphémisation.
- « corporate governance » (aux USA : direction des entreprises par leurs actionnaires) se substitue à direction (trop disciplinaire) et à management (mot ancien dans la novlangue mais trop technocratique). « Gouvernance mondiale » (provenant de corporate governance)  se substitue à gouvernement (trop étatique)
- On ne dit pas cadre (trop hiérarchique) mais « coach », « manager » (ils animent plus qu'ils ne contrôlent).
- On ne dit pas sous-prolétariat mais under-class
La LQR n'est pas une langue figée. C'est une langue capable de renchérir sur ses inventions. Ainsi est-on passé d'infirmes à Handicapés puis mal entendants, mal voyants etc. De même, on est passé d'Absorption, fusion, concentration à Restructuration ou réorganisation industrielle puis Offre publique d'achat et enfin Intégration des entreprises. Pays sous-développés (trop ethnocentrique) et Tiers-monde (évoquant les luttes de libération des années 60) ont cédé la place à pays en développement ou en voie de développement puis à pays émergents.

Un renversement de la dénégation freudienne ?

Dans le langage psychanalytique, la dénégation est l'expression sur le mode du refus d'un désir refoulé (exemple de la chanson « arrête, arrête ne me touche pas »). La LQR produit l'inverse : on prétend avoir ce qu'on a pas, on se félicite le plus de ce qu'on possède le moins (annexes 9 et 10). Par exemple, les mots dialogue, échange, communication, ensemble ont proliféré dans une période où tout concourt à l'isolement. Autre exemple, alors même que l'on compte un nombre inhabituel d'escrocs et de menteurs au plus haut niveau des grandes sociétés, des partis ou de l'Etat, les oligarques et leur personnel de haut rang sont présentés comme « nos élites » (notons que lorsqu'il s'agit de la Russie post-soviétique, c'est le mot « oligarque » qui est utilisé pour désigner les mêmes personnes). De même, la LQR recourt fortement au registre de l'humanisme, de l'éthique, de la morale ou de la démocratie : ressources humaines, capitalisme ou taylorisme à visage humain, placements éthiques, transparence … Enfin, alors même que l'uniformisation et l'inégalité progressent partout, la LQR recourt fortement au registre de la « diversité dans l'égalité ». Dans une société rongée par un apartheid rampant et afin de jouer à plein l'autojustification préventive et de s'écarter sans risque des positions lepénistes, de la xénophobie et du racisme ambiants, on exalte la diversité, le métissage, le multi ou le pluriculturalisme, la tolérance, l'ouverture, le respect des minorités, des identités. Parallèlement l'anathème est lancé sur le communautarisme, l'identitaire, le repli ethnique et on célèbre l'universalité de la République. Amen.

L'essorage sémantique

Forgé par des publicitaires et des experts en communication, la LQR fonctionne sur la répétition et à force de répétition un mot clair et utile finit par perdre son sens, ce que Hazan appelle l'essorage sémantique (annexe 11). Par exemple, les mots « Utopie » (dont le sens s'est modifié pour signifier que toute mise en cause de l'ordre existant relève de la rêverie) ou « écologie » (utilisé à tour de bras dans la grande distribution et l'industrie automobile : être écologique c'est renouveler sa voiture plus souvent !)
L'exemple de l'adjectif « social » est particulièrement révélateur. Alors que dans la seconde moitié du XX° la Sociale c'était le peuple au pouvoir, aujourd'hui social se rapporte à tout ce qui est réalisé pour faire accepter leur sort aux catégories les plus défavorisées.
 
L'essorage sémantique peut contribuer à transformer les victimes en coupables. Ainsi en va-t-il lorsqu'on emploie les mots « privilèges » ou « privilégiés ».

III. L'esprit du temps
 
Société civile


C'est chez Thomas Paine (Common Sense Adressed to the Inhabitants of América 1776) que Michel Foucault identifie la première apparition de l'opposition société civile / gouvernement. Plus tard Karl Marx réglera son compte à la dualité Etat/ société civile. « L'Etat politique se comporte envers la société civile d'une manière aussi spiritualiste que le ciel envers la terre. (…) Dans sa réalité la plus immédiate, dans la société civile, l'homme est un être profane. Et c'est justement là où (…) il passe pour un individu réel, qu'il est une figure sans vérité. En revanche, dans l'Etat, (…) l'homme est le membre imaginaire d'une société illusoire, dépouillé de sa vie réelle d'individu et empli d'une universalité irréelle »
L'exaltation de la société civile (annexe 12) vise deux objectifs :

Dévaloriser le politique, l'Etat

Se servir des relais qu'offre la société civile pour appuyer la mise en œuvre de la politique gouvernementale

 

Valeurs universelles

L'exaltation des valeurs universelles (annexe 13), dont la France est supposée porteuse, relève de l'inversion de dénégation freudienne (se féliciter pour ce qu'on possède le moins ou pour ce qu'on est le moins). Ainsi la France est le pays des droits de l'homme, une terre d'accueil. Dans Le requin et la mouette (2004), livre qualifié d'humaniste par la critique aux ordres, Dominique de Villepin souhaite parvenir à « 20 000 éloignements (admirez l'euphémisme) d'étrangers en situation irrégulière en 2005 »
Sous la III° République, il était question de la mission civilisatrice de la France. Mais les manuels scolaires continuent à maintenir l'équilibre entre crimes et « bienfaits » de la colonisation française, toujours présentée comme plus humaine que les autres. Le devoir de mémoire (formule due à Mitterrand) correspond en fait à une formule de négationnisme.

Les nobles sentiments


Il s'agit ici des nobles sentiments des « élites dirigeantes » (annexe 14). L'objectif est de les présenter comme une sorte de bon père, sévère mais bienveillant. Côté père fouettard , on est déterminé contre le terrorisme, on est résolu, responsable, inflexible quant à la question des procédures d'éloignement, on fait preuve de rigueur, de fermeté absolue ou sans faille face à la délinquance. On est décidé à une tolérance zéro, on accepte plus les zones de non-droit, tous les laxismes hérités de 1968. Dans ce registre abondant : le mot courage.
Il ne faut bien évidemment pas que nos dirigeants inflexibles passent pour inhumains. C'est pourquoi au côté père fouettard est toujours associé un côté bienveillance. A titre d'exemple :
« Il n'est pas acceptable que le progrès économique ne soit pas partagé par tous. (...) Ces difficultés, ces drames, cette fracture sociale qui menace de s'élargir en une fracture urbaine, ethnique et parfois même religieuse, ne sont pas des fatalités » (Le président de la République le 21 octobre 2003 à Valenciennes.)

Une sémantique « antiterroriste »

Malgré son affinité affichée pour le divers et le multiple, la LQR a une prédilection pour les mots les plus globalisants, propres à en imposer aux masses mais qui sont parfaitement creux. Ainsi, de la même façon qu'on plaçait sous la rubrique «barbare» tout ce qui n'était pas grec, on réalise un amalgame de tous les basanés dans des catégories globales telles que « intégrisme», «fondamentalisme», «arabo-musulman» etc. Ces expressions sont toujours associées à repli communautaire, islamiste, Al-Qaida, guerre des civilisations etc. (annexe 15)
La LQR dispose aussi d'expressions comme maghrébin, issu de l'immigration destinées à faire basculer les Arabes citoyens français dans le grand amalgame des arabo-musulmans.
Quand elle le peut, la LQR n'hésite bien évidemment pas à faire basculer les syndicalistes ou les jeunes en révolte dans la rubrique des criminels et terroristes en tout genre. Ainsi parle t'on de prise en otage des usagers du RER (métaphore criminelle) par les grévistes, de criminalité organisée au sujet de délits mineurs. Rappelons que Philippe Henriot, secrétaire d'Etat à l'information du gouvernement de Vichy, qualifiait les résistants de terroristes. Le lendemain de ses funérailles (il fut abattu par un corps franc en avril 1944), on pouvait dans le journal de la Milice Combats : « Philippe Henriot, nous vous renouvelons la promesse de combattre, pour gagner, pour débarrasser la France   de ces bandes de pillards qui terrorisent nos provinces ». Aujourd'hui encore dans les journaux télévisés, les mouvements de résistance contre l'oppression sont qualifiés de mouvements rebelles ou terroristes. Les actes de rébellion sont quant à eux qualifiés de pillage ou d'attentat.

L'effroi, la violence

Dans la LQR, les sujets de trouble sont habituellement traités par les médias et politiciens dans un langage plutôt neutre et technique d'où sont exclus les excès verbaux. Il ne faudrait pas que l'effroi de la bourgeoisie dirigeante se répande. Mais il est un domaine où la langue publique conserve ou retrouve les mots de l'effroi et de la violence : quand se déroule le combat planétaire de l'homme blanc, dans la guerre civile qui l'oppose à l'arabo-musulman (que ce soit à l'échelle mondiale ou à l'intérieur des frontières).
Un exemple parmi d'autres : Dans J'ai vu finir le monde ancien (Grasset 2002), le livre d'Alexandre Adler qui a reçu le Prix du livre politique 2003 (jury présidé par Philippe Sollers et où siégeaient Joffrin et Elkabbach), on lit « L'antiaméricanisme est un sentiment fascisant qui, de fait, se trouve en sympathie avec le « fascisme musulman » propagé par les islamistes ». De même on ne manque pas d'insulter les adversaires d'Israël selon des procédés identiques. Autre exemple, lorsque Sarkozy propose en juin 2005 de nettoyer au Kärcher la Cité des 400 à la Courneuve.
 
On peut se demander pourquoi la LQR d'ordinaire portée à l'euphémisme et au conformisme anesthésiant, peut ainsi déraper. En réalité, il existe une répartition des rôles entre d'un côté les idéologues du nettoyage généralisé (de Kaboul à la Courneuve) et ceux qui ont choisi comme combat le maintien des fictions républicaines et réformistes. Si pour les seconds la bienséance est de rigueur, pour les premiers, la langue publique la plus adaptée est celle de l'intimidation.


IV. Effacer la division

L'un des mots les plus fortement associé à l'Athènes classique est démocratie. Or dans la Grèce antique le mot démocratie est étrangement absent de l'éloquence civique ou du récit des historiens. Kratos (la supériorité, la victoire) suggère la victoire d'une partie de la cité sur une autre (ce qui revient à renoncer au fantasme d'une cité une et indivisible). Le mot est évité en recourant à d'autres mots comme politeia (« constitution »), polis (« la cité »). Le sens premier est modifié (la « bonne démocratie »). Les cités d'alors semblent refuser d'admettre que dans l'exercice du politique, il puisse y avoir place pour du kratos, qu'il y ait eu victoire d'une partie de la cité sur une autre (ce qui revient à renoncer au fantasme d'une cité une et indivisible).


L'histoire n'est donc pas le seul terrain où se joue l'effacement de la division. Il y a aussi l'usage des mots. L'Athènes du IV° siècle et la V° République du XXI° sont en fait confrontés à la même question : comment occulter le litige, comment faire régner l'illusion de la cité unie, autrement dit comment éliminer la politique ? On peut distinguer trois modes opératoires : l'évitement des mots du litige, le recollage permanent des morceaux, le recours à l'éthique (annexe 16). La LQR est incontestablement la langue du consensus (annexe 17).

L'évitement des mots du litige


La chute du mur de Berlin et l'éclatement du bloc communiste ont été l'occasion d'un formidable nettoyage sémantique. Le point commun de ces mots défunts : ils font partie du vocabulaire de la lutte des classes. Lutte des classes, dictature du prolétariat, marxisme-léninisme ont disparu au profit des droits de l'homme et de la liberté d'entreprendre. Au sujet du mot « classes », Hazan dit : « Même la classe moyenne n'a plus la côte de naguère, elle dont le développement illimité, phagocytant les « extrêmes » a été l'idéal des penseurs modérés depuis Aristote ». Dans les expressions, couches, tranches, catégories on a autant de chance de rencontrer du conflit que dans une tranche de cake ou une couche de béchamel. De même opprimés, exploités existent encore au loin dans les favelas brésiliennes Le recollage permanent des morceaux ou les sweatshops asiatiques mais plus dans la démocratie libérale.


Afin d'éviter le pire il est parfois plus judicieux de réparer les mailles du filet en reconnaissant l'existence d'un conflit mais en expliquant que ceux qui expriment un désaccord ne sont pas des ennemis, ni même des adversaires. Ils sont tout simplement dans l'erreur car mal informés ou parce que leur niveau intellectuel ne leur permet pas d'avoir une vue juste du problème posé. Deux exemples :

Après le non du 29 mai 2005, tous les médias ont souligné que « la France du non » était surtout rurale et peu diplômée, jeune et peu fortunée. Bref si le non l'a emporté c'est à cause de jeunes ploucs sans argent ni éducation. On ne saurait leur en vouloir d'avoir mal voté. On leur a mal expliqué.

Lors de l'élection présidentielle de 2002, le recollage des morceaux s'est réalisé au nom de la lutte contre l'extrémisme et avec un certain succès puisque Chirac a été élu avec un score historique.

 

Il s'agit ensuite de faire croire à la population, qu'ils ne sont pas que des numéros tout en les maintenant dans le rang. Les cadres des années 1960 dont l'autorité reposait sur la stabilité et la hiérarchie ont été remplacés par des managers, des coaches, chargés non plus de contrôler mais d'animer. Ils sont intuitifs, humanistes, créatifs. Jamais dans les entreprises ont a autant parlé de confiance, de projet d'entreprise : fantasme d'une entreprise une et indivisible servant de substitut symbolique à l'entreprise de papa où on travaillait toute sa vie et où l'on montait les échelons un à un.
 
Pour donner corps à l'illusion de la cité unie, l'un des principaux procédés est la répétition :

Depuis les grèves de 95, le mot ensemble a proliféré : « vivre ensemble » (pub RTL), « lutter ensemble pour l'environnement, le pouvoir d'achat etc. » (grandes surfaces). Idem pour les expressions « rassembler », « rassemblement », « unité », « solidarité » (on pense à la vignette automobile de Paul Ramadier et au lundi de Pencôte non chômé de Raffarin), « solidaire » (économie solidaire). On devrait se souvenir que dans les années 30, le mouvement fasciste fondé par le parfumeur François Coty s'appelait la Solidarité française.

Il faut également montrer que les gouvernants ou dirigeants d'entreprises ne sont pas des oligarques « hors du commun » et ayant perdu contact avec la base. D'où le déni obsessionnel et pathétique qui consiste à marteler les mots « écoute », « proximité », « terrain ». Si le commerce de proximité est censé contrebalancer l'anonymat des grandes surfaces, ce qu'on cherche surtout à rapprocher de la population ce sont les institutions de la violence légale : justice de proximité, police de proximité. Quand au terrain, les ministres ne cessent de l'arpenter, en tous sens et en toutes saisons.

 

Le recours à l'éthique

Depuis vingt ans, on a vu proliférer des comités d'éthique (dont la composition fait parfois sourire ou pleurer). A d'autres institutions on demande de se prononcer sur le bien et le mal dans des domaines aussi variés que la bourse, le sport ou l'impartialité de l'information. L'équilibre est le mot clef de ces comités. Le comité d'éthique du CNRS sensibilise les chercheurs à la nécessité de garantir un juste équilibre entre leur liberté intellectuelle et leurs devoirs vis-à-vis du CNRS et de la société (curieuse proposition)
Retour donc à la bonne vieille morale, aux valeurs transcendantes, au sens du sacré. Si tout ne vas pas dans le meilleur des mondes possibles, c'est qu'il y a des fautes qui viennent troubler l'équilibre du marché. De vilains individus transgressent la norme morale régissant le processus d'accumulation des richesses. Pour calmer les inquiétudes devant un chaos chroniques, les analystes financiers mettent en cause le manque de rigueur, de transparence. Dans Et la vertu sauvera le monde (raisons d'agir 2003), Frédéric Lordon montre que le mécanisme premier qui mène aux malversations c'est bien la déréglementation financière. En attribuant les vices du système politico-financier au manque de vertu de certains dirigeants, on fait coup double :

D'un côté les censeurs manifestent leur courage et leur indépendance

De l'autre, on fournit à l'essentiel des maux des explications tenants à des personnes

L'article de Michel Rocard, paru dans Le Monde du 5 mars 2008, pour soutenir Parisot dans sa démarche de moralisation du capitalisme, illustre parfaitement ces faux problèmes éthiquement montés en épingle pour éviter les questions gênantes.
 
Conclusion
Le travail de Klemperer puis d'Eric Hazan doit attirer notre attention sur le rôle du langage dans la construction d'un ordre économique et social et la représentation que l'on se fait de cet ordre. Car ce n'est pas seulement la pensée qui produit le langage, c'est aussi le langage qui fait la pensée.

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Annexe 2 :
Marché, Etat et sécurité sociale : analyse de quelques mots ou expressions
D'après des textes réalisés par Les amis du Monde Diplomatique

 Déréglementation : Ce qui est dit dans le mot « déréglementation », c'est qu'il y a moins de règlements donc plus de libertés. Or la déréglementation ce n'est pas le recul de la réglementation, c'est la transformation de la nature de la réglementation (reréglementation)


Obligatoire : Dans le langage néo-libéral, s'applique aux prélèvements fiscaux (impôts) ou parafiscaux (santé, vieillesse), et s'oppose à volontaire. Est considéré comme obligatoire le supplément exigé, en fonction du revenu, pour couvrir les risques des assurés moins riches que soi. Il s'agit donc d'une extorsion, manifestation archaïque d'un pays qui n'est pas entré dans la modernité.


Volontaire : Adjectif s'opposant à obligatoire et qualifiant le seul type de cotisations admises pour couvrir les dépenses de santé ou à de retraite. Dans la pensée néolibérale, chaque individu cotise volontairement, pour le niveau de couverture (santé ou vieillesse) qu'il désire, étant entendu que ce niveau sera d'autant plus élevé que la cotisation sera plus importante. Ainsi, le pauvre choisira-t-il volontairement de ne pas être couvert contre les traitements les plus onéreux. Il endurera volontairement des coliques néphrétiques, patientera volontairement des mois durant avant une opération, perdra volontairement ses dents avant 40 ans, prendra volontairement son parti de ne pas faire soigner ses enfants, et, bien évidemment, passera volontairement de vie à trépas.


Train de vie de l'Etat : Cette métaphore « ménagère » suggère insidieusement que l'Etat dilapide l'argent des contribuables dans des dépenses somptuaires (chasses présidentielles, soupers fins, voitures de fonction). En fait, ces chapitres de dépense, pour scandaleux qu'ils soient, ne sont que broutilles. L'expression vise en réalité les dépenses d'éducation, de santé et de redistribution sociale, qui représentent une tout autre part des dépenses publiques.


Racket : Selon le Robert historique de la langue française, mot d'origine américaine, désignant une association de malfaiteurs se livrant au chantage et à l'intimidation pour extorquer des fonds. Dans le langage néo-libéral, toujours associé à l'adjectif fiscal, pour souligner l'illégitimité des prélèvements publics, et, plus largement, l'illégitimité de toute structure politique.


Problème des retraites : La retraite est une situation d'une personne qui, à un âge donné, a cessé de travailler, et qui touche une pension. Cette personne, aux yeux des néo-libéraux, est cause de scandale, puisque payée à ne rien faire. Ce scandale doit cesser. La retraite est donc associée à des termes comme question, problème, aveuglement, à des expressions comme situation explosive, bombe à retardement (métaphores guerrières destinées accentuer le caractère dramatique d'une situation), aller droit dans le mur (métaphore routière poursuivant le même but). L'objet de tout ce tintamarre est de reculer l'âge de départ à la retraite (si possible indéfiniment) et de baisser les pensions (si possible infiniment) afin de promouvoir les fonds de pension.


Charges sociales : L'emploi de l'expression « charge sociale » en lieu et place de « cotisation sociale » est très fréquent. Une charge c'est lourd donc pénible. L'alléger est toujours un soulagement. L'expression est donc à rapprocher de toute la rhétorique autour du thème du poids de la fiscalité. En réalité, les cotisations sociales ne constituent pas des prélèvements ou une taxe sur le travail. Elles sont un élément indissociable du salaire (salaire socialisé ou mutualisé). Pour les salariés, elles ne constituent donc ni un prélèvement, ni une charge mais un supplément. La cotisation sociale est constitutive de la reconnaissance sociale du travail.


Annexe 3 :
 
Le rôle croissant des experts et sa traduction sémantique : le mot « problème »
Problème : Les questions de société sont toujours présentées sous la forme de « problèmes » techniques très segmentés. Valéry Giscard d'Estaing, jeune ministre des finances de Pompidou, a beaucoup agit en faveur de la diffusion du mot « problème », notamment parce que ses origines aristocrato auvergnate lui faisait prononcer à la façon d'un bêlement : «Problaîme». Auparavant on parlait de « question » (« question d'Orient », « question sociale » etc.) mais à une question plusieurs réponses sont possibles (souvent multiples et contradictoires). Un problème lui n'admet en général qu'une solution et une seule (surtout lorsqu'il est posé en termes chiffrés). La démonstration, toujours présentée comme objective, obéit à des règles déterminées par des spécialistes. Passer de la question au problème c'est donc nier l'existence de conflits idéologiques et passer du débat public au travail d'expert.

Annexe 5 :
Une langue qui a du mal à masquer son mépris


Populisme, populiste

(D'après un article du Plan B) : Le lendemain du 29 mai 2005, Serge July s'indignait de cette « épidémie de populisme» De nombreux experts de la gauche moderne repèrent les mêmes symptômes : « Le Non néerlandais renvoie en écho au Non français un même mot, "populisme" », « Les gouvernements de droite comme de gauche n'ont cessé de flatter le populisme » (Libération, 2.6.05 et 25.5.05), etc. Cette maladie populaire paraît d'autant plus grave que sexuellement transmissible, « pareille à une "vérole" antidémocratique que la France aurait propagée à travers l'Europe » (Alain Minc dans Le Figaro, 11.4.05), et importée d'un Venezuela où « Chavez le populiste » (17.2.05) fait régner un « populisme foncier ».

Autrefois on couronnait de ce terme, « populiste », les meilleures plumes. En 1953, Yves Gibeau, l'auteur d'Allons z'enfants et de Mourir idiot, avait reçu le Prix du Roman populiste pour Les Gros Sous. On avait également remis cette distinction à Louis Guilloux, à Eugène Dabit, à Maurice Carême, à René Fallet, etc. Le populisme est selon le dictionnaire une « École littéraire qui cherche, dans les romans, à dépeindre avec réalisme la vie des gens du peuple ». Que les journalistes aient sali, volé, trahi ce mot, qu'ils l'aient retourné en une insulte est le symbole d'un abandon, d'un reniement. Signe de leur renoncement à faire exister, dans leurs médias, ces « gens du peuple ». Le petit milieu de journalistes, d'artistes, de politiques, d'intellectuels qui s'alarme du « discours populiste de Pierre Bourdieu », du « vertige populiste » qui saisit l'Europe, de cette « dégénérescence plébéienne, parfois même populacière, de la démocratie », est un microcosme parisien constituant le « gratin » des classes moyennes. Un « gratin » qui vote à 60 % pour le Oui (contre 79 % des ouvriers pour le non, 67 % des employés, 71 % des chômeurs, d'après la Sofres). C'est ce même « gratin » qui frôle la syncope en pénétrant dans un HLM à Outreau : « Monter les marches qui mènent vers les appartements [...], c'est pénétrer dans un autre univers. [...] Ici, on cuisine un chou au son criard d'une télévision. Là, un couple se dispute violemment. » etc. (Le Nouvel Observateur du 24.1.02).


Egalitarisme :

Doctrine visant l'égalité par nivellement des couches les plus favorisées. Ce terme, à connotation péjorative, exclusivement utilisé par la droite pour déconsidérer la gauche, est révélateur en ce que le locuteur se place non du côté de celui qui veut s'élever, mais de celui qui craint qu'on l'abaisse. Il est révélateur en ce qu'au lieu de penser au nécessaire dont est privé celui qui aspire à l'égalité (toit,santé, éducation, retraite), ce même locuteur appréhende pour le superflu (golf, véhicule 4x4, caviar, Seychelles) dont il s'imagine qu'on va le priver. Il est révélateur en ce qu'il établit un lien entre la richesse des uns et la pauvreté des autres. Il est révélateur en ce qu'il lui apparaît moralement nécessaire que certains soient récompensés dans l'exacte mesure où d'autres sont punis. Celui qui prononce le mot égalitarisme pense : « C'est bien beau d'être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas ».


Sous (dans des expressions comme sous-continent sud-américain) :

Le sous signifie « subdivision de ». Et on pourrait parler, tout aussi valablement, du sous-continent nord-américain. En fait, ce sous signifie «sous développé», «sous-démocratique», «subordonné». Et cette notion est insidieusement confortée par la représentation cartographique, qui place l'Amérique latine sous l'Amérique anglophone. S'emploie aussi, avec la même intention, pour parler de la péninsule indienne (Pakistan, Inde, Bangladesh).


Tendance :

Le Forum Social de Porto Alegre [de 2002] est "tendance" pour le Chroniqueur économiquement correct. Autrement dit, le Forum Social ne serait que le Festival de Cannes du monde socio-politique, selon les dires de ce chroniqueur. Plutôt que de s'opposer idéologiquement à ce Forum, il en vide la substance en le réduisant à un événement purement démagogique (fait indéniable pour cause de campagne électorale en perspective mais qui ne saurait être le qualificatif exclusif de cette rencontre). De tels propos cherchent donc à nier l'existence d'une réelle alternative au monde néo-libéral ambiant, ainsi qu'à rallier le grand public en invoquant l'argument fallacieux qu'est la démagogie. Par contre, pour le Chroniqueur économiquement correct, choisir New York (et non Davos) pour le Forum Economique de 2002 n'est pas du tout tendance.


Théologiques :

Qui traite de Dieu et des questions liées à la religion. Par extension, entendre débats byzantins, ergotant à l'infini sur des points de détail à mille lieues de la vie réelle. Se dit de tous les points qui occupent la pensée des hommes politiques, journaux ou syndicats français (en général de gauche) et portant sur la réduction de la durée du travail, la redistribution des richesses, la protection des salariés, la Sécurité sociale, etc.


Sacro-saint :

Employé ironiquement pour désigner une institution vis-à-vis de laquelle on manifeste un respect exagéré. Se dit de la durée quotidienne ou hebdomadaire du travail, des congés payés, du salaire minimum, de la retraite par répartition. Ex de phrase : les ouvriers s'accrochent à leur sacro-sainte pause déjeuner. Traduction : ils refusent de travailler 11 heures d'affilée pour saboter le repas de leur patron chez Lasserre.


Vaches sacrées :

Animaux étiques, sans viande ni lait, qui vaquent paisiblement dans les rues indiennes, immobilisant par caprice toute la circulation sans qu'on puisse les déloger – sauf à se faire lyncher par la population. Par extension, se dit des institutions archaïques (SMIG, Sécurité Sociale, droit de grève, droit à la retraite, congés payés, droit du travail), permettant aux ratés (pauvres, smicards, titulaires du RMI) de narguer les décideurs en bloquant les bolides de l'économie, alors qu'il serait si simple de les faire déguerpir à grands coups de pied dans le bas du dos.


Dégraissage, dégraisser : Au sens propre, enlever la graisse. Depuis 1974, date de la crise pétrolière – et de la crise tout court – le mot s'emploie pour «effectuer des économies », en taillant dans les effectifs d'une entreprise, les salariés de celle-ci étant substantivés en graisse, donc en matière superflue, laide, inutile, néfaste. Il faut bien se représenter ceci : l'être humain est ravalé au rang de la matière. C'est l'essence du racisme, qui noie le sujet dans la masse indistincte de son «espèce ». Conseil pratique : conserver bien au chaud, dans le creux de sa main, une gifle pour ceux qui profèrent cette insanité.

Annexe 6 :

Une gauche qui n'est pas immunisée
 
Extrait de l'article La nouvelle vulgate planétaire de Pierre Bourdieu dans le MONDE DIPLOMATIQUE de mai 2000 :
La diffusion de cette nouvelle vulgate planétaire - dont sont remarquablement absents capitalisme, classe, exploitation, domination, inégalité, autant de vocables péremptoirement révoqués sous prétexte d'obsolescence ou d'impertinence présumées - est le produit d'un impérialisme proprement symbolique. Les effets en sont d'autant plus puissants et pernicieux que cet impérialisme est porté non seulement par les partisans de la révolution néolibérale, lesquels, sous couvert de modernisation, entendent refaire le monde en faisant table rase des conquêtes sociales et économiques résultant de cent ans de luttes sociales, et désormais dépeintes comme autant d'archaïsmes et d'obstacles au nouvel ordre naissant, mais aussi par des producteurs culturels (chercheurs, écrivains, artistes) et des militants de gauche qui, pour la grande majorité d'entre eux, se pensent toujours comme progressistes.


Développement, développement durable :

Les notions de développement et de progrès sont inconnues des sociétés qui n'ont pas vécu la révolution philosophique et scientifique du 18° et 19° siècle. Il n'existe donc pas d'autres formes de développement que le développement occidental, reposant sur la croissance. Or c'est bien le développement (puisqu'il n'y en a qu'un) qui est à l'origine des difficultés actuelles. Défendre le développement c'est donc « se tirer une balle dans le pied ». Pour les «anti-développement», la mise en œuvre de modèles économiques alternatifs n'est possible que si l'on « sort » de l'idéologie du « développement » ou du « progrès ». C'est bien parce que la notion de « développement - durable » ne remet pas en cause la croissance, que tous les gouvernements ou multinationales du monde se sont emparés de cette notion. En effet, dès l'origine, les institutions internationales (nations unies, banque mondiale …) envisagent la croissance comme une condition du « développement durable ». Cette notion repose sur le pari irréaliste que le maintien des équilibres écologiques ou sociaux est compatible avec la poursuite infinie de la croissance et que les recours industriels (nouvelles technologies) permettront de sortir de l'impasse. Défendre le développement durable, c'est donc ne rien vouloir changer sur le fond.


Alter mondialisme, autre mondialisation :

« Autre » est un adjectif commode qui permet de concilier sans frais acquiescement et refus. C'est le pendant d'un célèbre « oui, mais », une sorte de « non, mais », l'amorce d'une trahison. Ainsi dira-t-on « une autre mondialisation » pour exprimer un refus de la « mondialisation néo-libérale ». Mais, qu'est-ce que la mondialisation si ce n'est un euphémisme d'«impérialisme américain»  (ou plus précisément de la mise en coupe réglée de la planète par les puissances financières, sous l'égide des intérêts américains) ?


En réalité, il n'existe pas d'autre mondialisation que celle là. Bien sûr, « si tous les gars du monde voulaient se donner la main…tout autour de la terre…» il en irait peut-être autrement, mais il faudrait être bien naïf pour voir dans cette image poétique une figure possible de la mondialisation. Se dire partisan d'une autre mondialisation, fût-elle «citoyenne», c'est sauter le pas, c'est franchir le Rubicon, c'est faire la concession mortelle. Il faut, si nous voulons redonner un sens aux mots, et une pertinence aux idées, mettre un terme à ces formules euphémiques. Il n'y a qu'une seule manière aujourd'hui de s'opposer à la mondialisation, c'est d'être résolument anti-mondialiste.


ANNEXE 7 : Une langue qui s'appuie sur une série d'oppositions et d'équivalences
«  Comme toutes les mythologies de l'âge de la science, la nouvelle vulgate planétaire s'appuie sur une série d'oppositions et d'équivalences, qui se soutiennent et se répondent, pour dépeindre les transformations contemporaines des sociétés avancées : désengagement économique de l'Etat et renforcement de ses composantes policières et pénales, dérégulation des flux financiers et désencadrement du marché de l'emploi, réduction des protections sociales et célébration moralisatrice de la « responsabilité individuelle » 

(Extrait de l'article La nouvelle vulgate planétaire de Pierre Bourdieu dans le MONDE DIPLOMATIQUE de mai 2000)
Le marché et l'Etat dans la LQR (Source : La nouvelle vulgate planétaire - Pierre BOURDIEU - LE MONDE DIPLOMATIQUE - mai 2000)

                         Marché

    Etat

      liberté

      contrainte

      ouvert

      fermé

      flexible

      rigide

      dynamique, mouvant

      immobile, figé

      futur, nouveauté

      passé, dépassé

      croissance

      immobilisme, archaïsme

      individu, individualisme

      groupe, collectivisme

      diversité, authenticité

      uniformité, artificialité

      démocratique

      autocratique (« totalitaire »)

 

 

La modernité / L'archaïsme
 
Modernité, moderniser :

Sans avoir de penchant pour l'un ni pour l'autre, on peut remarquer que la modernité est toujours associée au libre échange, à la monnaie forte, à l'Europe du libéralisme et des privatisations, etc. tandis que l'archaïsme est associé au secteur public, au peuple, aux syndicats, à l'Etat "providence". Moderniser est le dernier avatar d'un concept connu également par les verbes et expressions restructurer, rationaliser, dégraisser, présenter un plan social, et qui ne signifie rien d'autre que licencier, jeter les gens à la rue, tailler dans les effectifs. Mais on n'est plus aussi grossier : on est moderne.


Archaïque (archaïsme) :

Traction hippomobile, lampe à pétrole, moulin à eau, impôt, salaire minimum, congés payés, grève, conventions collectives, retraite par répartition, refus de la Bourse. Les Français, non contents de garder leurs habitudes archaïques, s'y vautrent. Ainsi en est-il de leur regrettable réticence à l'égard de la Bourse, de leur attachement lamentable à des pratiques incompréhensibles, telle la réduction du temps de travail, que les pays étrangers considèrent avec la condescendance qui sied à ce genre de fantaisie. Superlatif : paléolithique. Interviewé sur son livre «Ma vérité sur la planète», CLAUDE ALLÈGRE affirme dans Matin Dimanche (mai 2007) qu'« il n'est pas réaliste de dire qu'il faut arrêter de se développer, de se déplacer en avion, d'utiliser la voiture. C'est une attitude négative, régressive mais surtout idiote, car personne ne suivra cette ligne qui nous ramène aux cavernes ».

Conservatisme :

Respect exagéré d'institutions absurdes, périmées, inefficaces et injustes. Parmi elles, S.M.I.C., retraite, congés payés, Sécurité Sociale, Code du Travail. Ce conservatisme nuit aux deux extrémités de l'échelle sociale : aux pauvres, auxquels il interdit de travailler pour un salaire de misère et aux investisseurs, qu'il décourage d'investir dans des pays abritant des institutions aussi obsolètes. Ce conservatisme prend aussi le nom de lourdeur (en général associée à bureaucratique), de rigidité (associé à culturelle), de corporatisme (associé à syndical), de crispation (associée à d'un autre âge).


Retard :

Dans le domaine économique et social, s'entend d'un niveau inférieur de la prospérité économique. Un pays où l'éventail des revenus est resserré est un pays en retard. Un pays où les riches s'enrichissent au détriment des pauvres est un pays en avance. Le retard se dit aussi de l'absence de possession d'un certain nombre d'objets d'autant plus précieux qu'ils sont inutiles, chers et ostentatoires : téléphone portable, micro-ordinateur, Palm-Pilot. Le retard consiste à faire ses courses au marché plutôt que par Internet et de se les faire livrer par des grouillots (baptisés emplois de proximité).


Eux / Nous
Etrangers (pays) :

Les mêmes que l'on trouve dans la Communauté internationale. Les pays étrangers n'ont pas de prélèvements obligatoires, pas de Sécurité sociale (ou très peu), une administration respectueuse envers les riches, beaucoup d'actionnaires. Les pays étrangers sont donnés en exemple de dynamisme, de modernité.

Exception (française) : La France, par rapport aux pays étrangers, est une triste exception. Secteur public pléthorique (et inefficace), réglementation tatillonne (kafkaïenne), impôts et prélèvements confiscatoires. Elle doit marcher dans le bon sens car on ne peut avoir raison contre tous.

Au XVIe siècle, la France chrétienne s'est alliée aux Infidèles et a fait échec à Charles Quint. Au XVIIe siècle, durant la guerre de Trente ans, la France catholique s'est alliée aux hérétiques suédois contre les puissances catholiques, et l'Empereur a cédé. A partir de 1789, la France a défié l'Europe monarchique, et, au XIXe siècle, les principes révolutionnaires ont sapé les gouvernements d'Ancien Régime. Dans les années 30 du XXe siècle, la France, sur le continent, était un des rares pays à ne pas avoir sombré dans la dictature de droite. Les régimes de cette espèce ont fini dans le sang, l'opprobre ou le ridicule. De tout temps, des Français (Ligueurs, Dévots, Emigrés, fascistes, aujourd'hui ultralibéraux) n'ont vu dans leur pays qu'un clou qui dépasse et qu'il faut enfoncer à coups de marteau.


Franco-français :

Adjectif très prisé du Chroniqueur économiquement correct. Qualifie des préoccupations, des idées, des discussions, des moeurs dont ne sont pas affligés les pays étrangers. Il est franco-français de se demander si la retraite par capitalisation sert à quelque chose, il est franco-français de discuter du niveau du salaire minimum. Dans les pays étrangers les pauvres n'ont pas besoin de fonds de pension, ils sont morts avant (non sans avoir cotisé pour les riches). Ce qui est très franco-français est de se complaire dans des débats archaïques et des idées paléolithiques.


Bons ou mauvais élèves (de l'Europe, du F.M.I., de la Banque Mondiale, de l'O.C.D.E. etc.) :

Comme à l'école, le bon élève ne se distingue pas par ses facultés intellectuelles, mais par ses résultats et sa capacité à intérioriser les normes. Jeune, le bon élève apprend ses leçons, soigne ses devoirs ; adulte, le bon élève privatise, déréglemente, baisse les impôts. Le bon élève, qui sourit aux citations latines du professeur prépare le souple énarque, qui comprend à demi-mot les allusions du président de la multinationale et les traduit dans un projet de loi sans faiblesse. Un peu de servilité ne messied pas au bon élève : "Chef, chef, je peux tutoyer votre chien ?"


Réaliste / Utopique
 
Pragmatique :

Dans le langage moderne, qui recherche l'utilité et l'efficacité. Par glissement de sens, qui prend les choses telles qu'elles sont et ne cherche pas, au nom des idéologies, à les changer. Par exemple, une usine qui pollue exige d'énormes investissements pour être propre. Mais pourquoi exiger cela de ses propriétaires, qui risqueront alors de la transférer vers des cieux plus cléments ? On est donc pragmatique, on ne lui impose rien. Les ouvriers ont le S.M.I.C. en salaire et le cancer en prime.


Dogme :

Dans la bouche du Chroniqueur économiquement correct, désigne la retraite à 60 ans, le S.M.I.C, les conventions collectives. Synonymes : idéologies (au pluriel), politiquement correct, théologie, théologique


Idéologies :

Employé au pluriel, pour déconsidérer le concept. Pour un esprit superficiel, peut laisser penser qu'il s'agit des idéologies qui se sont succédé au cours du XXe siècle : socialisme, communisme, fascisme, nazisme, franquisme, justicialisme, salazarisme, etc. En fait, implicitement réservé aux seules idéologies de gauche, et même à la seule pensée de gauche en général (de Laurent Fabius à Arlette Laguiller). Est employé pour évoquer massacres, inefficacité économique, dictature. Est idéologique ce qui contribue à diminuer les revenus des plus riches. Très bien porté : confondre dans le même opprobre idéologies d'extrême droite et d'extrême gauche, exercice qu'affectionne Jean-François Revel.


Idéologique :

S'oppose à réalisme, pragmatisme. Assurer à chacun un logement décent, des soins de qualité, une éducation correcte est idéologique. Laisser croupir les pauvres dans des taudis, leur refuser l'accès aux soins, leur dispenser une éducation au rabais, les abrutir de télévision est réaliste.
 
Surréaliste : Dans le langage du Chroniqueur économiquement correct, tout ce qui entre en contradiction avec la réalité, définie par les marchés et les chefs d'entreprise. Sont donc surréalistes les 35 h, le SMIG, le droit de regard des syndicats, le Code du Travail, la taxe Tobin, la volonté de démantèlement des paradis fiscaux, etc. Pour le Chroniqueur économiquement correct, Bernard Thibault (secrétaire général de la C.G.T.) est le successeur d'André Breton.

Utopique :

Chimérique, illusoire, irréalisable : par exemple des services publics efficaces, un Etat économe des deniers publics, un impôt équitable. Prétendre réaliser l'utopie relèverait donc d'un manque de réalisme rédhibitoire ou d'une perversion surréaliste. N'étaient-ce pas ces trublions de mai 68 qui demandaient : « soyez réalistes : exigez l'impossible » ? A présent que l'ère de la rationalité et du pragmatisme est heureusement advenue, on est enfin débarrassé de ces scories idéologiques. Il n'est pourtant pas aussi assuré que l'on puisse ainsi congédier l'étymologie du mot et son histoire, ignorer par exemple que «utopie» signifie étymologiquement «d'aucun lieu», et que le mot a été créé, au XVIe siècle par Thomas More, pour brosser le tableau d'une société idéale. Dire que ce qui, aujourd'hui relève de l'utopie, ne trouvera jamais un commencement de réalisation, relève alors de l'interprétation et d'une conclusion plutôt hâtive. Qui peut assurer que l'utopie d'aujourd'hui ne nourrira pas la réalité de demain, et qu'il ne faut pas «vouloir l'impossible pour réaliser tout le possible» ?

Tabou / Politiquement correct


Il est tabou de dire qu'on veut supprimer le S.M.I.C., la Sécurité Sociale, la retraite par répartition. Ne plus avoir de tabou, c'est dire que les pauvres sont paresseux, incapables, moches, méchants et contrefaits. Ne plus avoir de tabou, c'est se moucher dans la nappe. Le « politiquement correct », expression voisine d'idéologique et d'idées de gauche, est une dictature de la pensée, qui empêche de qualifier le chômeur de paresseux, le fonctionnaire de vampire, le pauvre de rebut, l'Etat de parasite, la Sécurité Sociale de monstre, l'impôt de supplice, François Pinault de génie et Bill Gates de bienfaiteur de l'humanité.

Ouvert d'esprit, modéré, nuancé / Etroit d'esprit, extrémiste, manichéen

Les opposants à la mondialisation libérale, dont l'esprit est résolument étroit, sont peu enclins au dialogue. Ils imposent une véritable dictature de la pensée. Le mot modéré est un terme employé par le Chroniqueur économiquement correct, pour qualifier la gauche qui ne verse pas dans l'extrémisme d'Attac. Chacun sait que les pauvres perdent leurs dents très tôt, faute d'argent pour se les faire soigner. Eh bien, être "modéré" c'est penser que ces pauvres ont bien de la chance car ils pourront toujours manger du potage. Sont taxés de manichéens les jugements sans nuance de la gauche anti-libérale qui tranchent avec la finesse des analyses libérales (« Le chômage est volontaire », « Les partisans du Non sont d'extrême droite » etc.)
ANNEXE 8 : Merveilles de l'euphémisme
D'après des textes réalisés par Les amis du Monde Diplomatique et le l'ouvrage d'Eric Hazan LQR

 

    1. Annexe 16 : Effacer la division
      Effacement des rapports d'exploitation dans l'entreprise
Dans la LQR de l'entreprise, on ne dit pas … On dit …
Cadres Managers, coaches (contrairement au cadre, il ne contrôle pas : il anime)
Accroissement de la charge de travail des salariés, gains de productivité Satisfaction du client, respect des délais, qualité du service, autonomie, prise de responsabilité, projet …
    1. Effacement des pauvres et des riches
Dans la LQR, on ne dit pas … On dit …
Pauvres Exclus, couches défavorisées, gens modestes (ce qui implique une modération dans les exigences ; de la population des modestes émerge parfois une figure brillante dont les origines sont toujours soulignées)
Chômeurs Demandeurs d'emplois
Femme de ménage, surveillant général des lycées, jardinier ou promeneur de chiens etc. Agent d'entretien, conseiller principal d'éducation, emplois de service etc.
Riches Les classes moyennes supérieures, les élites
  1. Effacement des classes sociales et des conflits sociaux et idéologiques
  2. Dans la LQR, on ne dit pas …
  3. On dit …
  4. Classes
  5. Couches sociales (d'une rassurante horizontalité), 
  6. tranches (d'âge, de revenus, d'imposition), 
  7. catégories (socioprofessionnelles ou autres), milieux (financiers, cycliste, théâtral …) 
  8. Milieu Terme utile car il permet d'admettre l'hétérogénéité de la société (milieux d'affaires, milieu cycliste …) tout en évitant l'idée d'une division de la société en groupes d'intérêts contradictoires. Les milieux sont censés avoir des opinions, faites tantôt d'inquiétude (« les milieux financiers s'alarment de la montée du pétrole ») tantôt faites de satisfaction mais toujours unanimes. A l'inverse du meson des grecs (centre de la cité, qui était précisément le lieu de débat public), un milieu ne saurait être divisé.
  9. Prolétariat Classe ouvrière Opprimés Exploités
  10. Exclus. Il n'existe pas d'exclueurs identifiables contrairement aux exploiteurs du prolétariat : les exclus ne sont les victimes de personne. C'est pourquoi l'Etat se doit d'aider les exclus. Ce glissement sémantique amène donc à accepter que la lutte contre l'injustice soit remplacée par la compassion, l'action humanitaire. A « Jean Valjean » homme du peuple héroïque, succède le pitoyable exclu, défini d'aborrd par le fait d'être « sans » : sans parole, sans domicile, sans papiers, sans travail, sans droits. Mais attention, trop de compassion il ne faut. Dans une société où chacun est entrepreneur de soi-même, les exclus sont parfois (souvent) responsables de leur situation. C'est pourquoi pousser l'Etat à secourir les exclus est une tentation à laquelle il faut résister.
  11. Bourgeoisie Patrons Exploiteurs Classe dominante Oligarques
  12. Investisseurs (fonds de pension qui dans la réalité n'investissent pas mais s'enrichissent sur le marché financier), 
  13. milieux financiers ou d'affaires, marchés (autre nom de « Dieu »), 
  14. élites (relève du registre sportif plus que du domaine politique), 
  15. contraintes extérieures (expression vague et impérieuse qui signifie « les exploiteurs des autres pays »)
  16. Lutte des classes Conflit Grève Ennemis de classe
  17. Mouvement social, dialogue social, partenaires sociaux (syndicats et patrons sont des alliés qui oeuvrent ensemble au maintien de la paix sociale)
  18. Maintien de l'ordre social
  19. Maintien de la cohésion sociale
  20. Peuple (trop politique)
  21. Population (plus neutre), Consommateurs (contribue à naturaliser les rapports marchands)
  22. Tiers-monde (évoque trop les luttes de libération des années 60)
  23. Pays en voie de développement ou pays émergents
  24. Le préfixe « post »
    Le préfixe post donne à peu de frais l'illusion du mouvement là où il n'y en a pas. L'expression Post-colonialisme, par exemple, vise à faire oublier que le pillage continue et qu'en France sévissent toujours l'imaginaire et les pratiques coloniales (exemple de la loi du 10 février 2005 imposant aux programmes scolaires d' « accorder à l'histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu'elle mérite »)
  25. L'expression post-taylorisme au sujet des nouvelles formes d'organisation du travail que l'on range sous l'expression de toyotisme, offre quant à lui l'avantage de renvoyer dans le passé la barbarie du travail parcellisé, alors même que le travail parcellisé et codifié s'étend partout, y compris dans les services (agents d'entretien, employés de la restauration, opérateurs téléphonique …)

L'expression société post-industrielle a l'avantage de renvoyer l'usine et les ouvriers dans le passé et du même coup la lutte des classes dans le placard des archaïsmes.

Le recours à l'éthique pour créer le consensus
Ethiques, (fonds, placements) : Oxymore donnant une touche de moralité à la finance. Pour faire accepter aux Français englués dans leur archaïsme les fonds de pension salvateurs, on enveloppe ceux-ci sous un emballage seyant. Le raisonnement est le suivant : « Vos cotisations de retraite, versées dans des fonds de pension, sont placées en Bourse. Là, elles sont investies dans des entreprises respectant l'environnement, les lois du pays, les normes sociales et la morale (pas d'argent pour les fabricants de mines antipersonnel). Tout est alors pour le mieux dans le meilleur des mondes et grâce au capitalisme, les ouvriers sont maîtres des entreprises. 

Inutile de préciser que des fonds soumis à autant de contraintes sont d'un faible rapport ! En fait, leur but réel est de subvertir la démocratie, de retourner au suffrage censitaire, où l'individu n'a de droits qu'en tant que possédant. Les capitalistes sont certes supprimés, mais comme dans la célèbre anecdote où un ethnologue demande s'il n'y a plus d'anthropophages dans la tribu qu'il vient de découvrir, et à qui on répond : « Non, on a mangé le dernier à midi ».

Transparence : Le mot transparence est devenu le plus à la mode alors même que l'opacité politique, financière, policière est de plus en plus dense. La transparence est invoquée – et exigée – pour justifier aux yeux des actionnaires les rémunérations pharaoniques des hauts dirigeants : président directeur général, directeur général, président du conseil d'administration et autres élites. En effet, le péché suprême n'est pas de gagner beaucoup, mais de dissimuler ce que l'on gagne. 

Dans cette optique, un haut fonctionnaire des finances touchant une enveloppe de 50 000 francs non inscrite au budget est plus coupable qu'un P.D.G. auquel son actionnaire consent 200 millions en stocksoptions. Le scandale – le montant de la rémunération – est effacé par la grâce de la transparence. La « transparence » est même confiée aux renseignements généraux : « Dès mon arrivée au ministère (de l'intérieur) j'ai demandé à avoir une photographie la plus précise possible de la situation de l'islam en France. Car sans ce travail de transparence, c'est la peur qui l'emporte » (Dominique de Villepin, Le Parisien, 7 décembre 2004)
Exemple de l'article de Rocard pour soutenir Laurence Parisot dans sa démarche de moralisation du capitalisme : Dès la fondation du capitalisme, nombreux furent ceux qui remarquèrent qu'il avait d'autant plus besoin d'éthique qu'il avait moins besoin de règles. (…) Pour moi, la cause est entendue : le capitalisme sombre sous l'immoralité. Nous sommes en train de découvrir qu'il risque techniquement d'y succomber. (…) Le combat de Mme Parisot nous concerne donc tous : il ne s'agit pas seulement de redonner sa dignité à un système qui en a bien besoin, mais surtout de lui permettre de revenir à un fonctionnement efficace et régulier. Nous avons choisi la libre entreprise. Elle exige de bons patrons, respectables et intègres. Sans éthique forte, il n'y a plus de capitalisme. Il va probablement devenir nécessaire que la règle publique y pourvoie. (Michel Rocard – Tous derrière Laurence Parisot - Le Monde du 05 mars 2008)

 

ANNEXE  17 - La LQR : la langue du consensus
Naturaliser le libéralisme et générer un certain fatalisme

La LQR a parfois pour objectif d'opérer une certaine démoralisation de l'auditoire, d'engendrer un certain fatalisme face aux effets engendrés par la mondialisation néo-libérale. C'est le rôle de tous les discours fatalistes portant sur l'évolution, le poids des contraintes (budgétaires, extérieures), la vitesse des changements (« circulez y a rien à voir et y a rien à faire ! »), la mondialisation  etc.
  En réalité, la mondialisation n'a rien d'inéluctable. Elle est même en grande partie un mythe et comme le dit très justement Pierre Bourdieu, elle « n'est pas une nouvelle phase du capitalisme mais une « rhétorique » qu'invoquent les gouvernements pour justifier leur soumission volontaire aux marchés financiers ». Autrement dit, tout se passe à l'échelon national.

Le mot évolution est un succédané du mot "Progrès", qui a pris un coup de vieux depuis qu'il s'est compromis dans des aventures douteuses (Hiroshima ou Tchernobyl, par exemple). « L'Evolution" est donc au "Progrès" ce que les œufs de lump sont au caviar : moins somptueux, mais moins ostentatoires et moins compromettants. Le mot "Evolution" ne présente que des avantages. Comme le mot "Progrès", il prend une majuscule, mais il peut de plus se prévaloir d'une caution scientifique incontestable : le darwinisme. 

Contester les vertus du libéralisme ou la nécessité de la mondialisation, c'est mettre en cause les lois sacrées de l'Evolution ; c'est offenser à la fois Darwin et la Science, l'Homme et la modernité. Peut-on imaginer un archaïsme plus désolant ? Qu'on se le dise : le Progrès est mort, vive l'Evolution. Mais à y bien penser, cette Evolution, n'est-ce pas la version modernisée du "Sens de l'Histoire" dont on nous parlait autrefois ? Ah mais ! Gardons-nous d'exhumer des concepts défunts, comme les idéologies qui les ont nourris. Ce n'était pas le "libéralisme", on s'en souvient, qui allait dans le sens de l'Histoire, mais la "société sans classes". On comprend pourquoi il a fallu décréter la "fin de l'histoire". L'Evolution, au moins, c'est naturel, comme les lois de l'économie. Qui osera donc discuter la Nature, Dieu, le Marché ?

Le mot inéluctable, souvent associé à évolution est utilisé par les néo-libéraux pour signifier que les changements en cours ne peuvent pas être évités et qu'il ne sert à rien que le peuple ignare essaye de s'y opposer.
 

Opposer la minorité mal avisée contre l'unanimité bien pensante
Communauté internationale : Toujours associée à empêcheurs de danser en rond (tels Saddam Hussein, Slobodan Milosevic, Fidel Castro). Contre ceux-ci (qui la défient), la Communauté internationale s'indigne, se mobilise, etc. 

La Communauté internationale représente les gouvernements du monde et leurs opinions publiques, à condition d'en ôter… l'Afrique, les pays musulmans, l'Inde, l'Indochine et l'Insulinde, la Chine, l'Amérique latine, l'ancienne U.R.S.S. 

Restent les pays anglophones et germanophones, le Japon, plus, sur des strapontins, quelques pays méditerranéens (avec un strapontin plus grand pour la France). S'agit-il de toute la population de ces pays ? Pas davantage. La communauté internationale, c'est l'opinion publique façonnée par les grands médias. Que reste-t-il comme précipité au fond de la cornue à l'issue de ces distillations (en France, par exemple) ? Deux chaînes de télévision, plus trois stations de radio, plus Le Monde, Le Figaro, Libération, L'Express, Le Point, Le Nouvel Observateur. 

Autre synonyme : pays étrangers.
 Opinion publique : Mesurée par les instituts de sondage, l'opinion publique pense que les services publics ou la protection sociales doivent être réformés. L'opinion publique c'est la majorité, c'est Dieu. Exit les conflits sociaux ou idéologiques.

« Tout le monde le sait que » : Argument d'autorité employé par le Chroniqueur économiquement correct pour conférer la force de l'évidence à ses propos. 

Variantes : « tous les économistes le savent », « tous les politiques le reconnaissent », « tous les syndicalistes l'avouent ». En général, chez le Chroniqueur économiquement correct, les syndicalistes avouent en cachette ou sous le manteau.
 

Le pronom personnel « on » : Un des procédés stylistiques préférés du Chroniqueur économiquement correct est de commencer ses phrases par : « qu'on le veuille ou non ». Ce pronom [on] est trompeur, car la phrase vraiment pensée par est : « que vous le veuillez ou non ». S'incluant dans les auditeurs par le « on », il rend ce qui va suivre moins provocant à admettre puisque lui-même s'y soumet (ex. : qu'on le veuille ou non, « les Allemands ont gagné la guerre et il faut se soumettre aux conditions d'armistice »). Traduction en langage de l'an 2000 : «la mondialisation est irrésistible et, qu'on le veuille ou non, il faut se soumettre à ses conditions».

Corporatiste : Traduction : les salariés ne défendent pas des droits universels mais seulement leurs privilèges.
 

Représentativité : La lutte contre la mondialisation libérale est davantage le fait des associations – parfois informelles – que des partis ou des syndicats. Cela inquiète les Importants. Mais qui sont ces organisations ? Quelle est leur légitimité ? Qui représentent-elles ? Comment sont-elles élues ? Par qui sont elles reconnues ? Où est leur siège ? Leur banque ? Où sont leurs actionnaires ? Outre qu'il est plaisant que ces questionneurs ne s'interrogent ni sur la légitimité du Forum de Davos, ni sur celle de la société du Mont-Pèlerin, ni sur celle du Club de Bilderberg, ni sur celle de la Trilatérale, ni sur celles de Cato Institute ou d'Heritage Foundation, ni sur celle de ces officines qui se permettent de noter les Etats, on peut se rappeler que, entre 1940 et 1944, le haut commandement allemand, inquiet, pointait un doigt accusateur : mais qui sont ces résistants ? Quelle est leur légitimité ? Où est leur uniforme ? Où sont leurs officiers ? Où est leur Quartier général ? Où est leur artillerie ? Tels maîtres, telles questions

ANNEXE  18 Joue avec nous et réalise ces exercices de «désentubage» sémantique !
Le but est simple : il s'agit d'analysez ces déclarations en repérant les procédés ou caractéristiques propres à la novlangue libérale.

  1. « Il y a une « voie française » pour la réforme. J'en suis convaincu : c'est une voie qui n'est pas idéologique. L'idéologie conduit à l'impasse et à l'immobilisme. (Cette voie française) repose sur une équation que je résume ainsi : « Réforme = écoute + justice + fermeté » (…) Il faut que la réforme soit équitable et qu'à cette fin, elle repose sur des leviers de justice solides. » (Jean Pierre Raffarin Entretien au Figaro Magazine (6 septembre 2004)
« Il n'est pas acceptable que le progrès économique ne soit pas partagé par tous. (...) Ces difficultés, ces drames, cette fracture sociale qui menace de s'élargir en une fracture urbaine, ethnique et parfois même religieuse, ne sont pas des fatalités » (Le président de la République le 21 octobre 2003 à Valenciennes).

 

    1. ANNEXE  19 - Cours d'autodéfense intellectuelle : Quelques procédés rhétoriques
Type d'argument Exemples Objectif
1. L'argument d'autorité Arguments faisant appel à une autorité intellectuelle, scientifique, économique, politique, journalistique … Recours fréquent à l'argument scientifique, à l'autorité du chiffre absolu (sans valeur) - « Selon le dernier rapport du FMI … » - « Mr Camdessus dit que … »  - « D'après le journal … » Impressionner
2. La généralisation abusive, le jugement sans nuance (à l'emporte pièce) - Il est évident que … - Tous les experts sont d'accord … - Chacun sait que … Faire entrer l'interlocuteur dans un cadre de réflexion pré-établi afin d'évacuer tout débat ou toute discussion sur ce cadre
3. L'effet de complexité ou de vitesse Il s'agit d'affirmer la complexité du réel, d'insister sur la vitesse des changements - Le problème des retraites est un problème techniquement complexe - Les frontières sociales se brouillent, les échanges et les mutations technologiques s'accélèrent … - Créer un brouillard occultant les grandes lignes de force à l'œuvre dans l'économie et la société - Eloigner le profane et créer un sentiment de découragement : « c'est trop compliqué pour vous », « les choses vont trop vite, on ne les maîtrise pas, donc on y peut rien »
4. L'argument de qualité Recours aux jugements qualitatifs ou moraux. On joue sur la confusion des registres entre morale, politique, religion, économie etc. Le discours jouxte les jugements de valeur (le bien, le mal)  - Attribution aux individus de vertus ou vices - On met sur un même plan des mots relevant de registres différents (exemple : l'équité qui contrairement à l'égalité n'est pas une notion économique)  - Connotation positive ou au contraire péjorative du vocabulaire - Il y a les bons et les mauvais pauvres  - Les riches ont mérité ce qu'ils ont car c'est le fruit de leur travail - L'impôt devient une confiscation par exemple et l'acquis social un privilège - Susciter la réprobation morale (les pauvres se complaisent dans leur pauvreté, volent la société…) - Légitimer les privilèges des classes dominantes - Faire intérioriser aux victimes de la mondialisation la responsabilité de leur échec - Dénoncer comme privilégiés les salariés les moins touchés et propager chez eux un sentiment de culpabilité
5. Les présomptions Argument reposant sur des préjugés ou a priori - Le secteur privé est a priori productif, utile et efficace. le secteur public est improductif, inutile et inefficace. - Tout ce qui est économique ou marchand est a priori utile. Tout ce qui n'est pas économique ou marchand ne sert à rien. Jeter le discrédit ou au contraire mettre en valeur
6. Les arguments d'impuissance    
Les alternatives infernales - « Si je ne produit pas ça, d'autres le feront » - « Si je ne licencie pas, je ferme mon usine et plus d'emplois encore seront détruits » (Aussaresse torturait pour sauver des emplois) Engluer les individus dans un système de contradictions les rendant incapables de penser en dehors du cadre libéral (fatalisme, effet de démoralisation) Maquiller des choix politiques en fatalités, en lois naturelles (par définition insurmontables) pour mieux faire accepter l'inacceptable Disculper les responsables économiques ou politiques, cacher leur part de responsabilité et justifier l'inaction politique, le « laisser faire »
Les fatalités en tout genre Tout ce sur quoi l'individu n'a pas prise et qui est indépendant de sa volonté (les lois naturelles, les déterminismes économiques, sociaux, historiques, etc.) - C'est la faute à la mondialisation, à l'Europe (en 1997, la gauche était au pouvoir dans 13 pays sur 15, au sein de l'Union européenne) - Ce sont les lois de la concurrence.  - Il faut bien « satisfaire » les marchés - C'est la « nature humaine » - Il y a toujours eu des riches et des pauvres
7. L'argument du pas assez Expliquer un constat gênant par le fait que l'on ne s'est pas assez rapproché du modèle, qu'on n'est pas allé assez loin dans la réforme - S'il y a des Krachs, c'est parce que les marchés financiers ne sont pas assez efficients - Si c'est la crise c'est parce qu'on est pas allé assez loin dans les réformes Si la réalité n'est pas convenable, il faut se rapprocher du modèle. Autrement dit : ce n'est pas ma théorie qui est fausse mais la réalité !
8. Les arguments quasi - logique Il s'agit de donner l'apparence de la cohérence, de la démonstration logique à un discours qui ne l'est pas    
Les fausses causalités - L'explication par les effets pervers  - « S'il y a du chômage c'est à cause des salariés qui exigent des salaires trop élevés »  - « S'il y a de la pauvreté c'est à cause des allocations destinées à réduire la pauvreté » etc. Tromper l'interlocuteur sur l'explication d'un phénomène Transformer les victimes en responsables
 

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13/10/2012

EDUARDO GALEANO - Parle de la démocratie mondiale avec beaucoup d'humour / St Français

 

 

POUR CEUX QUI AIMENT L'ARCHITECTURE

Quelques images de L'institut supérieur des arts à La Havane (Vidéo)

http://www.youtube.com/watch?v=JpPqbP-RdY4

 

 

L'Institut Supérieur d'Arts de La Havane ou l'art au service de l'art.

 

En 1961, Fidel Castro et Che Guevara se retrouvent pour une partie de golf à l'ancien Country Club de La Havane abandonné après la révolution. Ils se mettent à penser à la façon dont Cuba pourrait investir dans la culture. Peu de temps après, naît un plan pour construire de nouvelles écoles d'art sur le terrain de golf abandonné.

 

L’École, qui traduit la volonté du gouvernement révolutionnaire d’offrir une éducation soignée aux futurs artistes, non pas seulement de Cuba mais aussi du monde en développement, allait se dresser dans un cadre splendide. Cinq bâtiments pour l'enseignement de cinq carrières artistiques dans une conception humaniste de la culture et de l'art. Aujourd'hui, l'Institut Supérieur d'Arts (ISA) est considéré comme un des plus prestigieux d'Amérique latine.

 

Pour entreprendre un tel projet, dont le coût initial s’élevait à plus de treize millions de pesos, une fortune à l’époque, trois jeunes architectes sont convoqués : Ricardo Porro (Cuba), le coordinateur, prend sous sa responsabilité les écoles d’arts plastiques et de danse moderne et fait appel à deux jeunes architectes italiens Roberto Gottardi et Vittorio Garatti chargés de la conception des écoles de ballet, de musique et des arts de la scène.

 

Chacun des architectes crée avec une liberté absolue, mais tous se basent sur certaines hypothèses communes:

- Intégrer chaque élément de l'oeuvre dans l'environnement naturel et à  la topographie accidentée du site traversé par le fleuve Quibu, affluent du fleuve Almendares.

- Exprimer les racines culturelles de la nation cubaine. On y retrouve les éléments mixtes du village africain et de portails européens.

- Utiliser de la terre (brique) comme matériel de construction et la voûte catalane pour les toits

- Faire des pavillons / ateliers articulés par des cours et des galeries de circulation

Les ateliers de peinture sont organisés comme des théâtres circulaires où le modèle se trouve au centre et les étudiants tout autour.

 

Vue de l'extérieur chaque école se présente comme une sculpture et depuis l'intérieur comme un organisme vivant.

L'ensemble se compose de cinq écoles, cinq pavillons sur une terre d'une végétation luxuriante.

 

Chaque école est structurée comme une petite ville s’apparentant à une forêt dans laquelle on se promène. Voies couvertes, places, patios et galeries organisent les espaces en réseaux organiques. Les ateliers de peinture sont couverts d’une coupole qui ressemble à un sein de femme. À l’extérieur, une sculpture évoque un fruit, la papaye, symbole populaire du sexe féminin, et au centre un jet d’eau.

 

L'ondulation des couloirs, la forme de seins des coupoles, la fontaine : tout y est rond et constitue une évocation érotique du corps de la femme. Afin de faire face à la pénurie de béton, d’acier et d’engins de chantier sur l’île, Ricardo Porro fait appel au savoir-faire d’artisans catalans dans l’art de la construction en brique : arcades, coupoles, voûtes gauches, voûtes inclinées, voûtes portugaises, colonnades… Ces bâtiments concilient ainsi matériaux pauvres, tradition architecturale locale, esprit baroque et grandeur lyrique :

- « J’ai ressenti le besoin d’exprimer l’explosion émotionnelle de tout le peuple cubain, qui était particulièrement sensible à ce moment-là. » (Ricardo Porro)

 

Garatti, pour sa part, travaille sur le terrain en pente choisi pour l’école de musique et sa serpentine de box pour les répétions  est connu comme « le ver ». Pour l’école de ballet, il a conçu des voûtes légères qui semblent danser en rythme.

Tous les architectes ont adapté leur modèle aux formes structurelles de brique, en réponse à l'absence d'acier et de béton causée par le blocus américain, ce qui donne lieu à un beau concert de voûtes catalanes et de dômes.

 

- "Le plus important c'est que nous avons tous utilisé la même méthode, une méthode qui commence par l'analyse historique, non seulement du contexte mais aussi du moment qu'on était en train de vivre, le début d'une révolution. Dans une école de ballet tout s'intègre, le ballet est circularité, liens, mouvement, contradiction. Toutes ces formes naissent de l'analyse du mouvement du danseur ... L'école a beaucoup d'entrées car c'est une école de la révolution, tout le monde peut entrer". (Vittorio Garatti)

Au départ trois ensembles de constructions en brique ont été conçu. Les premiers à  être édifiés furent la faculté de musique, des Arts de la scène et des Arts plastiques dont la vue aérienne suggère l'image érotique d'un corps de femme. Un autre édifice avait commencé à sortir de terre afin d'enseigner l'art du cirque mais celui-ci a été abandonné pour des raisons de budget.

 

Roberto Gottardi, arrivé à Cuba en 1961 y est toujours plus de 50 ans après. Il se souvient encore de l’atmosphère d’euphorie et de drame des premières années de la Révolution :

« J’ai rencontré un esprit de grande liberté et d’enthousiasme, de dévouement, de grands rêves qui étaient – ou semblaient être – réalisables à court terme. L’école d’art dramatique était  le premier projet dont j’étais le seul responsable. Nous avions une grande liberté pour travailler, pour choisir le terrain où serait érigée chaque école, pour établir les propositions conceptuelles à partir de certaines conditions matérielles. »

 

La naissance des écoles d'art de La Havane, a été considérée comme l'une des expériences architecturales les plus uniques de la seconde moitié du XXe siècle.

Mais la conception de l'école a aussi été l'objet de controverses passionnées dans les forums nationaux et internationaux. Aucune construction d’après la Révolution n’a été plus polémique que l’École Nationale d’Art entamée en 1961. Considérée par ses défenseurs les plus enthousiastes comme un symbole de l’audace et de la volonté d’expérimentation, ses critiques les plus sévères la qualifient souvent d’explosion esthétisante non exemptée d’élitisme et dépourvue de sens.

 

Au départ, les trois architectes bénéficient d'une liberté budgétaire et d'une complète indépendance dans les décisions de conception. Le coût inattendu des bâtiments et son design unique, conduisent à de nombreuses plaintes de gaspillage économique

 

La construction des écoles se paralyse en 1965 pour des raisons  d’incompréhensions esthétiques et à cause de la pénurie de matériaux. Une bataille idéologique fait rage entre les défenseurs de la création libre, expressive en architecture et ceux qui y voyaient la négation des valeurs techniques constructives  fonctionnelles dans un pays soumis à de grandes difficultés économiques.

 

En raison de la situation économique seul les deux bâtiments de Porro ont pu être terminés. En 1965, lorsque la construction est interrompue, Ricardo Porro part à Paris

 

C'est en Octobre 1999 que l'Union Nationale des écrivains et artistes Cuba (UNEAC), décide, avec l'approbation de Fidel Castro,  de revenir au projet initial afin de le terminer et de le récupérer avec la participation de ses auteurs. Fidel Castro se montre très critique au sujet des  fonctionnaires qui ont permis à l'école d'art de tomber dans un tel état d'abandon.

Les trois architectes sont invités à revenir à La Havane pour terminer le travail.

Après consultation, ceux-ci acceptent ce nouveau défi et en novembre de la même année ils rencontrent l'organisme cubain chargé de la gestion du projet.

 

En  2010 l'école est déclarée « Monument National » par la Commission Nationale des monuments de Cuba dans une résolution datée du 8 novembre 2010 et parafée par Eusebio Leal, historien de La Havane.

 

L'École des arts visuels est particulièrement réussie, et a récemment produit des artistes qui ont obtenu une reconnaissance internationale.

La politique culturelle de Cuba a eu assez d'intelligence pour échapper au réalisme socialiste qui avait dominé dans les pays socialistes européens. Dès le début de la révolution et durant toutes les époques qui ont suivi les artistes ont su préserver  vaille que vaille une grande liberté de création,  tant dans les formes que dans le contenu parfois très critique des œuvres même si certaines périodes ont été plus difficiles que d'autres.

 

Aujourd'hui le travail de récupération se poursuit, j'ai pu le constater en y retournant cet été, mon dernier passage datant de 1999 même si à l'heure actuelle c'est surtout l'école des arts plastiques qui a fait peau neuve et s'il reste beaucoup de travail pour les autres écoles. La promenade vaut le détour. Il y règne une atmosphère de paix propice à la création et la ballade se fait au son du chant des oiseaux mêlé à celui des instruments de musique divers manipulés par les étudiants en pleine étude. Nous avons pu converser avec des professeurs et des étudiants. Recherche, passion, imagination, visions du monde, critique, expression, réflexion. Une grande richesse à tous les niveaux et dans un cadre fantastique. A Cuba, toutes les formes d'art sont valorisées malgré le peu de moyens dont dispose le pays, les arts sous toutes leurs formes restent une priorité, il s'agit avant tout d'un choix politique que nos pays refusent de faire ravalant la création à la valeur marchande du "produit" ... l'art se doit d'être un "placement" ... c'est le premier commandement du Dieu "Market" omniprésent même dans cette branche qui devrait être avant tout richesse culturelle, intellectuelle, réflexion, plaisir des sens et de l'esprit.

 

12/09/2012

VOYAGER à CUBA : NOUVELLE BALADE DANS L'ÎLE.

Juillet 2013  - 

Tout d'abord une info pratique:

Un logement sûr et agréable à La Havane chez l'habitant:

 Une très bonne adresse:

Chambre chez l'habitant avec salle de bain privée et air conditionné. Grandes terrasses avant et arrière très agréables. Personnes de toute confiance. 
25 CUC par jour la chambre de 2 personnes.
Quartier VEDADO, dans une des rues les plus importantes de la ville (la rue de Copelia, de l'hotel Habana Libre) près du Fleuve Almendares, de l'ICAIC (Institut du Cinéma Cubain) du cimetière Collon.
Calle 23 N° 1409 entre les rues 20 et 22: 
Tel: 00535-275-1982 
ou 00535-331-5752

La Havane, logement chez l'habitant

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A VIÑALES, une autre bonne adresse que nous avons expérimenté: 
Villa Joli - Air conditionné, bain et WC privés Service repas. Calle Adela Azcuy Norte N° 55-A

Viñales, Pinar del Rio - CUBA 

 - TEL 0152239034

LA PROVINCE :

VIÑALES 

Une promenade de 12 km à pied dans la campagne. Découvertes, rencontres et échanges avec les paysans, une balade magnifique et très intéressante avec 

 

quelques amis cubains...

Le chemin a disparu sous l'eau, beaucoup de pluies en ce moment à Cuba ... il ne nous reste plus qu'à enlever nos chaussures et avancer dans la boue ...

D'autres, englués dans la boue ont essayé l'aventure à vélo ... ils devront rebrousser 

chemin repeints avec la couleur rouge de la terre. 

 

Cuba,voyage à cuba,tourisme,découverte,comprendre cubaVinales DSC_6132.JPG

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CIENFUEGOS:Escambray

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Cienfuegos, Cuba
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La vieille Havane toujours en rénovation, les travaux avancent lentement. Cette année on enterre les câbles électriques pour éviter les dégâts en cas de cyclone.

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La HavaneHabana vieja patio P1050693.JPG

Le Malecon est le grand théâtre de La Havane avec fonction tous les soirs à l'heure du coucher de soleil. Un spectacle à vous couper le souffle qui attire les havanais chaque soir

La Havane, le Malecon, Habana, Cuba
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Cuba, La Havane, Habana
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L'école des arts de La Havane ... peinture, sculpture, musique, théâtre etc.

Un énorme parc magnifique qui invite à la création.

Un bâtiment construit au début de la révolution par l'architecte Ricardo Porro, un cadre exceptionnel et la  liberté de création pour les artistes.

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Guama, Cienaga de Zapata.

Rencontre avec des animaux sympathiques ... Il est préférable de s'abstenir de prendre un bain dans ces eaux ... même si la chaleur vous y invite! Se munir de préférence de produit contre les moustiques, ils sont très collants dans cette région de marécages.

Ceux qui ont vu le film "El brigadista" se sentiront en pays de connaissance.   Guama IMGA0003.JPGGuama IMGA0009.JPGGuama P1060210.JPGGuama P1060228.JPG

11/09/2012

DECOUVERTE - HUMOUR - A VOIR!

Drôle et très bien vu!

A RECOMMANDER

 


ET ENCORE ... à ne pas rater!

 

18:39 Publié dans Découvertre, Humour | Lien permanent |  Facebook |

EDUARDO GALEANO - Parle de la démocratie mondiale avec beaucoup d'humour / St Français

 

 

LA NOVLANGUE pour imposer une vision du monde

  

Naissance d'une langue 


1. Qu'est ce que la LQR?

Comme le dit Eric Hazan dans la conclusion de son livre « La LQR est la langue qui dit ou suggère le faux même à partir du vrai. »
La LQR (Lingua Quintae Respublicae ou langue de la V° République) a été nommée ainsi par l'auteur par analogie à la Lingua Tertii Imperii (langue du troisième Reich), renvoyant au travail de Victor Klemperer.

De 1933 à 1945, ce professeur juif de l'université de Dresde, tient un journal où il décrit la naissance et le développement d'une langue nouvelle, celle de l'allemagne nationaliste. Sauvé de l'extermination grâce à son mariage avec une « aryenne », son texte est publié en 1947 sous le titre « LTI (Lingua Tertii Imperii) - Notizbuch Eines Philogen ». En français : La langue du troisième Reich, carnets d'un philologue.

Le propos d'Hazan n'est pas de dire que le néo-libéralisme et le nazisme c'est la même chose mais de démontrer que, que ce soit sous III° Reich ou sous la V° République, le langage quotidien utilisé dans les médias, le monde politique, le monde du travail etc. a pour fonction de « substituer aux mots de l'émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission ».

2. Quand la LQR est-elle née et comment ?
La LQR est née durant les années 60, dans le contexte de la brutale modernisation du capitalisme français que fut le « gaullo pompidolisme ». Mais ce n'est que dans les années 1990 qu'elle a atteint son plein développement. Deux groupes sociaux, aujourd'hui omniprésents parmi les décideurs, ont largement contribué à créer cette langue nouvelle, reprise en suite par les journalistes et les politiciens : En premier lieu, les économistes ou experts à la solde du système. En second lieu, les publicitaires.

Le vocabulaire des économistes s'est imposé dans des domaines où jusqu'ici ce vocabulaire était peu employé (ainsi parle t'on de « capital santé »). L'influence croissante des experts en tout genre a également sa traduction syntaxique. Par exemple, le mot « expérience » a été remplacé par le mot « expertise », le mot « Question » par celui de « Problème »

De même, l'influence croissante des publicitaires a sa traduction dans le langage. En utilisant les mots « Positiver » ou « optimiser », mots lancés par les experts en communication des hypermarchés (« Avec Carrefour je positive »), les hommes politiques empruntent au langage de la pub. Pour Alizée comme pour Jean pierre Raffarin, il faut adopter une « positive attitude ».


L'apport des publicitaires a néanmoins davantage été syntaxique que lexical. Par exemple, un titre d'article ou une annonce de reportage télévisé comme « La Chine, une méga-puissance entre modernité et tradition » a deux points communs avec le langage publicitaire : le recours à l'hyperbole visant à susciter l'émotion (look «méga fun», dentifrice «Ultra fraîcheur», nettoyant «hyper concentré» etc.) et l'absence de verbe (« Dash 3 en 1, un pouvoir incroyable au service de la propreté ».) La diction même des journalistes tend à se calquer sur ce type de slogans publicitaires. Autre exemple dans le Figaro du 28 août 2004 : « Irak : l'aveu de Bush » (« Auchan : la vie, la vraie »).
Cette influence croissante du langage publicitaire est liée au recours croissant par les hommes politiques aux spécialistes en communication (bel euphémisme de « publicitaires »). Pour Hazan, la notion nouvelle d'infopublicité (oxymore que l'on imprime en tout petits caractères en haut d'une page consacré à tel vignoble de Bordeaux ou tel club de vacances) n'est ni plus ni moins un aveu : le rôle de l'information est de faire vendre. Cette relation incestueuse entre journalistes et publicitaire fait de la LQR « un instrument d'émotion programmée, une langue d'impulsion comme on dit « un achat d'impulsion » ».


Selon Eric Hazan, la concentration des principaux outils d'opinion entre quelques mains facilite bien évidemment la diffusion de la LQR. Mais elle ne permet pas à elle seule d'imposer un langage. Il a fallu le concours de millions de personnes ayant un intérêt plu ou moins conscient au maintien de l'ordre libéral : cadres des entreprises de sécurité, professeurs de philosophie politique, juges anti-terroristes, agents immobiliers, chroniqueurs de France Culture, présidents de Région etc. La critique de la LQR ne doit donc pas se limiter à la critique des médias, si justifiée qu'elle soit. La LQR est partout et personne n'est immunisé (y compris ceux qui combattent l'ordre dominant, nous y reviendrons). 
Si en dépit de la variété des lieux où elle se diffuse, la LQR montre une certaine cohérence, c'est parce qu'il y a communauté de formation et d'intérêts chez ceux qui ajustent les facettes de cette langue et en assurent la dissémination :

Communauté de formation : membres de cabinets ministériels, directeurs commerciaux d'entreprise, chefs de rubrique de quotidiens etc. sortent des mêmes écoles de commerce, d'administration ou de sciences politiques : on leur a appris les mêmes techniques avec les mêmes mots.

 

Communauté d'intérêts : du sommet de l'Etat jusqu'au dernier des directeurs de marketing, chacun sait que sa place dépend du maintien de la « paix sociale » (« du maintien de la guerre civile au stade de drôle de guerre » comme le dit Hazan).

 

3. Quelles sont les points communs et les différences entre la LQR et la langue du troisième Reich ?

Hazan établit plusieurs distinctions entre la LTI (langue du 3° Reich) et la LQR (langue de la V° République). Comme on peut le voir dans l'annexe 4, la LQR cherche à éviter toute vulgarité, l'objectif étant de créer le consensus. Cela ne l'empêche pas néanmoins d'être une langue souvent méprisante et qui a du mal à masquer son mépris (annexe 5)


Le premier point commun entre la LQR et la LTI, c'est la recherche de l'efficacité aux dépens même de la vraisemblance. Après Stalingrad, les communiqués de victoire sur le front russe émanant de Berlin n'étaient absolument pas crus. Ces communiqués triomphaux avaient pour seule fonction d'exhorter à se battre jusqu'à la mort. De même, aujourd'hui, on ne croit pas davantage aux messages délivré par JP Raffarin quand il promet sur TF1 « une baisse du chômage, une réforme pour réussir l'école et une lutte contre la vie chère » (19 septembre 2004). L'incohérence ne fait absolument pas peur à cette langue. Ainsi personne ne croit à l'idée que si les entreprises licencient c'est « pour sauver des emplois » ou que si on réduit les remboursements médicaux c'est « pour sauver l'assurance maladie » etc. (merveilleuses inversions des choses). De même, dans les stages de formation des entreprises, personne ne croit à ce qui est dit. Ce qui compte c'est que chacun fasse semblant d'y croire de façon à ce que le dominant puisse continuer en toute quiétude a exiger des sacrifices de la part des dominés.

 


Le deuxième point commun entre la LQR et la LTI, c'est l'importance du recours à l'euphémisme afin d'obtenir le consensus. Par exemple, au sujet des contrats « Nouvelles Embauches » le Monde du 02 août 2005 titre « Le gouvernement assouplit le droit du licenciement ». Comme le fait remarquer Eric Hazan « Assouplir» c'est rendre moins rigide, plus flexible. La flexibilité est un thème cher aux libéraux mais « Assouplir » c'est moins connoté politiquement, c'est positif. Mais qu'est ce qu'un droit du licenciement souple si ce n'est une remise en cause du droit du licenciement ? L'euphémisme est sans aucun doute le procédé le plus couramment utilisé dans la LQR.


Le troisième point commun entre la LQR et la LTI, c'est le caractère performatif de ce langage. Au sujet des lois sécuritaires qui se développent après le 11 septembre 2001, Hazan estime que « ces mesures spectaculaires ne sont peut-être pas le plus important de l'affaire » et que la dérive sémantique qui en a résulté « aura peut-être un impact plus durable que les décrets, arrêtés et lois abrogeables du jour au lendemain ». Il dit « C'est que les faits de langage sont plus têtus que les autres, et surtout qu'ils sont performatifs : par leur apparition, ils révèlent des tendances qu'ils contribuent ensuite à renforcer, contaminant par ondes successives d'autres milieux, d'autres castes, d'autres médias ». Loïc Wacquant ne dit pas autre chose. Selon lui, la pornographie sécuritaire engendre un climat d'insécurité, qui engendre à son tour un accroissement des exigences en matière de sécurité, une chasse à la petite délinquance donc une augmentation des statistiques de la délinquance, avec en retour un accroissement des exigences en matière de sécurité etc. Autrement dit, c'est-à-dire un langage qui ne se contente donc pas de nommer les choses mais qui, en même temps qu'il nomme une réalité, la crée. Puisqu'elle crée une réalité conforme aux discours néolibéral, la LQR est donc à la fois une émanation du néo-libéralisme et son instrument.


Le quatrième point commun entre la LQR et la LTI : c'est un langage qui n'induit aucune immunité (annexe 6). Ce langage envahit notre quotidien. Un jour, lors d'un débat organisé par Attac à Douchy, une personne me dit « j'ai bien aimé mais ce qui m'a agacé c'est qu'Attac est quand même là pour faire sa publicité ». Ainsi, les associations qui luttent contre la marchandisation auraient pour seul but de « vendre » quelque-chose ! Dans le langage courant, vendre est devenu synonyme de convaincre ou persuader. « On ne convainc plus quelqu'un, on lui vend une idée. On ne persuade plus un patron de vous embaucher, on se vend à lui. La LQR contribue donc à naturaliser les rapports marchands : les rapports humains se calquent sur des rapports mercantiles. Pire, la LQR est un langage qui s'insinue y compris chez ceux qu'elle aide à opprimer. Déjà durant la guerre, Victor Klemperer montre comment les juifs eux-mêmes intériorisent la langue des nazis. Il donne l'exemple d'un docteur juif qui avait pris l'habitude de s'adresser aux autres juifs en faisant précéder leur nom de la mention « juif » : « Juif Löwenstein, utilise telle machine »« Juif Mahn, voilà ton certificat » etc. Ce qui était au départ un moyen de railler le Führer, devient progressivement un langage d'humiliation volontaire de soi. Comme le montre Pierre Bourdieu, des militants qui se pensent encore progressistes ratifient à leur tour la novlangue américaine quand ils fondent leurs analyses sur les termes « exclusion »« minorités »« identité »« multiculturalisme ». Sans oublier « mondialisation »« développement durable »« altermondialisme » (pour la critique de ces mots, voir les annexes)

 Une des raisons fondamentales de ce que cette langue soit reprise par le plus grand nombre, c'est qu'elle n'est pas une langue compliquée. Contrairement à l'argot ou au parler des banlieues, elle crée peu de mots. Contrairement au langage des scientifiques, elle n'est pas une langue savante : elle s'appuie sur des notions vagues et interchangeables (ex : réforme, modernisation). C'est une langue qui, comme le montre Pierre Bourdieu, s'appuie sur une série d'oppositions et d'équivalences grossières

 II. Mots, tournures, procédés

Fonctions de l'Euphémisme

Le principal objectif des euphémismes nombreux dont se compose la LQR, c'est le contournement - évitement d'un autre mot ou d'autres formulations plus gênantes car connotées négativement ou remettant en cause la légitimité du système ou des politiques menées (annexe 8)
L'euphémisme peut par exemple permettre de dédouaner les bourreaux et de les faire passer pour des bienfaiteurs. Ainsi, ne parle t'on pas au journal télévisé de bombardements mais de frappes préventives, de massacre de civils mais de dégâts collatéraux, d'occupation mais d'offensive, d'assassinat mais de bavure (le 7 octobre 2004 Libération titre « Bavure » au sujet du meurtre d'une écolière palestinienne par des soldats israéliens qui « avaient pris son cartable pour une charge explosive »)

 Le recours aux anglicismes est très fréquent dans le processus d'euphémisation.
« corporate governance » (aux USA : direction des entreprises par leurs actionnaires) se substitue à direction (trop disciplinaire) et à management (mot ancien dans la novlangue mais trop technocratique). « Gouvernance mondiale » (provenant de corporate governance)  se substitue à gouvernement (trop étatique)
- On ne dit pas cadre (trop hiérarchique) mais « coach »« manager » (ils animent plus qu'ils ne contrôlent). 
- On ne dit pas sous-prolétariat mais under-class
La LQR n'est pas une langue figée. C'est une langue capable de renchérir sur ses inventions. Ainsi est-on passé d'infirmes à Handicapés puis mal entendantsmal voyants etc. De même, on est passé d'Absorption, fusion, concentration à Restructuration ou réorganisation industrielle puis Offre publique d'achat et enfin Intégration des entreprisesPays sous-développés (trop ethnocentrique) et Tiers-monde (évoquant les luttes de libération des années 60) ont cédé la place à pays en développement ou en voie de développement puis à pays émergents.

Un renversement de la dénégation freudienne ?

Dans le langage psychanalytique, la dénégation est l'expression sur le mode du refus d'un désir refoulé (exemple de la chanson « arrête, arrête ne me touche pas »). La LQR produit l'inverse : on prétend avoir ce qu'on a pas, on se félicite le plus de ce qu'on possède le moins (annexes 9 et 10). Par exemple, les mots dialogue, échange, communication, ensemble ont proliféré dans une période où tout concourt à l'isolement. Autre exemple, alors même que l'on compte un nombre inhabituel d'escrocs et de menteurs au plus haut niveau des grandes sociétés, des partis ou de l'Etat, les oligarques et leur personnel de haut rang sont présentés comme « nos élites » (notons que lorsqu'il s'agit de la Russie post-soviétique, c'est le mot « oligarque » qui est utilisé pour désigner les mêmes personnes). De même, la LQR recourt fortement au registre de l'humanisme, de l'éthique, de la morale ou de la démocratie : ressources humaines, capitalisme ou taylorisme à visage humain, placements éthiques, transparence … Enfin, alors même que l'uniformisation et l'inégalité progressent partout, la LQR recourt fortement au registre de la « diversité dans l'égalité ». Dans une société rongée par un apartheid rampant et afin de jouer à plein l'autojustification préventive et de s'écarter sans risque des positions lepénistes, de la xénophobie et du racisme ambiants, on exalte la diversité, le métissage, le multi ou le pluriculturalismela tolérancel'ouverturele respect des minoritésdes identités. Parallèlement l'anathème est lancé sur le communautarisme, l'identitaire, le repli ethnique et on célèbre l'universalité de la République. Amen.

L'essorage sémantique

Forgé par des publicitaires et des experts en communication, la LQR fonctionne sur la répétition et à force de répétition un mot clair et utile finit par perdre son sens, ce que Hazan appelle l'essorage sémantique (annexe 11). Par exemple, les mots « Utopie » (dont le sens s'est modifié pour signifier que toute mise en cause de l'ordre existant relève de la rêverie) ou « écologie » (utilisé à tour de bras dans la grande distribution et l'industrie automobile : être écologique c'est renouveler sa voiture plus souvent !) 
L'exemple de l'adjectif « social » est particulièrement révélateur. Alors que dans la seconde moitié du XX° la Sociale c'était le peuple au pouvoir, aujourd'hui social se rapporte à tout ce qui est réalisé pour faire accepter leur sort aux catégories les plus défavorisées.
 
L'essorage sémantique peut contribuer à transformer les victimes en coupables. Ainsi en va-t-il lorsqu'on emploie les mots « privilèges » ou « privilégiés ».

III. L'esprit du temps
 
Société civile


C'est chez Thomas Paine (Common Sense Adressed to the Inhabitants of América 1776) que Michel Foucault identifie la première apparition de l'opposition société civile / gouvernement. Plus tard Karl Marx réglera son compte à la dualité Etat/ société civile« L'Etat politique se comporte envers la société civile d'une manière aussi spiritualiste que le ciel envers la terre. (…) Dans sa réalité la plus immédiate, dans la société civile, l'homme est un être profane. Et c'est justement là où (…) il passe pour un individu réel, qu'il est une figure sans vérité. En revanche, dans l'Etat, (…) l'homme est le membre imaginaire d'une société illusoire, dépouillé de sa vie réelle d'individu et empli d'une universalité irréelle »
L'exaltation de la société civile (annexe 12) vise deux objectifs :

Dévaloriser le politique, l'Etat

Se servir des relais qu'offre la société civile pour appuyer la mise en œuvre de la politique gouvernementale

 

Valeurs universelles

L'exaltation des valeurs universelles (annexe 13), dont la France est supposée porteuse, relève de l'inversion de dénégation freudienne (se féliciter pour ce qu'on possède le moins ou pour ce qu'on est le moins). Ainsi la France est le pays des droits de l'homme, une terre d'accueil. Dans Le requin et la mouette (2004), livre qualifié d'humaniste par la critique aux ordres, Dominique de Villepin souhaite parvenir à « 20 000 éloignements (admirez l'euphémisme) d'étrangers en situation irrégulière en 2005 »
Sous la III° République, il était question de la mission civilisatrice de la France. Mais les manuels scolaires continuent à maintenir l'équilibre entre crimes et « bienfaits » de la colonisation française, toujours présentée comme plus humaine que les autres. Le devoir de mémoire (formule due à Mitterrand) correspond en fait à une formule de négationnisme.

Les nobles sentiments


Il s'agit ici des nobles sentiments des « élites dirigeantes » (annexe 14). L'objectif est de les présenter comme une sorte de bon père, sévère mais bienveillant. Côté père fouettard , on est déterminé contre le terrorisme, on est résolu, responsable, inflexible quant à la question des procédures d'éloignement, on fait preuve de rigueur, de fermeté absolue ou sans faille face à la délinquance. On est décidé à une tolérance zéro, on accepte plus les zones de non-droit, tous les laxismes hérités de 1968. Dans ce registre abondant : le mot courage.
Il ne faut bien évidemment pas que nos dirigeants inflexibles passent pour inhumains. C'est pourquoi au côté père fouettard est toujours associé un côté bienveillance. A titre d'exemple :
« Il n'est pas acceptable que le progrès économique ne soit pas partagé par tous. (...) Ces difficultés, ces drames, cette fracture sociale qui menace de s'élargir en une fracture urbaine, ethnique et parfois même religieuse, ne sont pas des fatalités » (Le président de la République le 21 octobre 2003 à Valenciennes.)

Une sémantique « antiterroriste »

Malgré son affinité affichée pour le divers et le multiple, la LQR a une prédilection pour les mots les plus globalisants, propres à en imposer aux masses mais qui sont parfaitement creux. Ainsi, de la même façon qu'on plaçait sous la rubrique «barbare» tout ce qui n'était pas grec, on réalise un amalgame de tous les basanés dans des catégories globales telles que « intégrisme»«fondamentalisme»«arabo-musulman» etc. Ces expressions sont toujours associées à repli communautaire, islamiste, Al-Qaida, guerre des civilisations etc. (annexe 15)
La LQR dispose aussi d'expressions comme maghrébin, issu de l'immigration destinées à faire basculer les Arabes citoyens français dans le grand amalgame des arabo-musulmans
Quand elle le peut, la LQR n'hésite bien évidemment pas à faire basculer les syndicalistes ou les jeunes en révolte dans la rubrique des criminels et terroristes en tout genre. Ainsi parle t'on de prise en otage des usagers du RER (métaphore criminelle) par les grévistes, de criminalité organisée au sujet de délits mineurs. Rappelons que Philippe Henriot, secrétaire d'Etat à l'information du gouvernement de Vichy, qualifiait les résistants de terroristes. Le lendemain de ses funérailles (il fut abattu par un corps franc en avril 1944), on pouvait dans le journal de la Milice Combats : « Philippe Henriot, nous vous renouvelons la promesse de combattre, pour gagner, pour débarrasser la France   de ces bandes de pillards qui terrorisent nos provinces ». Aujourd'hui encore dans les journaux télévisés, les mouvements de résistance contre l'oppression sont qualifiés de mouvements rebelles ou terroristes. Les actes de rébellion sont quant à eux qualifiés de pillage ou d'attentat.

L'effroi, la violence

Dans la LQR, les sujets de trouble sont habituellement traités par les médias et politiciens dans un langage plutôt neutre et technique d'où sont exclus les excès verbaux. Il ne faudrait pas que l'effroi de la bourgeoisie dirigeante se répande. Mais il est un domaine où la langue publique conserve ou retrouve les mots de l'effroi et de la violence : quand se déroule le combat planétaire de l'homme blanc, dans la guerre civile qui l'oppose à l'arabo-musulman (que ce soit à l'échelle mondiale ou à l'intérieur des frontières).
Un exemple parmi d'autres : Dans J'ai vu finir le monde ancien (Grasset 2002), le livre d'Alexandre Adler qui a reçu le Prix du livre politique 2003 (jury présidé par Philippe Sollers et où siégeaient Joffrin et Elkabbach), on lit « L'antiaméricanisme est un sentiment fascisant qui, de fait, se trouve en sympathie avec le « fascisme musulman » propagé par les islamistes ». De même on ne manque pas d'insulter les adversaires d'Israël selon des procédés identiques. Autre exemple, lorsque Sarkozy propose en juin 2005 de nettoyer au Kärcher la Cité des 400 à la Courneuve.
 
On peut se demander pourquoi la LQR d'ordinaire portée à l'euphémisme et au conformisme anesthésiant, peut ainsi déraper. En réalité, il existe une répartition des rôles entre d'un côté les idéologues du nettoyage généralisé (de Kaboul à la Courneuve) et ceux qui ont choisi comme combat le maintien des fictions républicaines et réformistes. Si pour les seconds la bienséance est de rigueur, pour les premiers, la langue publique la plus adaptée est celle de l'intimidation.


IV. Effacer la division

L'un des mots les plus fortement associé à l'Athènes classique est démocratie. Or dans la Grèce antique le mot démocratie est étrangement absent de l'éloquence civique ou du récit des historiens. Kratos (la supériorité, la victoire) suggère la victoire d'une partie de la cité sur une autre (ce qui revient à renoncer au fantasme d'une cité une et indivisible). Le mot est évité en recourant à d'autres mots comme politeia (« constitution »), polis (« la cité »). Le sens premier est modifié (la « bonne démocratie »). Les cités d'alors semblent refuser d'admettre que dans l'exercice du politique, il puisse y avoir place pour du kratos, qu'il y ait eu victoire d'une partie de la cité sur une autre (ce qui revient à renoncer au fantasme d'une cité une et indivisible).


L'histoire n'est donc pas le seul terrain où se joue l'effacement de la division. Il y a aussi l'usage des mots. L'Athènes du IV° siècle et la V° République du XXI° sont en fait confrontés à la même question : comment occulter le litige, comment faire régner l'illusion de la cité unie, autrement dit comment éliminer la politique ? On peut distinguer trois modes opératoires : l'évitement des mots du litige, le recollage permanent des morceaux, le recours à l'éthique (annexe 16). La LQR est incontestablement la langue du consensus (annexe 17).

L'évitement des mots du litige


La chute du mur de Berlin et l'éclatement du bloc communiste ont été l'occasion d'un formidable nettoyage sémantique. Le point commun de ces mots défunts : ils font partie du vocabulaire de la lutte des classes. Lutte des classes, dictature du prolétariat, marxisme-léninisme ont disparu au profit des droits de l'homme et de la liberté d'entreprendre. Au sujet du mot « classes », Hazan dit : « Même la classe moyenne n'a plus la côte de naguère, elle dont le développement illimité, phagocytant les « extrêmes » a été l'idéal des penseurs modérés depuis Aristote ». Dans les expressions, couches, tranches, catégories on a autant de chance de rencontrer du conflit que dans une tranche de cake ou une couche de béchamel. De même opprimés, exploités existent encore au loin dans les favelas brésiliennes Le recollage permanent des morceaux ou les sweatshops asiatiques mais plus dans la démocratie libérale.


Afin d'éviter le pire il est parfois plus judicieux de réparer les mailles du filet en reconnaissant l'existence d'un conflit mais en expliquant que ceux qui expriment un désaccord ne sont pas des ennemis, ni même des adversaires. Ils sont tout simplement dans l'erreur car mal informés ou parce que leur niveau intellectuel ne leur permet pas d'avoir une vue juste du problème posé. Deux exemples :

Après le non du 29 mai 2005, tous les médias ont souligné que « la France du non » était surtout rurale et peu diplômée, jeune et peu fortunée. Bref si le non l'a emporté c'est à cause de jeunes ploucs sans argent ni éducation. On ne saurait leur en vouloir d'avoir mal voté. On leur a mal expliqué.

Lors de l'élection présidentielle de 2002, le recollage des morceaux s'est réalisé au nom de la lutte contre l'extrémisme et avec un certain succès puisque Chirac a été élu avec un score historique.

 

Il s'agit ensuite de faire croire à la population, qu'ils ne sont pas que des numéros tout en les maintenant dans le rang. Les cadres des années 1960 dont l'autorité reposait sur la stabilité et la hiérarchie ont été remplacés par des managers, des coaches, chargés non plus de contrôler mais d'animer. Ils sont intuitifs, humanistes, créatifs. Jamais dans les entreprises ont a autant parlé de confiance, de projet d'entreprise : fantasme d'une entreprise une et indivisible servant de substitut symbolique à l'entreprise de papa où on travaillait toute sa vie et où l'on montait les échelons un à un.
 
Pour donner corps à l'illusion de la cité unie, l'un des principaux procédés est la répétition :

Depuis les grèves de 95, le mot ensemble a proliféré : « vivre ensemble » (pub RTL), « lutter ensemble pour l'environnement, le pouvoir d'achat etc. » (grandes surfaces). Idem pour les expressions « rassembler », « rassemblement », « unité », « solidarité » (on pense à la vignette automobile de Paul Ramadier et au lundi de Pencôte non chômé de Raffarin), « solidaire » (économie solidaire). On devrait se souvenir que dans les années 30, le mouvement fasciste fondé par le parfumeur François Coty s'appelait la Solidarité française.

Il faut également montrer que les gouvernants ou dirigeants d'entreprises ne sont pas des oligarques « hors du commun » et ayant perdu contact avec la base. D'où le déni obsessionnel et pathétique qui consiste à marteler les mots « écoute », « proximité », « terrain ». Si le commerce de proximité est censé contrebalancer l'anonymat des grandes surfaces, ce qu'on cherche surtout à rapprocher de la population ce sont les institutions de la violence légale : justice de proximité, police de proximité. Quand au terrain, les ministres ne cessent de l'arpenter, en tous sens et en toutes saisons.

 

Le recours à l'éthique

Depuis vingt ans, on a vu proliférer des comités d'éthique (dont la composition fait parfois sourire ou pleurer). A d'autres institutions on demande de se prononcer sur le bien et le mal dans des domaines aussi variés que la bourse, le sport ou l'impartialité de l'information. L'équilibre est le mot clef de ces comités. Le comité d'éthique du CNRS sensibilise les chercheurs à la nécessité de garantir un juste équilibre entre leur liberté intellectuelle et leurs devoirs vis-à-vis du CNRS et de la société (curieuse proposition)
Retour donc à la bonne vieille morale, aux valeurs transcendantes, au sens du sacré. Si tout ne vas pas dans le meilleur des mondes possibles, c'est qu'il y a des fautes qui viennent troubler l'équilibre du marché. De vilains individus transgressent la norme morale régissant le processus d'accumulation des richesses. Pour calmer les inquiétudes devant un chaos chroniques, les analystes financiers mettent en cause le manque de rigueur, de transparence. Dans Et la vertu sauvera le monde (raisons d'agir 2003), Frédéric Lordon montre que le mécanisme premier qui mène aux malversations c'est bien la déréglementation financière. En attribuant les vices du système politico-financier au manque de vertu de certains dirigeants, on fait coup double :

D'un côté les censeurs manifestent leur courage et leur indépendance

De l'autre, on fournit à l'essentiel des maux des explications tenants à des personnes

L'article de Michel Rocard, paru dans Le Monde du 5 mars 2008, pour soutenir Parisot dans sa démarche de moralisation du capitalisme, illustre parfaitement ces faux problèmes éthiquement montés en épingle pour éviter les questions gênantes.
 
Conclusion 
Le travail de Klemperer puis d'Eric Hazan doit attirer notre attention sur le rôle du langage dans la construction d'un ordre économique et social et la représentation que l'on se fait de cet ordre. Car ce n'est pas seulement la pensée qui produit le langage, c'est aussi le langage qui fait la pensée.

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Annexe 2 :
Marché, Etat et sécurité sociale : analyse de quelques mots ou expressions 
D'après des textes réalisés par Les amis du Monde Diplomatique

 Déréglementation : Ce qui est dit dans le mot « déréglementation », c'est qu'il y a moins de règlements donc plus de libertés. Or la déréglementation ce n'est pas le recul de la réglementation, c'est la transformation de la nature de la réglementation (reréglementation)


Obligatoire : Dans le langage néo-libéral, s'applique aux prélèvements fiscaux (impôts) ou parafiscaux (santé, vieillesse), et s'oppose à volontaire. Est considéré comme obligatoire le supplément exigé, en fonction du revenu, pour couvrir les risques des assurés moins riches que soi. Il s'agit donc d'une extorsion, manifestation archaïque d'un pays qui n'est pas entré dans la modernité.


Volontaire : Adjectif s'opposant à obligatoire et qualifiant le seul type de cotisations admises pour couvrir les dépenses de santé ou à de retraite. Dans la pensée néolibérale, chaque individu cotise volontairement, pour le niveau de couverture (santé ou vieillesse) qu'il désire, étant entendu que ce niveau sera d'autant plus élevé que la cotisation sera plus importante. Ainsi, le pauvre choisira-t-il volontairement de ne pas être couvert contre les traitements les plus onéreux. Il endurera volontairement des coliques néphrétiques, patientera volontairement des mois durant avant une opération, perdra volontairement ses dents avant 40 ans, prendra volontairement son parti de ne pas faire soigner ses enfants, et, bien évidemment, passera volontairement de vie à trépas.


Train de vie de l'Etat : Cette métaphore « ménagère » suggère insidieusement que l'Etat dilapide l'argent des contribuables dans des dépenses somptuaires (chasses présidentielles, soupers fins, voitures de fonction). En fait, ces chapitres de dépense, pour scandaleux qu'ils soient, ne sont que broutilles. L'expression vise en réalité les dépenses d'éducation, de santé et de redistribution sociale, qui représentent une tout autre part des dépenses publiques.


Racket : Selon le Robert historique de la langue française, mot d'origine américaine, désignant une association de malfaiteurs se livrant au chantage et à l'intimidation pour extorquer des fonds. Dans le langage néo-libéral, toujours associé à l'adjectif fiscal, pour souligner l'illégitimité des prélèvements publics, et, plus largement, l'illégitimité de toute structure politique.


Problème des retraites : La retraite est une situation d'une personne qui, à un âge donné, a cessé de travailler, et qui touche une pension. Cette personne, aux yeux des néo-libéraux, est cause de scandale, puisque payée à ne rien faire. Ce scandale doit cesser. La retraite est donc associée à des termes comme question, problème, aveuglement, à des expressions comme situation explosive, bombe à retardement (métaphores guerrières destinées accentuer le caractère dramatique d'une situation), aller droit dans le mur (métaphore routière poursuivant le même but). L'objet de tout ce tintamarre est de reculer l'âge de départ à la retraite (si possible indéfiniment) et de baisser les pensions (si possible infiniment) afin de promouvoir les fonds de pension.


Charges sociales : L'emploi de l'expression « charge sociale » en lieu et place de « cotisation sociale » est très fréquent. Une charge c'est lourd donc pénible. L'alléger est toujours un soulagement. L'expression est donc à rapprocher de toute la rhétorique autour du thème du poids de la fiscalité. En réalité, les cotisations sociales ne constituent pas des prélèvements ou une taxe sur le travail. Elles sont un élément indissociable du salaire (salaire socialisé ou mutualisé). Pour les salariés, elles ne constituent donc ni un prélèvement, ni une charge mais un supplément. La cotisation sociale est constitutive de la reconnaissance sociale du travail.


Annexe 3 :
 
Le rôle croissant des experts et sa traduction sémantique : le mot « problème »
Problème : Les questions de société sont toujours présentées sous la forme de « problèmes » techniques très segmentés. Valéry Giscard d'Estaing, jeune ministre des finances de Pompidou, a beaucoup agit en faveur de la diffusion du mot « problème », notamment parce que ses origines aristocrato auvergnate lui faisait prononcer à la façon d'un bêlement : «Problaîme». Auparavant on parlait de « question » (« question d'Orient », « question sociale » etc.) mais à une question plusieurs réponses sont possibles (souvent multiples et contradictoires). Un problème lui n'admet en général qu'une solution et une seule (surtout lorsqu'il est posé en termes chiffrés). La démonstration, toujours présentée comme objective, obéit à des règles déterminées par des spécialistes. Passer de la question au problème c'est donc nier l'existence de conflits idéologiques et passer du débat public au travail d'expert.

Annexe 5 : 
Une langue qui a du mal à masquer son mépris


Populisme, populiste

(D'après un article du Plan B) : Le lendemain du 29 mai 2005, Serge July s'indignait de cette « épidémie de populisme» De nombreux experts de la gauche moderne repèrent les mêmes symptômes : « Le Non néerlandais renvoie en écho au Non français un même mot, "populisme" », « Les gouvernements de droite comme de gauche n'ont cessé de flatter le populisme » (Libération, 2.6.05 et 25.5.05), etc. Cette maladie populaire paraît d'autant plus grave que sexuellement transmissible, « pareille à une "vérole" antidémocratique que la France aurait propagée à travers l'Europe » (Alain Minc dans Le Figaro, 11.4.05), et importée d'un Venezuela où « Chavez le populiste » (17.2.05) fait régner un « populisme foncier ».

Autrefois on couronnait de ce terme, « populiste », les meilleures plumes. En 1953, Yves Gibeau, l'auteur d'Allons z'enfants et de Mourir idiot, avait reçu le Prix du Roman populiste pour Les Gros Sous. On avait également remis cette distinction à Louis Guilloux, à Eugène Dabit, à Maurice Carême, à René Fallet, etc. Le populisme est selon le dictionnaire une « École littéraire qui cherche, dans les romans, à dépeindre avec réalisme la vie des gens du peuple ». Que les journalistes aient sali, volé, trahi ce mot, qu'ils l'aient retourné en une insulte est le symbole d'un abandon, d'un reniement. Signe de leur renoncement à faire exister, dans leurs médias, ces « gens du peuple ». Le petit milieu de journalistes, d'artistes, de politiques, d'intellectuels qui s'alarme du « discours populiste de Pierre Bourdieu », du « vertige populiste » qui saisit l'Europe, de cette « dégénérescence plébéienne, parfois même populacière, de la démocratie », est un microcosme parisien constituant le « gratin » des classes moyennes. Un « gratin » qui vote à 60 % pour le Oui (contre 79 % des ouvriers pour le non, 67 % des employés, 71 % des chômeurs, d'après la Sofres). C'est ce même « gratin » qui frôle la syncope en pénétrant dans un HLM à Outreau : « Monter les marches qui mènent vers les appartements [...], c'est pénétrer dans un autre univers. [...] Ici, on cuisine un chou au son criard d'une télévision. Là, un couple se dispute violemment. » etc. (Le Nouvel Observateur du 24.1.02).


Egalitarisme :

Doctrine visant l'égalité par nivellement des couches les plus favorisées. Ce terme, à connotation péjorative, exclusivement utilisé par la droite pour déconsidérer la gauche, est révélateur en ce que le locuteur se place non du côté de celui qui veut s'élever, mais de celui qui craint qu'on l'abaisse. Il est révélateur en ce qu'au lieu de penser au nécessaire dont est privé celui qui aspire à l'égalité (toit,santé, éducation, retraite), ce même locuteur appréhende pour le superflu (golf, véhicule 4x4, caviar, Seychelles) dont il s'imagine qu'on va le priver. Il est révélateur en ce qu'il établit un lien entre la richesse des uns et la pauvreté des autres. Il est révélateur en ce qu'il lui apparaît moralement nécessaire que certains soient récompensés dans l'exacte mesure où d'autres sont punis. Celui qui prononce le mot égalitarisme pense : « C'est bien beau d'être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas ».


Sous (dans des expressions comme sous-continent sud-américain) :

Le sous signifie « subdivision de ». Et on pourrait parler, tout aussi valablement, du sous-continent nord-américain. En fait, ce sous signifie «sous développé», «sous-démocratique», «subordonné». Et cette notion est insidieusement confortée par la représentation cartographique, qui place l'Amérique latine sous l'Amérique anglophone. S'emploie aussi, avec la même intention, pour parler de la péninsule indienne (Pakistan, Inde, Bangladesh).


Tendance :

Le Forum Social de Porto Alegre [de 2002] est "tendance" pour le Chroniqueur économiquement correct. Autrement dit, le Forum Social ne serait que le Festival de Cannes du monde socio-politique, selon les dires de ce chroniqueur. Plutôt que de s'opposer idéologiquement à ce Forum, il en vide la substance en le réduisant à un événement purement démagogique (fait indéniable pour cause de campagne électorale en perspective mais qui ne saurait être le qualificatif exclusif de cette rencontre). De tels propos cherchent donc à nier l'existence d'une réelle alternative au monde néo-libéral ambiant, ainsi qu'à rallier le grand public en invoquant l'argument fallacieux qu'est la démagogie. Par contre, pour le Chroniqueur économiquement correct, choisir New York (et non Davos) pour le Forum Economique de 2002 n'est pas du tout tendance.


Théologiques :

Qui traite de Dieu et des questions liées à la religion. Par extension, entendre débats byzantins, ergotant à l'infini sur des points de détail à mille lieues de la vie réelle. Se dit de tous les points qui occupent la pensée des hommes politiques, journaux ou syndicats français (en général de gauche) et portant sur la réduction de la durée du travail, la redistribution des richesses, la protection des salariés, la Sécurité sociale, etc.


Sacro-saint :

Employé ironiquement pour désigner une institution vis-à-vis de laquelle on manifeste un respect exagéré. Se dit de la durée quotidienne ou hebdomadaire du travail, des congés payés, du salaire minimum, de la retraite par répartition. Ex de phrase : les ouvriers s'accrochent à leur sacro-sainte pause déjeuner. Traduction : ils refusent de travailler 11 heures d'affilée pour saboter le repas de leur patron chez Lasserre.


Vaches sacrées :

Animaux étiques, sans viande ni lait, qui vaquent paisiblement dans les rues indiennes, immobilisant par caprice toute la circulation sans qu'on puisse les déloger – sauf à se faire lyncher par la population. Par extension, se dit des institutions archaïques (SMIG, Sécurité Sociale, droit de grève, droit à la retraite, congés payés, droit du travail), permettant aux ratés (pauvres, smicards, titulaires du RMI) de narguer les décideurs en bloquant les bolides de l'économie, alors qu'il serait si simple de les faire déguerpir à grands coups de pied dans le bas du dos.


Dégraissage, dégraisser : Au sens propre, enlever la graisse. Depuis 1974, date de la crise pétrolière – et de la crise tout court – le mot s'emploie pour «effectuer des économies », en taillant dans les effectifs d'une entreprise, les salariés de celle-ci étant substantivés en graisse, donc en matière superflue, laide, inutile, néfaste. Il faut bien se représenter ceci : l'être humain est ravalé au rang de la matière. C'est l'essence du racisme, qui noie le sujet dans la masse indistincte de son «espèce ». Conseil pratique : conserver bien au chaud, dans le creux de sa main, une gifle pour ceux qui profèrent cette insanité.

Annexe 6 :

Une gauche qui n'est pas immunisée
 
Extrait de l'article La nouvelle vulgate planétaire de Pierre Bourdieu dans le MONDE DIPLOMATIQUE de mai 2000 :
La diffusion de cette nouvelle vulgate planétaire - dont sont remarquablement absents capitalisme, classe, exploitation, domination, inégalité, autant de vocables péremptoirement révoqués sous prétexte d'obsolescence ou d'impertinence présumées - est le produit d'un impérialisme proprement symbolique. Les effets en sont d'autant plus puissants et pernicieux que cet impérialisme est porté non seulement par les partisans de la révolution néolibérale, lesquels, sous couvert de modernisation, entendent refaire le monde en faisant table rase des conquêtes sociales et économiques résultant de cent ans de luttes sociales, et désormais dépeintes comme autant d'archaïsmes et d'obstacles au nouvel ordre naissant, mais aussi par des producteurs culturels (chercheurs, écrivains, artistes) et des militants de gauche qui, pour la grande majorité d'entre eux, se pensent toujours comme progressistes.


Développement, développement durable :

Les notions de développement et de progrès sont inconnues des sociétés qui n'ont pas vécu la révolution philosophique et scientifique du 18° et 19° siècle. Il n'existe donc pas d'autres formes de développement que le développement occidental, reposant sur la croissance. Or c'est bien le développement (puisqu'il n'y en a qu'un) qui est à l'origine des difficultés actuelles. Défendre le développement c'est donc « se tirer une balle dans le pied ». Pour les «anti-développement», la mise en œuvre de modèles économiques alternatifs n'est possible que si l'on « sort » de l'idéologie du « développement » ou du « progrès ». C'est bien parce que la notion de « développement - durable » ne remet pas en cause la croissance, que tous les gouvernements ou multinationales du monde se sont emparés de cette notion. En effet, dès l'origine, les institutions internationales (nations unies, banque mondiale …) envisagent la croissance comme une condition du « développement durable ». Cette notion repose sur le pari irréaliste que le maintien des équilibres écologiques ou sociaux est compatible avec la poursuite infinie de la croissance et que les recours industriels (nouvelles technologies) permettront de sortir de l'impasse. Défendre le développement durable, c'est donc ne rien vouloir changer sur le fond.


Alter mondialisme, autre mondialisation :

« Autre » est un adjectif commode qui permet de concilier sans frais acquiescement et refus. C'est le pendant d'un célèbre « oui, mais », une sorte de « non, mais », l'amorce d'une trahison. Ainsi dira-t-on « une autre mondialisation » pour exprimer un refus de la « mondialisation néo-libérale ». Mais, qu'est-ce que la mondialisation si ce n'est un euphémisme d'«impérialisme américain»  (ou plus précisément de la mise en coupe réglée de la planète par les puissances financières, sous l'égide des intérêts américains) ?


En réalité, il n'existe pas d'autre mondialisation que celle là. Bien sûr, « si tous les gars du monde voulaient se donner la main…tout autour de la terre…» il en irait peut-être autrement, mais il faudrait être bien naïf pour voir dans cette image poétique une figure possible de la mondialisation. Se dire partisan d'une autre mondialisation, fût-elle «citoyenne», c'est sauter le pas, c'est franchir le Rubicon, c'est faire la concession mortelle. Il faut, si nous voulons redonner un sens aux mots, et une pertinence aux idées, mettre un terme à ces formules euphémiques. Il n'y a qu'une seule manière aujourd'hui de s'opposer à la mondialisation, c'est d'être résolument anti-mondialiste.


ANNEXE 7 : Une langue qui s'appuie sur une série d'oppositions et d'équivalences
«  Comme toutes les mythologies de l'âge de la science, la nouvelle vulgate planétaire s'appuie sur une série d'oppositions et d'équivalences, qui se soutiennent et se répondent, pour dépeindre les transformations contemporaines des sociétés avancées : désengagement économique de l'Etat et renforcement de ses composantes policières et pénales, dérégulation des flux financiers et désencadrement du marché de l'emploi, réduction des protections sociales et célébration moralisatrice de la « responsabilité individuelle » 

(Extrait de l'article La nouvelle vulgate planétaire de Pierre Bourdieu dans le MONDE DIPLOMATIQUE de mai 2000)
Le marché et l'Etat dans la LQR (Source : La nouvelle vulgate planétaire - Pierre BOURDIEU - LE MONDE DIPLOMATIQUE - mai 2000)

                         Marché

    Etat

      liberté

      contrainte

      ouvert

      fermé

      flexible

      rigide

      dynamique, mouvant

      immobile, figé

      futur, nouveauté

      passé, dépassé

      croissance

      immobilisme, archaïsme

      individu, individualisme

      groupe, collectivisme

      diversité, authenticité

      uniformité, artificialité

      démocratique

      autocratique (« totalitaire »)

 

 

La modernité / L'archaïsme
 
Modernité, moderniser :

Sans avoir de penchant pour l'un ni pour l'autre, on peut remarquer que la modernité est toujours associée au libre échange, à la monnaie forte, à l'Europe du libéralisme et des privatisations, etc. tandis que l'archaïsme est associé au secteur public, au peuple, aux syndicats, à l'Etat "providence". Moderniser est le dernier avatar d'un concept connu également par les verbes et expressions restructurer, rationaliser, dégraisser, présenter un plan social, et qui ne signifie rien d'autre que licencier, jeter les gens à la rue, tailler dans les effectifs. Mais on n'est plus aussi grossier : on est moderne.


Archaïque (archaïsme) :

Traction hippomobile, lampe à pétrole, moulin à eau, impôt, salaire minimum, congés payés, grève, conventions collectives, retraite par répartition, refus de la Bourse. Les Français, non contents de garder leurs habitudes archaïques, s'y vautrent. Ainsi en est-il de leur regrettable réticence à l'égard de la Bourse, de leur attachement lamentable à des pratiques incompréhensibles, telle la réduction du temps de travail, que les pays étrangers considèrent avec la condescendance qui sied à ce genre de fantaisie. Superlatif : paléolithique. Interviewé sur son livre «Ma vérité sur la planète», CLAUDE ALLÈGRE affirme dans Matin Dimanche (mai 2007) qu'« il n'est pas réaliste de dire qu'il faut arrêter de se développer, de se déplacer en avion, d'utiliser la voiture. C'est une attitude négative, régressive mais surtout idiote, car personne ne suivra cette ligne qui nous ramène aux cavernes ».

Conservatisme :

Respect exagéré d'institutions absurdes, périmées, inefficaces et injustes. Parmi elles, S.M.I.C., retraite, congés payés, Sécurité Sociale, Code du Travail. Ce conservatisme nuit aux deux extrémités de l'échelle sociale : aux pauvres, auxquels il interdit de travailler pour un salaire de misère et aux investisseurs, qu'il décourage d'investir dans des pays abritant des institutions aussi obsolètes. Ce conservatisme prend aussi le nom de lourdeur (en général associée à bureaucratique), de rigidité (associé à culturelle), de corporatisme (associé à syndical), de crispation (associée à d'un autre âge).


Retard :

Dans le domaine économique et social, s'entend d'un niveau inférieur de la prospérité économique. Un pays où l'éventail des revenus est resserré est un pays en retard. Un pays où les riches s'enrichissent au détriment des pauvres est un pays en avance. Le retard se dit aussi de l'absence de possession d'un certain nombre d'objets d'autant plus précieux qu'ils sont inutiles, chers et ostentatoires : téléphone portable, micro-ordinateur, Palm-Pilot. Le retard consiste à faire ses courses au marché plutôt que par Internet et de se les faire livrer par des grouillots (baptisés emplois de proximité).


Eux / Nous 
Etrangers (pays) :

Les mêmes que l'on trouve dans la Communauté internationale. Les pays étrangers n'ont pas de prélèvements obligatoires, pas de Sécurité sociale (ou très peu), une administration respectueuse envers les riches, beaucoup d'actionnaires. Les pays étrangers sont donnés en exemple de dynamisme, de modernité.

Exception (française) : La France, par rapport aux pays étrangers, est une triste exception. Secteur public pléthorique (et inefficace), réglementation tatillonne (kafkaïenne), impôts et prélèvements confiscatoires. Elle doit marcher dans le bon sens car on ne peut avoir raison contre tous.

Au XVIe siècle, la France chrétienne s'est alliée aux Infidèles et a fait échec à Charles Quint. Au XVIIe siècle, durant la guerre de Trente ans, la France catholique s'est alliée aux hérétiques suédois contre les puissances catholiques, et l'Empereur a cédé. A partir de 1789, la France a défié l'Europe monarchique, et, au XIXe siècle, les principes révolutionnaires ont sapé les gouvernements d'Ancien Régime. Dans les années 30 du XXe siècle, la France, sur le continent, était un des rares pays à ne pas avoir sombré dans la dictature de droite. Les régimes de cette espèce ont fini dans le sang, l'opprobre ou le ridicule. De tout temps, des Français (Ligueurs, Dévots, Emigrés, fascistes, aujourd'hui ultralibéraux) n'ont vu dans leur pays qu'un clou qui dépasse et qu'il faut enfoncer à coups de marteau.


Franco-français :

Adjectif très prisé du Chroniqueur économiquement correct. Qualifie des préoccupations, des idées, des discussions, des moeurs dont ne sont pas affligés les pays étrangers. Il est franco-français de se demander si la retraite par capitalisation sert à quelque chose, il est franco-français de discuter du niveau du salaire minimum. Dans les pays étrangers les pauvres n'ont pas besoin de fonds de pension, ils sont morts avant (non sans avoir cotisé pour les riches). Ce qui est très franco-français est de se complaire dans des débats archaïques et des idées paléolithiques.


Bons ou mauvais élèves (de l'Europe, du F.M.I., de la Banque Mondiale, de l'O.C.D.E. etc.) :

Comme à l'école, le bon élève ne se distingue pas par ses facultés intellectuelles, mais par ses résultats et sa capacité à intérioriser les normes. Jeune, le bon élève apprend ses leçons, soigne ses devoirs ; adulte, le bon élève privatise, déréglemente, baisse les impôts. Le bon élève, qui sourit aux citations latines du professeur prépare le souple énarque, qui comprend à demi-mot les allusions du président de la multinationale et les traduit dans un projet de loi sans faiblesse. Un peu de servilité ne messied pas au bon élève : "Chef, chef, je peux tutoyer votre chien ?"

 

Réaliste / Utopique
 
Pragmatique :

Dans le langage moderne, qui recherche l'utilité et l'efficacité. Par glissement de sens, qui prend les choses telles qu'elles sont et ne cherche pas, au nom des idéologies, à les changer. Par exemple, une usine qui pollue exige d'énormes investissements pour être propre. Mais pourquoi exiger cela de ses propriétaires, qui risqueront alors de la transférer vers des cieux plus cléments ? On est donc pragmatique, on ne lui impose rien. Les ouvriers ont le S.M.I.C. en salaire et le cancer en prime.


Dogme :

Dans la bouche du Chroniqueur économiquement correct, désigne la retraite à 60 ans, le S.M.I.C, les conventions collectives. Synonymes : idéologies (au pluriel), politiquement correct, théologie, théologique


Idéologies :

Employé au pluriel, pour déconsidérer le concept. Pour un esprit superficiel, peut laisser penser qu'il s'agit des idéologies qui se sont succédé au cours du XXe siècle : socialisme, communisme, fascisme, nazisme, franquisme, justicialisme, salazarisme, etc. En fait, implicitement réservé aux seules idéologies de gauche, et même à la seule pensée de gauche en général (de Laurent Fabius à Arlette Laguiller). Est employé pour évoquer massacres, inefficacité économique, dictature. Est idéologique ce qui contribue à diminuer les revenus des plus riches. Très bien porté : confondre dans le même opprobre idéologies d'extrême droite et d'extrême gauche, exercice qu'affectionne Jean-François Revel.


Idéologique :

S'oppose à réalisme, pragmatisme. Assurer à chacun un logement décent, des soins de qualité, une éducation correcte est idéologique. Laisser croupir les pauvres dans des taudis, leur refuser l'accès aux soins, leur dispenser une éducation au rabais, les abrutir de télévision est réaliste.
 
Surréaliste : Dans le langage du Chroniqueur économiquement correct, tout ce qui entre en contradiction avec la réalité, définie par les marchés et les chefs d'entreprise. Sont donc surréalistes les 35 h, le SMIG, le droit de regard des syndicats, le Code du Travail, la taxe Tobin, la volonté de démantèlement des paradis fiscaux, etc. Pour le Chroniqueur économiquement correct, Bernard Thibault (secrétaire général de la C.G.T.) est le successeur d'André Breton.

Utopique :

Chimérique, illusoire, irréalisable : par exemple des services publics efficaces, un Etat économe des deniers publics, un impôt équitable. Prétendre réaliser l'utopie relèverait donc d'un manque de réalisme rédhibitoire ou d'une perversion surréaliste. N'étaient-ce pas ces trublions de mai 68 qui demandaient : « soyez réalistes : exigez l'impossible » ? A présent que l'ère de la rationalité et du pragmatisme est heureusement advenue, on est enfin débarrassé de ces scories idéologiques. Il n'est pourtant pas aussi assuré que l'on puisse ainsi congédier l'étymologie du mot et son histoire, ignorer par exemple que «utopie» signifie étymologiquement «d'aucun lieu», et que le mot a été créé, au XVIe siècle par Thomas More, pour brosser le tableau d'une société idéale. Dire que ce qui, aujourd'hui relève de l'utopie, ne trouvera jamais un commencement de réalisation, relève alors de l'interprétation et d'une conclusion plutôt hâtive. Qui peut assurer que l'utopie d'aujourd'hui ne nourrira pas la réalité de demain, et qu'il ne faut pas «vouloir l'impossible pour réaliser tout le possible» ?

Tabou / Politiquement correct


Il est tabou de dire qu'on veut supprimer le S.M.I.C., la Sécurité Sociale, la retraite par répartition. Ne plus avoir de tabou, c'est dire que les pauvres sont paresseux, incapables, moches, méchants et contrefaits. Ne plus avoir de tabou, c'est se moucher dans la nappe. Le « politiquement correct », expression voisine d'idéologique et d'idées de gauche, est une dictature de la pensée, qui empêche de qualifier le chômeur de paresseux, le fonctionnaire de vampire, le pauvre de rebut, l'Etat de parasite, la Sécurité Sociale de monstre, l'impôt de supplice, François Pinault de génie et Bill Gates de bienfaiteur de l'humanité.

Ouvert d'esprit, modéré, nuancé / Etroit d'esprit, extrémiste, manichéen

Les opposants à la mondialisation libérale, dont l'esprit est résolument étroit, sont peu enclins au dialogue. Ils imposent une véritable dictature de la pensée. Le mot modéré est un terme employé par le Chroniqueur économiquement correct, pour qualifier la gauche qui ne verse pas dans l'extrémisme d'Attac. Chacun sait que les pauvres perdent leurs dents très tôt, faute d'argent pour se les faire soigner. Eh bien, être "modéré" c'est penser que ces pauvres ont bien de la chance car ils pourront toujours manger du potage. Sont taxés de manichéens les jugements sans nuance de la gauche anti-libérale qui tranchent avec la finesse des analyses libérales (« Le chômage est volontaire »« Les partisans du Non sont d'extrême droite » etc.)
ANNEXE 8 : Merveilles de l'euphémisme
D'après des textes réalisés par Les amis du Monde Diplomatique et le l'ouvrage d'Eric Hazan LQR

 

    1. Annexe 16 : Effacer la division
      Effacement des rapports d'exploitation dans l'entreprise
Dans la LQR de l'entreprise, on ne dit pas … On dit …
Cadres Managers, coaches (contrairement au cadre, il ne contrôle pas : il anime)
Accroissement de la charge de travail des salariés, gains de productivité Satisfaction du client, respect des délais, qualité du service, autonomie, prise de responsabilité, projet …
    1. Effacement des pauvres et des riches
Dans la LQR, on ne dit pas … On dit …
Pauvres Exclus, couches défavorisées, gens modestes (ce qui implique une modération dans les exigences ; de la population des modestes émerge parfois une figure brillante dont les origines sont toujours soulignées)
Chômeurs Demandeurs d'emplois
Femme de ménage, surveillant général des lycées, jardinier ou promeneur de chiens etc. Agent d'entretien, conseiller principal d'éducation, emplois de service etc.
Riches Les classes moyennes supérieures, les élites
  1. Effacement des classes sociales et des conflits sociaux et idéologiques
  2. Dans la LQR, on ne dit pas …
  3. On dit …
  4. Classes
  5. Couches sociales (d'une rassurante horizontalité), 
  6. tranches (d'âge, de revenus, d'imposition), 
  7. catégories (socioprofessionnelles ou autres), milieux (financiers, cycliste, théâtral …) 
  8. Milieu Terme utile car il permet d'admettre l'hétérogénéité de la société (milieux d'affaires, milieu cycliste …) tout en évitant l'idée d'une division de la société en groupes d'intérêts contradictoires. Les milieux sont censés avoir des opinions, faites tantôt d'inquiétude (« les milieux financiers s'alarment de la montée du pétrole ») tantôt faites de satisfaction mais toujours unanimes. A l'inverse du meson des grecs (centre de la cité, qui était précisément le lieu de débat public), un milieu ne saurait être divisé.
  9. Prolétariat Classe ouvrière Opprimés Exploités
  10. Exclus. Il n'existe pas d'exclueurs identifiables contrairement aux exploiteurs du prolétariat : les exclus ne sont les victimes de personne. C'est pourquoi l'Etat se doit d'aider les exclus. Ce glissement sémantique amène donc à accepter que la lutte contre l'injustice soit remplacée par la compassion, l'action humanitaire. A « Jean Valjean » homme du peuple héroïque, succède le pitoyable exclu, défini d'aborrd par le fait d'être « sans » : sans parole, sans domicile, sans papiers, sans travail, sans droits. Mais attention, trop de compassion il ne faut. Dans une société où chacun est entrepreneur de soi-même, les exclus sont parfois (souvent) responsables de leur situation. C'est pourquoi pousser l'Etat à secourir les exclus est une tentation à laquelle il faut résister.
  11. Bourgeoisie Patrons Exploiteurs Classe dominante Oligarques
  12. Investisseurs (fonds de pension qui dans la réalité n'investissent pas mais s'enrichissent sur le marché financier), 
  13. milieux financiers ou d'affaires, marchés (autre nom de « Dieu »), 
  14. élites (relève du registre sportif plus que du domaine politique), 
  15. contraintes extérieures (expression vague et impérieuse qui signifie « les exploiteurs des autres pays »)
  16. Lutte des classes Conflit Grève Ennemis de classe
  17. Mouvement social, dialogue social, partenaires sociaux (syndicats et patrons sont des alliés qui oeuvrent ensemble au maintien de la paix sociale)
  18. Maintien de l'ordre social
  19. Maintien de la cohésion sociale
  20. Peuple (trop politique)
  21. Population (plus neutre), Consommateurs (contribue à naturaliser les rapports marchands)
  22. Tiers-monde (évoque trop les luttes de libération des années 60)
  23. Pays en voie de développement ou pays émergents
  24. Le préfixe « post »
    Le préfixe post donne à peu de frais l'illusion du mouvement là où il n'y en a pas. L'expression Post-colonialisme, par exemple, vise à faire oublier que le pillage continue et qu'en France sévissent toujours l'imaginaire et les pratiques coloniales (exemple de la loi du 10 février 2005 imposant aux programmes scolaires d' « accorder à l'histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu'elle mérite »)
  25. L'expression post-taylorisme au sujet des nouvelles formes d'organisation du travail que l'on range sous l'expression de toyotisme, offre quant à lui l'avantage de renvoyer dans le passé la barbarie du travail parcellisé, alors même que le travail parcellisé et codifié s'étend partout, y compris dans les services (agents d'entretien, employés de la restauration, opérateurs téléphonique …)

L'expression société post-industrielle a l'avantage de renvoyer l'usine et les ouvriers dans le passé et du même coup la lutte des classes dans le placard des archaïsmes. 

Le recours à l'éthique pour créer le consensus
Ethiques, (fonds, placements) : Oxymore donnant une touche de moralité à la finance. Pour faire accepter aux Français englués dans leur archaïsme les fonds de pension salvateurs, on enveloppe ceux-ci sous un emballage seyant. Le raisonnement est le suivant : « Vos cotisations de retraite, versées dans des fonds de pension, sont placées en Bourse. Là, elles sont investies dans des entreprises respectant l'environnement, les lois du pays, les normes sociales et la morale (pas d'argent pour les fabricants de mines antipersonnel). Tout est alors pour le mieux dans le meilleur des mondes et grâce au capitalisme, les ouvriers sont maîtres des entreprises. 

Inutile de préciser que des fonds soumis à autant de contraintes sont d'un faible rapport ! En fait, leur but réel est de subvertir la démocratie, de retourner au suffrage censitaire, où l'individu n'a de droits qu'en tant que possédant. Les capitalistes sont certes supprimés, mais comme dans la célèbre anecdote où un ethnologue demande s'il n'y a plus d'anthropophages dans la tribu qu'il vient de découvrir, et à qui on répond : « Non, on a mangé le dernier à midi ».

Transparence : Le mot transparence est devenu le plus à la mode alors même que l'opacité politique, financière, policière est de plus en plus dense. La transparence est invoquée – et exigée – pour justifier aux yeux des actionnaires les rémunérations pharaoniques des hauts dirigeants : président directeur général, directeur général, président du conseil d'administration et autres élites. En effet, le péché suprême n'est pas de gagner beaucoup, mais de dissimuler ce que l'on gagne. 

Dans cette optique, un haut fonctionnaire des finances touchant une enveloppe de 50 000 francs non inscrite au budget est plus coupable qu'un P.D.G. auquel son actionnaire consent 200 millions en stocksoptions. Le scandale – le montant de la rémunération – est effacé par la grâce de la transparence. La « transparence » est même confiée aux renseignements généraux : « Dès mon arrivée au ministère (de l'intérieur) j'ai demandé à avoir une photographie la plus précise possible de la situation de l'islam en France. Car sans ce travail de transparence, c'est la peur qui l'emporte » (Dominique de Villepin, Le Parisien, 7 décembre 2004)
Exemple de l'article de Rocard pour soutenir Laurence Parisot dans sa démarche de moralisation du capitalisme : Dès la fondation du capitalisme, nombreux furent ceux qui remarquèrent qu'il avait d'autant plus besoin d'éthique qu'il avait moins besoin de règles. (…) Pour moi, la cause est entendue : le capitalisme sombre sous l'immoralité. Nous sommes en train de découvrir qu'il risque techniquement d'y succomber. (…) Le combat de Mme Parisot nous concerne donc tous : il ne s'agit pas seulement de redonner sa dignité à un système qui en a bien besoin, mais surtout de lui permettre de revenir à un fonctionnement efficace et régulier. Nous avons choisi la libre entreprise. Elle exige de bons patrons, respectables et intègres. Sans éthique forte, il n'y a plus de capitalisme. Il va probablement devenir nécessaire que la règle publique y pourvoie. (Michel Rocard – Tous derrière Laurence Parisot - Le Monde du 05 mars 2008)

 

ANNEXE  17 - La LQR : la langue du consensus
Naturaliser le libéralisme et générer un certain fatalisme

La LQR a parfois pour objectif d'opérer une certaine démoralisation de l'auditoire, d'engendrer un certain fatalisme face aux effets engendrés par la mondialisation néo-libérale. C'est le rôle de tous les discours fatalistes portant sur l'évolution, le poids des contraintes (budgétaires, extérieures), la vitesse des changements (« circulez y a rien à voir et y a rien à faire ! »), la mondialisation  etc.
  En réalité, la mondialisation n'a rien d'inéluctable. Elle est même en grande partie un mythe et comme le dit très justement Pierre Bourdieu, elle « n'est pas une nouvelle phase du capitalisme mais une « rhétorique » qu'invoquent les gouvernements pour justifier leur soumission volontaire aux marchés financiers ». Autrement dit, tout se passe à l'échelon national. 

Le mot évolution est un succédané du mot "Progrès", qui a pris un coup de vieux depuis qu'il s'est compromis dans des aventures douteuses (Hiroshima ou Tchernobyl, par exemple). « L'Evolution" est donc au "Progrès" ce que les œufs de lump sont au caviar : moins somptueux, mais moins ostentatoires et moins compromettants. Le mot "Evolution" ne présente que des avantages. Comme le mot "Progrès", il prend une majuscule, mais il peut de plus se prévaloir d'une caution scientifique incontestable : le darwinisme. 

Contester les vertus du libéralisme ou la nécessité de la mondialisation, c'est mettre en cause les lois sacrées de l'Evolution ; c'est offenser à la fois Darwin et la Science, l'Homme et la modernité. Peut-on imaginer un archaïsme plus désolant ? Qu'on se le dise : le Progrès est mort, vive l'Evolution. Mais à y bien penser, cette Evolution, n'est-ce pas la version modernisée du "Sens de l'Histoire" dont on nous parlait autrefois ? Ah mais ! Gardons-nous d'exhumer des concepts défunts, comme les idéologies qui les ont nourris. Ce n'était pas le "libéralisme", on s'en souvient, qui allait dans le sens de l'Histoire, mais la "société sans classes". On comprend pourquoi il a fallu décréter la "fin de l'histoire". L'Evolution, au moins, c'est naturel, comme les lois de l'économie. Qui osera donc discuter la Nature, Dieu, le Marché ? 

Le mot inéluctable, souvent associé à évolution est utilisé par les néo-libéraux pour signifier que les changements en cours ne peuvent pas être évités et qu'il ne sert à rien que le peuple ignare essaye de s'y opposer.
 

Opposer la minorité mal avisée contre l'unanimité bien pensante 
Communauté internationale : Toujours associée à empêcheurs de danser en rond (tels Saddam Hussein, Slobodan Milosevic, Fidel Castro). Contre ceux-ci (qui la défient), la Communauté internationale s'indigne, se mobilise, etc. 

La Communauté internationale représente les gouvernements du monde et leurs opinions publiques, à condition d'en ôter… l'Afrique, les pays musulmans, l'Inde, l'Indochine et l'Insulinde, la Chine, l'Amérique latine, l'ancienne U.R.S.S. 

Restent les pays anglophones et germanophones, le Japon, plus, sur des strapontins, quelques pays méditerranéens (avec un strapontin plus grand pour la France). S'agit-il de toute la population de ces pays ? Pas davantage. La communauté internationale, c'est l'opinion publique façonnée par les grands médias. Que reste-t-il comme précipité au fond de la cornue à l'issue de ces distillations (en France, par exemple) ? Deux chaînes de télévision, plus trois stations de radio, plus Le Monde, Le Figaro, Libération, L'Express, Le Point, Le Nouvel Observateur. 

Autre synonyme : pays étrangers.
 Opinion publique : Mesurée par les instituts de sondage, l'opinion publique pense que les services publics ou la protection sociales doivent être réformés. L'opinion publique c'est la majorité, c'est Dieu. Exit les conflits sociaux ou idéologiques. 

« Tout le monde le sait que » : Argument d'autorité employé par le Chroniqueur économiquement correct pour conférer la force de l'évidence à ses propos. 

Variantes : « tous les économistes le savent », « tous les politiques le reconnaissent », « tous les syndicalistes l'avouent ». En général, chez le Chroniqueur économiquement correct, les syndicalistes avouent en cachette ou sous le manteau.
 

Le pronom personnel « on » : Un des procédés stylistiques préférés du Chroniqueur économiquement correct est de commencer ses phrases par : « qu'on le veuille ou non ». Ce pronom [on] est trompeur, car la phrase vraiment pensée par est : « que vous le veuillez ou non ». S'incluant dans les auditeurs par le « on », il rend ce qui va suivre moins provocant à admettre puisque lui-même s'y soumet (ex. : qu'on le veuille ou non, « les Allemands ont gagné la guerre et il faut se soumettre aux conditions d'armistice »). Traduction en langage de l'an 2000 : «la mondialisation est irrésistible et, qu'on le veuille ou non, il faut se soumettre à ses conditions».

Corporatiste : Traduction : les salariés ne défendent pas des droits universels mais seulement leurs privilèges.
 

Représentativité : La lutte contre la mondialisation libérale est davantage le fait des associations – parfois informelles – que des partis ou des syndicats. Cela inquiète les Importants. Mais qui sont ces organisations ? Quelle est leur légitimité ? Qui représentent-elles ? Comment sont-elles élues ? Par qui sont elles reconnues ? Où est leur siège ? Leur banque ? Où sont leurs actionnaires ? Outre qu'il est plaisant que ces questionneurs ne s'interrogent ni sur la légitimité du Forum de Davos, ni sur celle de la société du Mont-Pèlerin, ni sur celle du Club de Bilderberg, ni sur celle de la Trilatérale, ni sur celles de Cato Institute ou d'Heritage Foundation, ni sur celle de ces officines qui se permettent de noter les Etats, on peut se rappeler que, entre 1940 et 1944, le haut commandement allemand, inquiet, pointait un doigt accusateur : mais qui sont ces résistants ? Quelle est leur légitimité ? Où est leur uniforme ? Où sont leurs officiers ? Où est leur Quartier général ? Où est leur artillerie ? Tels maîtres, telles questions

ANNEXE  18 Joue avec nous et réalise ces exercices de «désentubage» sémantique !
Le but est simple : il s'agit d'analysez ces déclarations en repérant les procédés ou caractéristiques propres à la novlangue libérale.

  1. « Il y a une « voie française » pour la réforme. J'en suis convaincu : c'est une voie qui n'est pas idéologique. L'idéologie conduit à l'impasse et à l'immobilisme. (Cette voie française) repose sur une équation que je résume ainsi : « Réforme = écoute + justice + fermeté » (…) Il faut que la réforme soit équitable et qu'à cette fin, elle repose sur des leviers de justice solides. » (Jean Pierre Raffarin Entretien au Figaro Magazine (6 septembre 2004)
« Il n'est pas acceptable que le progrès économique ne soit pas partagé par tous. (...) Ces difficultés, ces drames, cette fracture sociale qui menace de s'élargir en une fracture urbaine, ethnique et parfois même religieuse, ne sont pas des fatalités » (Le président de la République le 21 octobre 2003 à Valenciennes).

 

    1. ANNEXE  19 - Cours d'autodéfense intellectuelle : Quelques procédés rhétoriques
Type d'argument Exemples Objectif
1. L'argument d'autorité  Arguments faisant appel à une autorité intellectuelle, scientifique, économique, politique, journalistique … Recours fréquent à l'argument scientifique, à l'autorité du chiffre absolu (sans valeur) - « Selon le dernier rapport du FMI … » - « Mr Camdessus dit que … »  - « D'après le journal … » Impressionner
2. La généralisation abusive, le jugement sans nuance (à l'emporte pièce) - Il est évident que … - Tous les experts sont d'accord … - Chacun sait que … Faire entrer l'interlocuteur dans un cadre de réflexion pré-établi afin d'évacuer tout débat ou toute discussion sur ce cadre
3. L'effet de complexité ou de vitesse Il s'agit d'affirmer la complexité du réel, d'insister sur la vitesse des changements - Le problème des retraites est un problème techniquement complexe - Les frontières sociales se brouillent, les échanges et les mutations technologiques s'accélèrent … - Créer un brouillard occultant les grandes lignes de force à l'œuvre dans l'économie et la société - Eloigner le profane et créer un sentiment de découragement : « c'est trop compliqué pour vous », « les choses vont trop vite, on ne les maîtrise pas, donc on y peut rien »
4. L'argument de qualité Recours aux jugements qualitatifs ou moraux. On joue sur la confusion des registres entre morale, politique, religion, économie etc. Le discours jouxte les jugements de valeur (le bien, le mal)  - Attribution aux individus de vertus ou vices - On met sur un même plan des mots relevant de registres différents (exemple : l'équité qui contrairement à l'égalité n'est pas une notion économique)  - Connotation positive ou au contraire péjorative du vocabulaire - Il y a les bons et les mauvais pauvres  - Les riches ont mérité ce qu'ils ont car c'est le fruit de leur travail - L'impôt devient une confiscation par exemple et l'acquis social un privilège - Susciter la réprobation morale (les pauvres se complaisent dans leur pauvreté, volent la société…) - Légitimer les privilèges des classes dominantes - Faire intérioriser aux victimes de la mondialisation la responsabilité de leur échec - Dénoncer comme privilégiés les salariés les moins touchés et propager chez eux un sentiment de culpabilité
5. Les présomptionsArgument reposant sur des préjugés ou a priori - Le secteur privé est a priori productif, utile et efficace. le secteur public est improductif, inutile et inefficace. - Tout ce qui est économique ou marchand est a priori utile. Tout ce qui n'est pas économique ou marchand ne sert à rien. Jeter le discrédit ou au contraire mettre en valeur
6. Les arguments d'impuissance    
Les alternatives infernales - « Si je ne produit pas ça, d'autres le feront » - « Si je ne licencie pas, je ferme mon usine et plus d'emplois encore seront détruits » (Aussaresse torturait pour sauver des emplois) Engluer les individus dans un système de contradictions les rendant incapables de penser en dehors du cadre libéral (fatalisme, effet de démoralisation) Maquiller des choix politiques en fatalités, en lois naturelles (par définition insurmontables) pour mieux faire accepter l'inacceptable Disculper les responsables économiques ou politiques, cacher leur part de responsabilité et justifier l'inaction politique, le « laisser faire »
Les fatalités en tout genre Tout ce sur quoi l'individu n'a pas prise et qui est indépendant de sa volonté (les lois naturelles, les déterminismes économiques, sociaux, historiques, etc.) - C'est la faute à la mondialisation, à l'Europe (en 1997, la gauche était au pouvoir dans 13 pays sur 15, au sein de l'Union européenne) - Ce sont les lois de la concurrence.  - Il faut bien « satisfaire » les marchés - C'est la « nature humaine » - Il y a toujours eu des riches et des pauvres
7. L'argument du pas assez Expliquer un constat gênant par le fait que l'on ne s'est pas assez rapproché du modèle, qu'on n'est pas allé assez loin dans la réforme - S'il y a des Krachs, c'est parce que les marchés financiers ne sont pas assez efficients  - Si c'est la crise c'est parce qu'on est pas allé assez loin dans les réformes Si la réalité n'est pas convenable, il faut se rapprocher du modèle. Autrement dit : ce n'est pas ma théorie qui est fausse mais la réalité !
8. Les arguments quasi - logique Il s'agit de donner l'apparence de la cohérence, de la démonstration logique à un discours qui ne l'est pas    
Les fausses causalités - L'explication par les effets pervers  - « S'il y a du chômage c'est à cause des salariés qui exigent des salaires trop élevés »  - « S'il y a de la pauvreté c'est à cause des allocations destinées à réduire la pauvreté » etc. Tromper l'interlocuteur sur l'explication d'un phénomène Transformer les victimes en responsables
 

 

NOUVEAU : LA DETTE N'EST PAS UNE FATALITÉ, MÊMES POLITIQUES MÊMES EFFETS, D'AUTRES EN SONT SORTIS SANS DETRUIRE LA POLITIQUE SOCIALE!

 

L'EXEMPLE DE L'EQUATEUR : Comment l’Equateur s’est libéré de la dette


La dette et la soumission des Etats aux banques qu'elle entraîne n'ont rien d'une fatalité. Plusieurs peuples latino-américains s'en sont affranchis avec succès. C'est notamment le cas de l'Argentine, du Venezuela et de l'Equateur. Nous expliquons ici comment le gouvernement Correa s'y est pris en Equateur pour faire passer la dette de 24 % à 11 % du PIB sans faire payer le peuple.

I. Lien entre l'arrivée au pouvoir de Correa et la lutte contre la dette illégitime

Pour comprendre la dynamique de l'audit intégral de la dette publique en Équateur, il faut revenir sur le poids qui représentait le service de la dette dans l'économie équatorienne et sur le rôle important que la lutte contre cette dette illégitime a joué dans l'arrivée de Correa au pouvoir.

a) La dette Publique en Équateur avant l'audit

La dette publique contractée par les dictatures des années 70 en Équateur (1976-1979) n'a pas cessé de s'accroitre entre 1970 et 2007. Pendant cette période, l'État équatorien a remboursé 172 fois le montant de la dette de 1970 1 mais le volume de cette dette a été multiplié par 53.

Un exemple qui montre l'ampleur du transfert de fonds publics équatoriens vers le système financier privé : entre 1990 et 2007, la Banque Mondiale (à travers la Banque internationale pour la reconstruction et le développement – BIRD) a prêté 1,44 Milliards de US$ à l'Équateur alors que celui-ci lui a remboursé 2,51 Milliards de US$ (transfert net donc d'environ1,07 Milliards de dollars uniquement avec la Banque Mondiale).

Depuis les années 80 et jusqu'en 2005, le service de la dette représentait environ le 50% du budget de l'état (entre 3 et 4 milliards de US$ par an) alors que les dépenses en santé étaient d'environ 4% (autour de 400 millions de US$)2.

Comme en Grèce, la dette a été l'outil du FMI mais aussi de la Banque Mondiale pour imposer les plans d'austérité, les privatisations et les reformes structurelles (qui sont allées jusqu'à modifier la constitution équatorienne à plusieurs reprises). Cela prenait à chaque fois la forme de « lettres d'intention » (sorte de contrat qui fixait la feuille de route des reformes à mettre en place) que l'Équateur signait pour avoir accès à des prêts auprès de ces deux organismes au fur et à mesure que les mesure prévues dans celles-ci devenait effectives.

Évidemment cela a impliqué une énorme instabilité politique liée aux forts mouvements sociaux du pays, le peuple ne voulant pas accepter les différents plans austérité qui se succédaient sans fin, ainsi entre 1997 et 2007 l'Equateur a connu 7 présidents différents (trois renversés par des manifestation populaires: Abdala Bucaram, Jamil Mahauad et Lucio Gutierrez).

A chaque moment de instabilité, le FMI et la Banque Mondiale en profitaient pour restructurer la dette : à plusieurs reprises, la restructuration de la dette s'est faite en souscrivant un nouvel emprunt couvrant la totalité de l'ancienne dette, ce nouvel emprunt ayant des clauses et des conditions chaque fois plus difficiles à assumer par l'Équateur (cf ANNEXE I. Histoire de la construction de la dette équatorienne). Profitant ainsi faire signer des nouvelles lettres d'intention (les prix sur le marché secondaire des titres de la dette baissaient à cause de la instabilité politique).

b) L'arrivée au pouvoir de Correa et le lien à la lutte contre la dette

Suite au soulèvement populaire qui a mené à la destitution de Président Lucio Gutiérrez (auto-proclamé le meilleur allié de Bush!!), le 20 avril 2005, un gouvernement de transition se met en place, le vice-président de l'époque, Alfredo Palacio devient alors le nouveau Président de l'Équateur. Rafael Correa est nommé alors Ministre d'économie et des finances.

Très vite il va critiquer les projets de Traité de Libre Commerce (TLC), mais surtout il décide de s'attaquer au FEIREP (Fondo de Estabilización, Inversión y Reducción del Endeudamiento Público – Fond de Stabilisation, Investissement et Réduction de l'Endettement Public). Il s'agit d'un fond mis en place en 2002, sous la pression du FMI, par la « Loi organique de Responsabilité, Stabilisation et Transparence Fiscale ».

Ce fond, destiné à gérer les revenus issus de l'exploitation du pétrole (axe principal de l'économie équatorienne) stipulait que le 70% des revenus pétroliers devaient être destinés au service de la dette publique (paiement de la dette et achat/vente des titres pour maintenir un prix élevé de ceux-ci), 20% devait servir à la stabilisation du prix du pétrole et 10% devait être destiné à l'investissement social.

Correa veut faire changer la loi et mettre 80% des revenus pétroliers au service de l'investissement social (éducation, santé, création d'emplois…) et uniquement 20% au service du paiement de la dette. La Banque Mondiale menace alors de ne plus prêter de l'argent à l'Équateur si une telle loi était votée.

N'ayant pas le soutien du président Palacio, Rafael Correa a préféré démissionner (il n'est resté que quatre mois au gouvernement) que se plier à la Banque Mondiale. Ceci devient le premier pas de la marche qui le mènera jusqu'à la présidence de la République.

II. La Commission pour l'Audit Integral de la dette Publique (CAIC – Comision para la Auditoria Integral del Crédito Publico)

Correa prend ses fonctions le 15 janvier 2007. Il réduit tout de suite le poids du service de la dette dans le budget de l'État à 25% (il était de 47% en 2006). 3 Le 9 jullet 2007, Rafael Corea crée par un décret présidentiel, la Commission pour l'Audit Intégral de l'Endettement Public (Comisión para la Auditoría Integral del Crédito Público –CAIC ).

La définition de l' « Audit Intégral » dans ce décret est la suivante:

« Action fiscale orienté vers l'examen et l'évaluation du processus de contractualisation et/ou renégociation de la dette publique, l'usage de ces ressources et l'exécution des programmes et projets avec financement externe, avec le but de déterminer sa légitimité, transparence, qualité, efficacité, efficience, considérant les aspects légaux, économiques, sociaux, de genre, régionaux, écologiques et des nationalités et peuples ».

La commission était conformée par 12 membres issus des mouvements sociaux et des ONG équatoriens et 6 membres issus de campagnes internationales pour l'annulation de la dette du tiers-monde et 4 représentants de l'État (Ministère de « Hacienda », Tribunal des Comptes, Commission anti-corruption et l'administration fiscale).

Cette commission s'est réunie pour la première fois le 23 juillet 2007 et elle a rendu son rapport final au président Correa le 23 septembre 2008 et au public le 20 novembre 2008. L'assemblée constituante, qui se réunit à partir du 30 septembre 2007 travaillera de très près avec la CAIC (Alberto Acosta, présidente de l'assemblée constituante état l'ancien leader du mouvement pour l'annulation de la dette), ce qui aboutira à la rédaction de plusieurs clauses sur la dette publique dans la nouvelle constitution (cf annexe II).

L’audit équatorienne a commencé par une enquête sur tous les documents concernant les obligations émises par l’Etat («contrat d’obligations», «contrat d'agence», «contrat de garantie", les fichiers joints, les conditions…).

Cette analyse a mis en lumière de nombreuses clauses illégitimes :

Anticipation des échéances pour la totalité des remboursements de la dette en cas de défaut de paiement
Révocation de la souveraineté
Contrainte du Procureur général à signer dans le sens de la demande des créanciers
Contrats empiétant sur les lois et la Constitution du pays
Déclaration dans laquelle les parties affirment que le contrat ne viole aucune loi du pays, et qu’en cas d’illégitimité, il ne peut pas être contesté

De plus, en procédant à des simulations de paiement sans intérêt, cet audit a explicité les mécanismes qui génèrent la dette publique.

D’autre part, l’audit de la dette a dévoilé instrumentalisation juridique de la nation au profit des banques privées.

Ainsi la loi de « responsabilité fiscale » avait permis de donner le privilège du paiement de la dette publique avant toute autre dépense publique, limitant ainsi toute dépense sociale et ne fixant aucune limite pour le cout de la politique monétaire. »

Le rapport de la commission juge que la totalité de la dette commerciale de l'Équateur est illégale et/ou illégitime. Ainsi, à partir de novembre 2008 Rafel Correa suspend le paiement d'une grande partie de la dette (il se déclare en « default », c'est à dire moratoire pour tous les bonds Global 2012 et Global 2030 qui représentent le 85% de sa dette commerciale).
Au total, Le gouvernement équatorien refuse de payer le 70% des bonds de la dette équatorienne, jugés illégitimes. Leur valeur va alors chuter d'environ 80% dans le marché secondaire. L'équateur va alors utiliser 800 millions de US$ pour acheter des bonds pour 3 Milliards de sa propre dette (cela signifie pour le pays une économie totale de 7 Milliards de US$).

En 2006, la dette publique externe était de 10,2 Milliards de US$ et représentait le 24% du PIB. En mars 2010 son montant était de 8,68 Milliards de US$, ce qui représentait le 15% du PIB. Selon, Piedad Mancero, économiste membre de la CAIC, les prévisions pour le service de la dette en 2011 seraient de 11,7% du budget de l'État (le budget 2011 est 23,9 Milliards de US$).

Aujourd'hui l'Équateur n'a plus recours au marché international de la dette dont les agences de notation lui ont coupé l'accès. C'est pour cette raison que l'Équateur est un des moteurs principaux de la Banque du Sud et la nouvelle architecture financière qu'elle propose. La construction d'une nouvelle intégration Régionale Latino-américaine est la seule perspective possible pour que l'Équateur ne voit pas revenir les dangers de l'endettement à nouveau.





1 Dette publique extérieure en 70: 195 Millions US$ – Source: Banque Mondiale (Global Development Finance 2007)
2 Dette publique externe en 3 juillet 2007: 10,4 Milliards US$ – Source Ministère Économie et Finances Équatorien, Willian Hugo Arias Palácios, coordinateur de l'Audit sur a dette Commerciale de l'Equateur (dans film documentaire « Debtocracy »)
3 Rapport de la Commission pour l'Audit Integral de la Dette Publique (CAIC)

http://www.jean-luc-melenchon.fr/arguments/comment-lequateur-sest-libere-de-la-dette/

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